Cibitoke/Murwi Regain de l’intolérance politique – IWACU


Quatre militants du CNL sont détenus au cachot de la commune Murwi, depuis dimanche 17 mars. Leurs familles crient à une arrestation sur fond politique. Les administratifs parlent de détention pour réunion illégale. Un cas parmi tant d’autres, ces derniers jours. Iwacu a fait une enquête.

Le temps s’annonce mauvais au chef-lieu de la province Cibitoke, lundi 25 mars. Un soleil timide, à peine levé disparaît aussitôt. Dans le ciel, des nuages lourds menacent.

La circulation n’est pas intense mais les activités urbaines se poursuivent. La vie paraît normale, sauf à la transversale 7 du quartier Kagazi, dans la famille d’un certain Eric Niragira, le président du Congrès national pour la liberté (CNL) en commune Murwi.

Depuis son «enlèvement», dimanche 17 mars, Francine Rukundo, sa femme, ses parents, ses frères et sœurs, etc. vivent dans l’angoisse. Ce matin, leur mine cache mal désolation, colère et désespoir.

Un petit bébé entre les mains, Mme Rukundo, non sans rancœur, témoigne dans quelles «circonstances » son mari a été «enlevé» à leur domicile. D’après elle, dimanche 17 mars, aux environs de 20h et demie, deux hommes se présentent chez eux. Un certain Schadrack Niyonkuru et Jean Marie alias Kajagari, tous des Imbonerakure habitant le quartier Buhinyuza de la commune Rugombo, à la 7e transversale.

Ils demandent où se trouve Eric Niragira. Sa femme réplique qu’il n’est pas là. Ils ne sont pas convaincus. Ils exigent qu’il sorte. «Il nous a été demandé de l’arrêter. Il se rappelle ce qu’il a fait cet après-midi sans doute». Dans l’entretemps, une silhouette apparaît. Un autre homme. Mme Rukundo ne parvient pas à le reconnaître.

Subitement, les deux premiers hommes entrent dans la maison. Ils fouillent partout et sortent au bout de quelques minutes. Ils n’ont rien trouvé. «Nous l’emmenons quand même». Eric Niragira est enlevé. Sa femme alerte la famille.
Pendant près de cinq jours, les membres de sa famille cherchent partout dans les cachots, en vain. La panique gagne la famille. Ils craignent une disparition. Dans l’entre-temps, dès mardi 19 mars, ils ont porté plainte contre les deux Imbonerakure chez le procureur de la République à Cibitoke. Mais selon eux, celui-ci semble désintéressé. Ils y retourneront mercredi et jeudi.

Agacé, le procureur délivre finalement, vendredi soit trois jours après, des mandats d’arrêt pour les deux Imbonerakure. «C’est à ce moment-là que nous avons appris que Niragira venait d’entrer au cachot de la commune Murwi». Une source judiciaire fait savoir que M. Niragira était détenu dans un cachot des services de renseignement au chef-lieu de la province Cibitoke.

Gilbert Ndayiragije, le beau-frère d’Eric Niragira, raconte que ce dernier avait passé la journée à Mushanga, sa colline natale, dans la commune Murwi. Avant de rentrer, il serait passé chez un certain Eraste Bizimana, rendre visite à son fils Pacifique Nduwarugira, le représentant du CNL à cette colline.

Arrestation et passage à tabac de la famille Bizimana

Francine Rukundo, épouse d’Eric Niragira, se dit dans le désarroi.

Mushanga. C’est à 50 minutes à moto, du chef-lieu de la province Cibitoke. Pour y arriver, il faut traverser des marais, des vallées. Ce lundi, vers 11h, Mushanga n’est pas animée. Sur les sentiers, peu de passants. Les champs sont déserts…

La maison des Bizimana se situe au bout d’un sentier, venant de la colline Gisaba en commune Rugombo, et menant au chef-lieu de la commune Murwi. Le petit village est érigé sur un périmètre de 50 m2 au maximum.
Ce sont sept maisonnettes en briques adobes, couvertes de tôles ou de tuiles ou par de la paille. Quatre belles-filles d’Eraste Bizimana devisent devant la maison de Pacifique Nduwarugira. Parmi elles, Pascasie Ntunzwenimana, sa femme.

Avec ses trois enfants, dont le cadet, Eto’o Sengiyumva (3 ans) souffre du paludisme, elle se dit désemparée. «Si au moins son père était ici, il m’aiderait à le faire soigner ». Ecœurée, Mme Ntunzwenimana s’efforce d’ignorer sa douleur, au niveau de l’œil gauche. Elle dit avoir reçu un coup de poing, dimanche 17 mars, le jour de l’arrestation de son mari et de son beau-père.

