En prélude à la relève – IWACU


De Mutimbuzi à Cibitoke en passant par Isare, les jeunes leaders ont décidé de travailler main dans la main avec leurs aînés plus chevronnés en matière de conciliation au niveau communautaire. C’est pour apprendre de leurs expériences. L’heure de prendre le relais a sonné.

Elue locale de la colline Sagara à Isare à deux reprises, Daphrose Nintunze, la cinquantaine déborde d’énergie. Mais elle est déjà consciente qu’il faut passer le témoin : «En vérité, je vous le dis, il faut que des jeunes filles et femmes leaders dévouées soient soutenues. Nous les aînées, nous avons fait notre temps même si nous ne sommes pas complètement finies».

Cette battante avertit : «Il faut être courageuse, le chemin est long et parsemé d’embûches. Venez à moi, j’ai beaucoup de conseils à vous donner, il faut bien écouter les gens qui vous confient leurs problèmes et éviter de tirer des conclusions hâtives».

Dans nos communautés, explique Egide Nduwimana, jeune leader à Isare, nous avons avec mes collègues, un petit souci lié à la reconnaissance. Les relations avec l’administration locale posent problème. «C’est un défi à relever. Nous menons des actions de conciliation et les bénéficiaires apprécient beaucoup nos démarches de médiation».

Selon ce jeune leader, il faut qu’il y ait une rencontre avec les chefs collinaires pour que leurs actions et leurs initiatives soient bien expliquées. «Ces derniers nous regardent du coin de l’œil et quelques fois ils nous méprisent, arguant que nous sommes encore jeunes pour comprendre certains problèmes qui se posent dans la société».

D’après lui, même si ces administratifs à la base ne les ignorent pas en tant que jeunes leaders, ils affichent une certaine méfiance. «Il y a même une volonté de nous exclure dans plusieurs dossiers. On n’est pas pour les supplanter, on est complémentaire. Nous avons notre contribution à donner pour la concorde sociale».

«On est bénévole»

Mais le nœud du problème, fait-t-il remarquer, c’est que les jeunes leaders ne demandent pas de cruches de bières après une affaire conclue comme le font ces chefs collinaires ou comme les sages investis traditionnellement.

Ce n’est pas tout comme problème, note-t-il, malgré nos faibles moyens nous parvenons à accomplir de bonnes actions salutaires pour nos communautés mais souvent il y en a qui viennent s’approprier ces bons résultats ou s’attribuer le mérite. «Il faut que nous soyons valorisés», appelle-t-il.

«Mais le grand défi pour nous jeunes femmes leaders, c’est que beaucoup de gens sur nos collines pensent que nous travaillons pour une rémunération quelconque alors qu’il n’en est rien», explique Sylvaine Ndayisenga, femme leader à Mutimbuzi.

D’après cette jeune maman, le fait qu’elles règlent certaines affaires gratuitement à la satisfaction des parties en conflit irrite dans une certaine mesure les notables et les chefs collinaires habitués à une conclusion bien arrosée d’une affaire. «Il arrive qu’ils demandent une réparation ou infligent des amendes. Ce qui n’est pas dans nos pratiques».

Selon cette jeune femme leader, ces sages devraient se soucier de la relève au lieu de nous dénigrer prétextant que nous sommes encore jeunes. «Nous ne nous décourageons pas, l’avenir nous appartient, il faut batailler, nos actions vont nous justifier comme leader», a-t-elle fait savoir avant de choisir, tout comme ses collègues, des mentors, des leaders confirmés.

L’insécurité et la violence ne profitent à personne

Des jeunes leaders d’Isare se disent engagés pour servir leur communauté

Selon Déogratias Habimana, membre de la Coopérative Sangwe à Kiramira dans la commune de Rugombo, province Cibitoke, avec les prochaines échéances, la tension monte. «Nous avons rencontré plusieurs jeunes affiliés aux différents partis politiques. Une fièvre électorale qui ne dit pas son nom monte déjà».

Comme les citoyens seront bientôt appelés aux urnes, raconte ce jeune leader, ces partisans chauds bouillants étaient presque à couteaux tirés. «Il y a une méfiance, un moindre mot mal placé peut avoir de lourdes conséquences».

L’intolérance était palpable, lors des réunions, nous avons demandé à ces jeunes de rester unis. Nous avons pu convaincre ces derniers à vivre ensemble, à cohabiter.
Et comme message, nous avons rappelé que les élections constituent un tournant : «C’est une étape qui passe et après la vie continue». Nous leur avons dit que tout le monde souffre quand il y a l’insécurité et la violence.

«Nous sommes devenus des conseillers matrimoniaux»

A côté de cette initiative de paix, Cibitoke est confrontée à un sérieux problème de concubinage, ce qui nécessite l’intervention de Thérèse Dusabimana et son équipe de jeunes femmes leaders dans sa communauté. «Notre action a été dirigée vers les femmes qui se retrouvent esseulées. Elles se retrouvent avec des enfants, des bouches à nourrir».

Cette jeune demoiselle raconte : «Nous nous sommes senties interpellées et on s’est dit qu’il fallait les réconforter, leur dire que tout n’est pas fini. Qu’il leur faut être courageuses et se prendre en charge.»

