Rencontre avec Mohamed Beavogui, directeur général de l’ARC


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«Les Etats membres ont des difficultés à payer leurs primes »

De notre envoyé spécial à Addis Abeba.

En prélude de la septième édition de la Conférence des parties à l’ARC (CoP7) qui s’ouvre ce dimanche au siège de l’Union africaine d’Adis Abeba, la Mutuelle panafricaine de gestion des risques (ARC) a organisé un atelier à l’endroit des journalistes sur le traitement médiatique du financement des risques climatiques et des risques de catastrophes naturelles. Dans cet entretien, Mohamed Beavogui, directeur général de l’institution spécialisée de l’UA, revient sur les objectifs de cette initiative et les prochains défis de l’ARC. Exclusif !

Financial Afrik: Vous avez organisé ce samedi, un atelier à l’endroit des journalistes sur le traitement médiatique du financement des risques climatiques et des risques de catastrophes naturelles. Pensez-vous que les medias ne jouent pas efficacement leur rôle ?

Mohamed Beavogui: La gestion des risques climatiques est un problème fondamental qui touche toutes les couches de la société et tous les professionnels. Le problème, c’est que l’Afrique, dans sa totalité, particulièrement au niveau national, malgré la décision des chefs d’Etat, n’a pas pris les désastres climatiques à leur juste mesure. Et donc, cet aspect de la question passe non seulement par les gouvernements, mais aussi par la société civile, le secteur privé et les journalistes également. Ces derniers informent sur les nouvelles qui attirent l’attention des populations, des gouvernements et du secteur privé. Or, il se trouve que la gestion des risques climatiques est d’abord une thématique nouvelle, une question sur laquelle les gouvernements n’ont pas été suffisamment sensibilisés encore. Donc, on ne mesure cette gestion des risques climatiques qu’en crise de sécheresse, d’inondation ou de cyclone comme cela vient de se passer malheureusement au Mozambique, en Malawi et au Zimbabwe. Et de ce fait, nous, ayant eu le mandat en tant qu’agence spécialisée par les chefs d’Etat en 2012 d’aider les gouvernements africains à gérer et financer les risques climatiques. Nous nous sommes dits qu’il fallait communiquer. Et pour communiquer, il faut aller chez ceux qui savent communiquer et qui communiquent. C’est pourquoi nous avons organisé cet atelier de dialogue, d’information et de sensibilisation avec les journalistes. C’est le premier atelier de ce genre que nous organisons pour commencer à créer un noyau de base qui formera dans le futur le réseau des journalistes spécialisés dans la gestion et la communication des risques climatiques. C’est ça notre objectif. Pour nous, c’est une graine qui est plantée, et cette graine va se développer en un réseau. Il est clair que depuis une décennie, on constate une plus grande fréquence des inondations, des cyclones, des sècheresses et nous constatons aussi que ces périls sont beaucoup plus importants du point de vue de leur puissance. Il faut donc que nous attirions l’attention de tous pour que chacun puisse jouer son petit rôle afin de protéger nos populations et augmenter la résilience de nos pays.

Votre structure revendique un montant de 500 millions de dollars pour des sinistres sur le continent. Comment, selon vous, les pays peuvent ils prévenir ces risques ?

Permettez-moi d’être un peu plus précis. Notre structure a cumulativement couvert les pays africains qui ont souscrit à l’assurance pour une valeur de 500 millions USD. C’est-à-dire que s’il y avait des risques jusqu’à 500 millions USD, nous étions capables de mettre à leur disposition ces ressources parce qu’ils se sont couverts globalement pour ce montant au cours de 5 ans. Le risque peut être inférieur à ce qu’on a souscrit, et/ou trop petit, donc on n’a pas besoin de payer. S’il est important, on paie ; ce qui a été le cas du Sénégal en 2015. On leur a payé environ 16 millions USD et quatre pays dont la Mauritanie, le Niger et le Malawi ont aussi bénéficié de paiement. À ce jour, seuls 33 pays ont signé le Traité de l’ARC après 5 années de services, malgré que ce soit une institution spécialisée de l’Union africaine.

Quels sont donc vos prochains défis dans le cadre de vos activités ?

Comme vous l’avez dit, nous avons fourni une couverture de 500 millions USD au cours de ces 5 ans. Nous avons payé plus de 37 millions USD aux pays qui ont été affectés ; notre souhait est donc que le pool grandisse. C’est comme une tontine. Plus il y a de membres, mieux le travail est facilité. Plus il y a de membres, plus la prime qu’on paie pour se couvrir diminue. C’est extrêmement important. Plus les membres du pool sont diversifiés, plus le risque est diversifié. Notre souhait est d’avoir un pool beaucoup plus grand avec beaucoup plus de pays africains. Comme vous pouvez le constater , quand il y a sécheresse en Afrique de l’Ouest, il y en a pas en Afrique de l’est et en Afrique australe ; et vice versa. Quand il y a une inondation dans une région, il n’y en a pas au même moment dans une autre région. Donc, en mettant nos billes ensemble comme on dit, nous pourrions tous aider un pays et puisqu’on s’est mis ensemble, le coût de la contribution devient petit. C’est ça l’objectif.

