A Alep, l’industrie du savon reprend son souffle après la guerre


Après des années de guerre, l’odeur de l’huile de laurier émane à nouveau d’une petite fabrique de savon à Alep, grande ville du nord de la Syrie réputée pour son industrie savonnière. En février, Ali Chami a rouvert son usine.
Il avait dû fermer boutique en 2012 en raison des combats qui avaient gagné la capitale économique syrienne, devenue ensuite l’un des fronts les plus meurtriers de la guerre déclenchée en 2011.
Pour cet entrepreneur de 44 ans, impossible de maintenir son rideau baissé. “C’est ici que j’ai commencé il y a plus de trente ans”, explique-t-il à l’AFP.
Les savonneries environnantes de l’ex-quartier rebelle de Bab al-Nayrab, proche du coeur historique de la ville, sont toutes en ruine ou endommagées par les quatre années de violences infernales qui ont ravagé Alep entre 2012 et 2016.
Criblés de balles, les murs de l’usine d’Ali Chami portent encore les traces d’un conflit qui a fait plus de 370.000 morts en huit ans en Syrie. L’hiver, les bourrasques de vent s’infiltrent à l’intérieur du bâtiment, passant à travers des trous béants.
Mais à l’entrée, se dresse désormais un nouveau portail, tandis que les pièces destinées à la cuisson et au séchage de la pâte de savon ont été réparées.
Faute de moyens suffisants, ce quadragénaire s’est contenté de quelques rénovations.
Objectif: relancer la fabrication et produire au moins 400 tonnes de savon, soit la moitié des volumes qui sortaient chaque année de son usine avant guerre.
Dans un grand chaudron, cinq ouvriers brassent un mélange d’huile d’olive et de laurier. Non loin d’eux, cinq autres découpent en cubes la pâte refroidie et durcie, avant de les empiler.
La relance de la machine n’a nécessité ni gros moyens ni équipements de pointe, explique M. Chami, car la fabrication de ce produit artisanal traditionnel repose selon lui “davantage sur le travail manuel, un assemblage dosé, la passion des habitants d’Alep et leur amour du métier”.
Après avoir fui sa ville natale, Ali Chami a voulu importer un bout d’Alep et de sa passion dans d’autres grandes villes syriennes où il a trouvé refuge. “Mon existence est liée à la production” savonnière, insiste-t-il. En exil, il s’est attelé à reproduire la recette originale à Damas puis dans la ville côtière de Tartous. Mais “le savon n’était pas aussi bon que celui fabriqué à Alep.”
“Le climat d’Alep est plus propice à cette production”, dit-il. “Les habitants de la ville maîtrisent les secrets du métier et les rouages des multiples étapes de la fabrication.” Et la “patience” paie.
Fier de l’héritage familial légué par son grand-père et d’une industrie millénaire, M. Chami vante les qualités du savon d’Alep, l’un des plus vieux du monde, qui “se distingue par sa composition à base d’huile d’olive”. “Le savon européen contient des graisses animales alors que les savons asiatiques sont mélangés à des huiles végétales”, précise-t-il.
Si les canons se sont tus à Alep il y a plus de deux ans, la production savonnière, ancien fleuron économique de la ville, y souffre désormais d’une pénurie de matières premières et de main-d’oeuvre qualifiée, déplore-t-il.
Cela n’a pas dissuadé des dizaines d’autres producteurs d’entamer des travaux de rénovation pour relancer leur activité.
Hicham Gebaily, 50 ans, fait partie des revenants sur le marché. Située dans le vieux Alep, son usine date du XVIIIème siècle et est considérée comme l’une des plus importantes et des plus anciennes de la ville.
L’entreprise, qui porte le nom de sa famille, comprend un bâtiment en pierre de trois étages et est installée sur près de 9.000 mètres carrés. Certaines parties de l’édifice principal sont toujours carbonisées et des piliers en bois soutenant la toiture commencent à s’effondrer. L’empâtage et la coulée du savon y ont été stoppés net par les combats en 2012.
“Avant le conflit, la ville d’Alep abritait environ 100 fabriques de savon, il n’en reste plus que 12”, regrette M. Gebaily.
Selon lui, la production annuelle a chuté de 30.000 tonnes à moins de 1.000 tonnes durant la guerre, avant de remonter à 10.000 tonnes aujourd’hui, mais de nombreuses fabriques sont toujours délocalisées à Damas, à Tartous, voire en Turquie.
Nostalgique, M. Gebaily se souvient lui aussi de “l’odeur d’huile de laurier” qui émanait de son usine. A Alep, “personne ne visitait la ville sans acheter son savon. C’est un trésor national”.



libe

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