D’après cette jeune femme leader, ces femmes délaissées font souvent objet de railleries de la part des autres femmes sans vergogne. «Elles ont tendance à se moquer de leur sort. Nous leur avons signifié que ce malheur peut frapper n’importe quelle femme, qu’il faut plutôt voler à leur secours».
Selon Joséphine Asha, femme leader à Kiramira dans la commune Rugombo, toute initiative menée demande un don de soi, la sagesse et la persévérance.


Gatumba : «Il faut faire place à la nouvelle génération de femmes leaders»

Venus des quatre zones de la Commune Mutimbuzi à savoir Rubirizi, Rukaramu, Maramvya et Gatumba, les leaders confirmés et en devenir se disent engagés à travailler en synergie. Objectif : faire éclore une nouvelle génération de leaders communautaires.

Echanges entre les leaders en devenir et leurs mentors.

Parmi les jeunes leaders déjà à l’œuvre dans Mutimbuzi figure Jean-Pierre Rugonumugabo, de la zone Rukaramu. Il encourage les femmes à être solidaires : «Franchement, si les femmes le veulent, notre futur président sera une femme. Malheureusement, même quand une d’elles se lève pour se faire élire, les autres ne votent pas pour elle et elle enregistre un score peu honorable ne comptant que sur la cooptation ou leur genre ». Il leur demande à être les premières à défendre leurs droits.

Mme Jeanine Ciza, leader confirmée dans sa commune confirme ces propos mais apporte une nuance : «Mais il y a des exceptions, j’ai dû batailler pour me faire élire, j’ai fait ma campagne avec ma petite voix au milieu des hommes. Je n’avais rien à offrir que de bons projets pour ma communauté. Mes challengers ont offert de la bière.»

Son collègue Rugonumugabo confirme les faits : «Ça coulait, il y en a même qui ont donné de l’argent pour être élu.» Cette femme leader affirme qu’il faut s’imposer en mettant la vérité et l’abnégation en avant : «Quand vous ne vous respectez pas, personne ne vous respecte. Je suis là 7 jours sur 7 et 24 heures sur 24. Il m’est arrivé de voler au secours d’une femme pendant la nuit. Son mari la battait et brûlait ses habits.»

Mwanaidi Inarukundo, jeune fille habitant à Gatumba, aspire être leader. «Nous avons ici même des modèles. Il faut que nos aînées nous encadrent et nous soutiennent.»

Mais Aline Nzeyimana évoque un problème de cohabitation entre les jeunes leaders et les chefs collinaires ainsi que les notables : «On est complémentaire même si quelquefois ils nous demandent de ne pas toucher certains dossiers.»

Selon Sylvaine Ndayisenga, femme leader à Gatumba, il faut que les jeunes leaders soient reconnus. «Après tout, nous faisons le même travail de réconciliation et de conciliation».

Jeanine Nahayo : «On n’est pas en concurrence avec les notables»

Cette jeune fille leader fait partie d’un groupe de jeunes engagés à faire régner la concorde et la sérénité dans leur communauté à Rugombo. Leur cheval de bataille : l’abnégation. Leurs actions forcent l’admiration.

Jeanine Nahayo : «On ne marche pas sur leur plate-bande, on est tous au service de notre communauté.»

Elle témoigne : «Comme nous sommes trop proches des gens. Ces derniers nous font confiance. Et ils nous font quelques confidences qu’ils ne peuvent pas livrer aux chefs collinaires ou encore moins aux notables du village.»

Souvent, raconte-t-elle, nous n’attendons pas que les gens en désaccord viennent vers nous, au contraire, nous allons vers eux et nous ne demandons rien en contrepartie.
«Et cet aspect est apprécié par tout le monde dans notre communauté. Ils nous disent que notre démarche est différente des pratiques des chefs collinaires et des notables qui exigent souvent quelque chose», fait-elle savoir.

Un jour, relate cette jeune leader, des gens viennent nous alerter : deux femmes sont au point d’en venir aux mains s’accusant de sorcellerie. Nous décidons d’aller à la rescousse de ces dames. Nous les avons écoutées, nous leur avons prodigué quelques conseils en insistant sur le fait que leurs accusations étaient sans fondements.

Et c’est quand ces deux dames commencent à s’entendre et se demandent même pardon que le chef collinaire suivi de quelques notables arrivent. Les deux femmes font savoir que leurs différends sont finis, que rien ne les oppose et qu’ils peuvent rebrousser chemin.

Mais ces vieux du village ne bougent pas et signifient qu’ils veulent réécouter leur histoire et insistent pour avoir les deux versions. Ils exigent que les deux femmes leur confient cette affaire pour qu’ils puissent trancher : «Vous devez aller devant les bashingantahe.»

Les deux dames expliquent alors que les jeunes filles leaders viennent de les aider à se réconcilier et que cela ne vaut plus la peine d’aller déposer leurs plaintes chez ces notables.

Ces derniers réitèreront leur demande, mais les deux femmes refuseront poliment de céder à leurs exigences. L’assistance dira à ces notables que l’affaire est déjà conclue par le groupe de jeunes leaders. Depuis ce jour, témoigne Jeanine Nahayo, il y en a qui préfèrent se confier à nous.

 



burundinews

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