Au Mali, la somme des forces est nulle


Le président IBK sur les lieux du drame.

160 morts et des images en boucle dans les réseaux sociaux et les télévisions du monde entier. Au lendemain de ce qui s’apparente à un massacre froidement planifié et exécuté sans état d’âme, le président Ibrahima Boubakar Keita alias IBK est enfin sorti de sa tour d’ivoire. Depuis les hauteurs de Koulouba, l’homme fort du Mali, réélu en 2018 selon le principe du “1 tour KO”, semblait en déconnexion avec le pays réel .

Néanmoins, sa première décision après la tragédie d’Ogossagou (Terme Dogon signifiant «La volonté du chef»), celle de limoger son chef d’Etat-major et huit hauts responsables militaires, plaide pour sa cause. Il en est de même de l’annonce de la dissolution de la milice dogon “Dan  Nan Ambassagou”  ( Les chasseurs qui ont confiance en Dieu )  laquelle clame vigoureusement son innocence. Aveu de responsabilité ? En tout cas, pour le député Beloch Bâ, membre de la Commission Défense de l’Assemblée Nationale,l’autorité connait tout ce que fait la milice Dan Na Amassagou contre la communauté peule.

«Le pouvoir est bien informé de toutes les pratiques que cette milice est en train de faire. Il n’y a pas une attaque dans le cercle de Koro ou de Bankass…contre la communauté peule » qui ne soit pas à la connaissance des autorités du pays». Selon lui, cette milice a été créée pour sécuriser une communauté alors qu’elle est dans une région et un cercle où se trouvent plusieurs communautés. « Si l’État doit sous-traiter la sécurité à un groupe, il doit se charger de la sécurité de tout le monde et non assurer la sécurité d’une seule communauté. Ce qui est complètement anormal », selon le député.

Faut-il le rappeler, cette milice comme tous les groupes d’autodéfense constitués au fur et à mesure du recul de l’Etat face aux forces invisibles, avait été formée et entrainée avec, tout au moins, la neutralité bienveillante de l’Etat. Aujourd’hui, alors que la Cour pénale internationale (CPI) annonce l’envoi d’une équipe sur le terrain, force est de le dire, les responsabilités sont diffuses. Mais on peut le dire, l’Etat malien a failli dans sa mission de protéger ses citoyens.

Comme nous l’écrivions, il y a six ans, au Mali, la somme des forces est nulle. Entre la MINUSMA (Mission des Nations Unies pour le Mali) qui a curieusement choisi de poser ses quartiers en plein centre-ville de Bamako dans l’hôtel Nord Sud avant de se replier dans la zone aéroportuaire de Bamako, le commandement du G5 Sahel, d’abord établi à Sévaré puis en repli stratégique à Bamako dès la première escarmouche essuyée, la valeureuse armée malienne, les FAMa, toujours en reconstruction après les lourdes défaites de 2012 et 2013 face au MNLA, les forces françaises Barkhane, actives sur le terrain mais à l’image escamotée par le complotisme africain ambiant, finalement qui protège les maliens ?

Les seules armées qui mènent une lutte opérationnelle (avec fantassins, chars, et commandos spéciaux) restent les convois de la Minusma, les armées tchadiennes, et, cela ne va pas plaire aux adeptes de la théorie du complot, Française. Pendant que le centre du Mali est en train de tomber entre les mains des milices, terroristes ou pas, le grand Nord, Kidal et alentours, semble définitivement avoir échappé à l’Etat centre au nom des factices accords d’Alger.

Et la Paix survole Mopti…

Le centre du Mali est un réservoir à problème de diverses formes notamment liés à la production, au traitement et au recoupement de données relatives à l’enseignement islamique, au banditisme, au foncier, à l’accès aux ressources pastorales, à la cohabitation entre les systèmes de production, aux relations inter- et intracommunautaires, etc.

L’Etat depuis le début de cette crise est accusé de n’avoir  fait qu’éteindre le feu du Nord en créant un feu encore plus grand dans une région beaucoup plus stratégique et non moins importante pour le Mali.

La communauté peul du Centre du Mali a été l’héritière malheureuse des rebellions Touaregs et des groupes djihadistes (Aqmi, Mujao, Katibat Macina…) contre lesquelles des fronts de soutien à l’armée malienne ont été formés à chaque épisode à l’instar de Ganda Iso (milice d’autodéfense Sonrhaï) et Dan Nan Ambassagou (milice d’autodéfense Dogon).

Ces prises de position de l’Etat au Centre ont favorisées l’émergence d’un banditisme accru se nourrissant de la libre circulation d’armes issues de ces conflits. Ainsi, les multiples accords d’Alger ont toujours négligés les conséquences de l’instabilité du Nord sur le Centre, laissant ainsi la paix survoler Mopti.

Pendant ce temps, Amadou Koufa et Iad Ghaly en toute liberté

Dans ce climat de tensions et de suspicions, les amalgames réveillent et quintuplent les antagonismes séculaires entre peuls et dogons. Les attaques du Front de libération du Macina (FLM) orchestré par le VIP Iyad Ag Ghali, par l’intermédiaire d’ Amadou Koufa servant d’idiot utile, permet aux islamistes, qui ont déjà gagné la bataille du Nord, de disloquer le tissu social du centre Mali, d’y installer le chaos avant la prise de cette zone, devenue un fruit trop mûr. Donné mort le 24 novembre 2018 au terme d’une opération conjointe des armées maliennes et françaises ( un célèbre hebdomadaire français titrant “Mali : les dessous de l’opération ayant éliminé le chef jihadiste Amadou Koufa”) , le djihadiste peul, de son vrai nom Amadou Diallo, semble renaître de ses cendres, soutenu par ses complices qui, eux, ont atteint l’objectif majeur de créer une guerre civile entre les bambaras, dogons et peuls. Pendant ce temps, depuis les hauteurs protégées de Koulouba, l’on nomme et dénomme.



fianncieafrique

A lire aussi

Laisser un commentaire