Ce jour-là, se rappelle-t-elle, des dizaines d’Imbonerakure, conduits par un surnommé Kidaga, le chef de colline adjoint, s’introduisent dans leur maison, vers 16h, avec des gourdins. Dans la maison, de retour des champs, Pacifique Nduwarugira, son père Bizimana et Japhet Irankunda, un ami à eux, conversent.

Ils reconnaissent les attaquants. Ils sont d’une autre colline. La colline Manege de la même commune. «Ces Imbonerakure n’ont rien demandé. Ils ont tabassé tout le monde, en commençant par mon mari. Même ma belle-mère et mon beau-père, tous dans la soixantaine, n’ont pas été épargnés». Ces «attaquants» ont accusé ce «groupe» de tenir une réunion illégale. Ils ont saisi trois téléphones. Selon Mme Ntunzwenimana, ils ont également pillé 30 mille BIF.
Pascasie Ntunzwenimana dénonce une détention sur des mobiles politiques. Pour elle, l’accusation ne tient pas. «Pour ceux qui sont en réunion, il y a toujours des preuves matérielles. Il n’y a pas de réunion sans carnet, sans stylo»


L’implication des Imbonerakure démentie

Arrestations et fouille-perquisition par des Imbonerakure, «du non-sens » pour Simon Bizimungu, un député de la circonscription de Cibitoke. Il appelle la justice à jouer son rôle. «Ils ne font qu’alerter la police », rétorquent les administratifs.

Simon Bizimungu : «C’est généralisé, ce ne sont plus des cas isolés. »

«Comment des Imbonerakure s’arrogent-ils le droit d’arrêter des gens, de faire des fouilles-perquisitions?», s’interroge Simon Bizimungu, député élu dans la circonscription de Cibitoke. Il estime «incompréhensibles » de telles arrestations «dans un Etat de droit où règne la paix».

Cet élu du peuple se dit étonné que la justice ne s’autosaisisse pas de tels cas. Il se demande si ces «bavures» ne seraient pas des instructions d’un niveau supérieur. «C’est généralisé, ce ne sont plus des cas isolés. Il est difficile de s’imaginer que ces Imbonerakure agissent d’eux-mêmes». Pour lui, il est en outre inconcevable de parler de «réunion illégale» quand les gens sont à trois, à quatre, parfois d’une même famille. «Nous ne sommes pas dans un État d’urgence».

Interrogés, tous les officiels parlent d’une arrestation par des agents de police. Donato Ndayisaba, chef de la colline Mushanga, assure mordicus que son adjoint Victor Mpawenimana alias Kidaga a alerté la police pour arrêter des gens qui étaient en réunion illégale.

«Ils étaient nombreux, pas mal ont fui», précise-t-il, ajoutant que «les administratifs ont eu l’ordre d’interdire la tenue des réunions clandestines». Et d’appeler les présidents des partis politiques à instruire leurs militants à respecter la loi.

Même son de cloche du côté de Melchiade Nzokizwanayo, le président de la ligue des Imbonerakure dans la commune Murwi. Il n’est pas en mesure de confirmer l’implication des Imbonerakure dans ladite arrestation. «Je n’étais pas là», dit-il laconiquement. Avant d’ajouter aussitôt : «A ce que je sache, ce sont les policiers qui arrêtent des gens. Que des Imbonerakure le fassent, cela n’arrive jamais dans notre commune».

« Arrêtés pour des raisons d’enquête »

De son côté, Jean Marie Bigirindavyi, le procureur de la République à Cibitoke, parle d’«arrestation par la police pour des raisons d’enquête». Leurs dossiers sont en cours d’investigation. «Nous attendons les dossiers pour instruction. Si nous trouvons qu’il y a eu des irrégularités dans leur arrestation ou que les accusations ne sont pas fondées, ils seront relâchés».

Le procureur de la République à Cibitoke tient à démentir l’enlèvement de l’un des détenus. «Eric Niragira n’avait pas été enlevé », affirme-t-il sans plus de commentaire.

Des sources policières confient que ce dossier est clos. «Il va être remis incessamment au procureur pour qu’il prenne la décision ». Selon leurs témoignages, ces personnes auraient été arrêtées sur des mobiles politiques». Elles auraient été forcées depuis longtemps à adhérer au parti CNDD-FDD, en vain.

Des sources concordantes révèlent qu’elles auraient été relâchées si l’officier de police judiciaire ne craignait pas de s’attirer des ennuis.



burundinews

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