Archives d’Afrique: ce 11 avril 2011, apocalypse à Abidjan


Local residents walk past a burnt-out security forces vehicle in Anyama, where New Forces fighters, along with defectors from the national army, have successfully fended off attacks from government troops and erected dozens of roadblocks to control access, in Abidjan, Ivory Coast Wednesday, March 2, 2011. The neighboring northern Abidjan district of Abobo, which has been the ground zero of recent fighting, is now also largely controlled by gunmen loyal to internationally-recognized president Alassane Ouattara.(AP Photo/Rebecca Blackwell)

Il y a 8 ans jour pour jour, avait lieu la boucle finale de la bataille d’Abidjan qui commença en fait le 30 mars 2011. Le pays était sous embargo. Quelque 500 000 tonnes de cacao étaient bloquées dans les ports . Les comptes des dignitaires du régime étaient gelés.

Ce jour là , la RTI appelait les Ivoiriens à réciter «l’Apocalypse », la cathédrale Saint Paul fourmillait de fidèles hébétés . Pendant ce temps, la voix décisive des canons et des mitraillettes   résonnait.

Une impressionnante colonne d’une armée fantômes de 9 000 guerriers , mercenaires, chasseurs dozos fonçait  sur Abidjan depuis en fait le 4 avril, sous les objectifs des caméras du monde entier. Les ex- Forces Nouvelles rebaptisées à la hâte Forces Républicaines de Côte d’Ivoire (FRCI) avançaient  sous les ordres du Général Soumaïla Bakayoko. Face à lui, l’armée fidèle à Gbagbo était commandée par le Général Philippe Mangou, qui appellera à un cessez le feu vite démenti par les faucons de Gbagbo.

Ainsi, c’est sous les bombardements que ce sera dénoué l’une des crises post-électorales les plus disputées d’Afrique. L’on dénombrera 3000 morts entre le 27 novembre 2010 et 4 mai  2011. Lors de l’assaut du 11 avril, 1 000 français sont protégés par la force Licorne et 300 libanais rallie l’hôtel Wafou en zone 4 sous protection de groupes de sécurité privés. L’ambassade du Japon est évacué.

Parmi les victimes célèbres de ce sanglant  imbroglio né du refus du président Laurent Gbagbo de reconnaître sa défaite au terme du deuxième tour (alors que les sondages commandés auprès d’officines étrangères lui prédisaient une victoire écrasante), le ministre de l’Interieur, Desiré Tagro,  ou encore le mystérieux guerrier rebelle Ib Coulibaly. Le Français Yves Lamblin , Directeur de Sifca, et ses compatriotes, pourtant à l’abri à l’hôtel Novotel, avaient été retrouvés morts. La BRVM avait été transférée sur boîtier électronique à Bamako par son ex DG. La cotation néanmoins ne sera pas interrompue, se poursuivant au moyen d’une ligne haut débit. Les banques françaises sont, elles, nationalisées.

Notons que dès la proclamation des résultats, Guillaume Soro, alors premier ministre, se réfugie avec armes et bagages dans la République du Golfe. L’établissement touristique transformé en un îlot protégé par les Nations Unies et la remuante Licorne (Force Française) abritait le gouvernement reconnu de Côte d’Ivoire. Avant la bataille d’Abidjan, Laurent Gbagbo aura raccroché Nicolas Sarkozy au nez . Visitant le Palais de Taj Mahal au bras de Carla Bruni, le président français enjoignait Gbagbo de quitter le pouvoir. Obama s’y essayera sans succès. Au contraire, formant son gouvernement parallèle , Gbagbo était galvanisé par les images à répétition de factices entraînement des jeunes patriotes sous la direction de Blé Goudé, les tubes de Zouglou  scandant « devant c’est mais» et les prédictions d’une armée céleste au secours de la nouvelle Jérusalem. Moins de 24 heures après son déclenchement, la bataille d’Abidjan se concentrait sur le palais présidentiel. L’artillerie lourde des forces françaises a neutralisé les rares velléités des Forces de Défense et de Sécurité. Retranché avec toute sa famille, Gbagbo et son épouse, Simone, seront capturés et exhibés comme des trophées de guerre. Ce soir là, ils dormiront dans la république du Golfe. Et le représentant le du secrétaire général de l’ONU, Choi Young-ji, pourra dormir tranquille , lui qui entendait ramener l’ordre.



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