Mais comment faire pour que le pool grandisse ?

C‘est ça la difficulté. Il ne grandit pas parce que les Etats membres ont des difficultés à payer leurs primes. Quelque fois, c’est parce qu’ils ne sont pas suffisamment sensibilisés à la question de la gestion du risque et à l’utilisation de l’assurance. Comme vous le savez, on paie l’assurance, mais on ne reçoit les bénéficies qu’en cas de risque. Et souvent, les gens ont l’impression qu’on reçoit un paiement même s’il n’y a rien ou quand il y a un tout petit désastre. Or, vous savez que dans toute assurance, il y a une franchise que vous choisissez vous-même. Et donc, il y a ce type de compréhension qu’il y a encore à faire. Il est important de se protéger et cette façon de se protéger est une solution qui a sons sens. Nous voulons donc, dans ce contexte, aider les gouvernements d’une part à pouvoir payer leur prime, et d’autre part, à avoir les connaissances nécessaires pour mieux comprendre les enjeux et prendre la bonne décision pour le niveau de la prime et le niveau de la participation. Avec la BAD (Banque africaine de développement), nous venons de mettre en place une initiative sur le financement des risques climatiques. La Gambie bénéficie de ce financement. Le premier pays à bénéficier de ce financement va pouvoir payer sa prime pendant les 5 prochaines années avec l’aide de la couverture que cette facilité lui apporte. Nous avons 9 pays dans le pipeline, il nous faut trouver les ressources nécessaires pour remplir la facilité afin que tous les Etats membres qui le veulent puissent en bénéficier au moins pendant les 5 prochaines années de façon dégressive de sorte à permettre la compréhension et la maîtrise du système et définir progressivement dans quelle partie du budget national des ressources peuvent être prises pour payer cette prime afin de se protéger.

Quelle a été, ou quelle est la réponse africaine de l’ARC dans le cas du Mozambique que vous avez cité ?

Malheureusement, bien que le Mozambique ait déjà signé le traité, il n’a pas encore signé l’accord de coopération avec l’ARC. Donc, nous sommes au milieu du processus qui nous mène vers la possibilité de travailler ensemble, de façon structurée et organisée, d’une part. D’autre part, il faut dire aussi que ce qui est arrivé au Mozambique, c’est plutôt un aspect que nous allons juste commencer l’année prochaine. Il concerne les inondations et les cyclones. Ces deux outils sont prêts. Cette année, nous les testons pour des pays africains. Vous vous souviendrez que l’ARC a commencé avec la sécheresse seulement d’abord parce qu’il faut aller petit à petit. Nous pensons qu’avec la sècheresse, nous avons bouclé la boucle. L’outil inondation et l’outil cyclone sont prêts et sont en pool de test actuellement, et nous pourrons le mettre à la disposition des Etats l’année prochaine. En fait, il y a des Etats qui le simulent cette année, dont la RCI et le Ghana, sans prime d’assurance, et nous essayons d’observer et de voir quelle en est la lecture. C’est la modélisation climatique qui nous permet de mesurer l’évolution de ces changements climatiques. Elle doit donc être adaptée à chaque pays, ce qui nécessite un travail local. C’est pourquoi au niveau de l’ARC, nous voulons d’abord former les nationaux avec lesquels la modélisation sera faite. Que ce ne soit pas un travail externe et quand on part, il n’y a plus personne pour le faire. Il faut surtout que ça soit des responsabilités nationales : que des nationaux puissent conseiller de façon très indépendante le gouvernement, et leur permette de décider au-delà du point de vue d’un certain expert qui vient d’ailleurs.

A ce jour, quels sont les principaux actionnaires de l’ARC, et comment se présente son capital ?

Pour précision, nous avons l’agence et une filiale qui est la compagnie d’assurance. Cette compagnie a reçu un capital de deux donateurs que sont l’Angleterre et l’Allemagne. Ils ont mis 200 millions USD à notre disposition comme capital de base. Maintenant, à chaque fois qu’un pays prend sa première police d’assurance, il devient immédiatement membre des investisseurs, parce que dans la prime que vous payez, un petit morceau sert au capital. Il contribue donc au remplacement progressif des 200 millions pour qu’au bout de 20 ans, le capital soit entièrement africain. Autrement, quand vous rentrez ce n’est pas seulement que vous avez une assurance, mais vous devenez en même temps actionnaire, vous payez des actions sans même vous en rendre compte. Et notre souhait est qu’il y ait beaucoup de pays ; comme ça le niveau de cette action baisse parce que la prime baisse en général.

Propos recueillis par Nephthali Messanh Ledy, envoyé spécial à Addis-Abeba



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