Dr Fodé Kaba : « Comment éviter l’AVC… » (Interview) | Africa Guinee


CONAKRY-L’AVC (accident vasculaire cérébrale) est devenu un problème santé publique en Guinée. Du 1er janvier au 31 décembre 2018, 3 cas sur 1000 ont été recensés. Comment éviter cette maladie ? Quelles sont ces signes ? Entretien avec le Docteur Fodé Keita…

AFRICAGUINEE.COM : Qu’est-ce que l’AVC ?

Dr FODE KABA : Un AVC, (accident vasculaire cérébral) encore appelé (attaque cérébrale) est une situation d’urgence médico-chirurgicale qui survient lors de l’interruption de la circulation sanguine au niveau du cerveau. Cette situation va entrainer d’énormes problèmes au niveau du cerveau.  Lorsque le cerveau est privé de sang à cause de l’interruption de la circulation, cela va causer d’énormes dégâts au niveau du comportement de l’individu.

Quelles sont les causes de l’AVC ?

Il y a deux principales causes : la première, c’est l’hémorragie c’est-à-dire le vaisseau qui irrigue le cerveau va se rompre et va entrainer un saignement, soit dans le cerveau ou autour du cerveau. Si le saignement a eu lieu dans le cerveau, on parle de l’hémorragie intracrânienne. Si le saignement a eu lieu autour ou en dehors du cerveau on parle de l’hémorragie sous-archimédien.  Cette première cause représente 20% des AVC  fort heureusement elle est rare et catastrophique. La deuxième cause qui est la plus fréquente, on l’appelle ischémie.  C’est que le même vaisseau peut s’obstruer et devenir rigide jusqu’à obstruer carrément  la lumière de ce vaisseau empêchant  le passage du sang oxygéné  vers le cerveau.   Cette ischémie va également priver les structures du cerveau en oxygène.

Parlez-nous des symptômes de cette maladie ?

Les symptômes sont multiples et variés et chaque patient a sa façon de manifester la maladie. Certains, c’est une paralysie au niveau de  la bouche, de l’œil, du bras, de la jambe ou carrément  au niveau d’un côté du membre, pourquoi pas un trouble de sensibilité. Le patient dit  que je ne sens pas ma langue, j’ai un trouble visuel, une lourdeur au niveau de mon bras ou de la jambe. Il y a également le trouble de langage ils ont du mal à articuler les mots.  C’est aussi le manque de contrôle de l’équilibre ou des maux de tête terribles et inhabituels, c’est à dire des céphalées intenses. Le patient ressent des maux comme s’il allait mourir.

Quels sont les facteurs de risques ?

Les facteurs de risque responsables de la survenue de la maladie sont multiples. Parmi eux,  il y a des facteurs  modifiables et  non modifiables. Les facteurs non modifiables personne ne peut rien faire contre eux. Ils sont dus à l’âge, le sexe il est établit que les hommes sont beaucoup plus confrontés à l’AVC que  les femmes. L’AVC survient également au cours de la vieillesse à partir de la quarantaine. Il est exceptionnel de voir les sujets jeunes.   Il y a aussi des prédispositions génétiques qu’on ne peut pas modifier. Il y a certains antécédents familiaux une prédisposition préétablit qui peut faire que le sujet peut développer la maladie. Elle n’est pas héréditaire.  Il y a également des facteurs de risque modifiables c’est à ce niveau on peut agir. Le patient qui développe une hypertension artérielle on peut contrôler. Et ceux-là qui ont un taux de cholestérol  ou un taux de glycémie élevé, on peut agir sur le diabète. Il y a des médicaments qu’on administre pour  contrôler toutes les situations. On peut recommander aux patients de pratiquer des exercices physiques réguliers et tant d’autres.

Quel est le taux de prévalence en Guinée ?

Le taux de prévalence en Guinée, les derniers chiffres je ne les ai pas. Mais je peux vous parler de la prévalence hospitalière au CMC de Ratoma où je travaille. En 2018,  du 1er janvier au 31 décembre 2018, le  service des urgences a notifié  huit mille zéro soixante-dix cas de patients confondus. Parmi eux, on a dénombré 30  cas reçus pour AVC.  En termes de pourcentage ça fait 3 cas pour 1000. C’est pour vous dire que c’est un problème réel de santé publique, vue l’importance, la fréquence et la gravité de  cette maladie.

Comment se fait la prise en charge ?

D’abord au niveau de la communauté, lorsqu’une personne ressent les symptômes  que je viens de citer tels qu’une faiblesse des membres ou d’un côté du corps avec des maux de tête intense, nous l’invitons à se présenter aussitôt dans un centre de santé pour voir si c’est un AVC ou autre chose. Le malade doit être son premier médecin.   Le deuxième échelon c’est au niveau de l’hôpital, c’est le travail des médecins qui vont examiner le patient faire la part des choses. Cette prise en charge est un drame, l’AVC constitue un drame parce que les complications sont irréversibles. Ces complications sont les séquelles une fois constitués, le patient vit  avec ces séquelles. Les paralysies c’est à vie, imaginez des gens qui terminent leur vie dans un fauteuil.

Y a-t-il un traitement dans ce cas ?

Le traitement est purement symptomatique parce qu’une fois les dégâts sont causés  dans le cerveau c’est difficile de réparer. La reconstitution de la masse cérébrale est très lente. La prise  en charge doit être précocement instaurée. Lorsque le patient ressent ces signes parce que aussitôt diagnostiqué le patient à la chance de s’en sortir. Mais tardivement diagnostiqué les séquelles étant déjà constituées, ce serait difficile.    Le plus souvent  les patients viennent avec un AVC constitué nous ne ferons que constaté les dégâts parce qu’ils retardent à la maison. C’est une question de culture et  de connaissance. Il y a des gens qui attribuent cela à des causes  surnaturelles. On dit que c’est les djinns ou les mauvais sorts. Alors nous ne ferons que constater ces dégâts malheureusement.

Est-ce qu’il y a des les aliments qui occasionnent l’AVC ?

Aucun aliment n’est incriminé dans la survenue de l’AVC. Seulement il faut insister sur toute situation qui peut  entrainer une hypertension artérielle, un diabète ou une élévation de taux de cholestérol dans  le sang, ces aliments  doivent faire l’objet d’une modération dans leur consommation. Je veux parler des huiles, des graisses, de l’excès de sel et du sucre, le tabagisme, l’alcoolisme qui constitue un des facteurs de risques de la survenue de l’AVC.

Qu’en est-il des boissons énergétiques ?

Effectivement, c’est un problème difficile à cerner. Ce n’est pas que l’AVC. Ces boissons énergétiques entrainent d’autres  problèmes de santé énorme au niveau de la population. On reçoit  toute sorte de boisson on ne connait même pas la composition et  d’où ça vient. Les gens ne font que consommer en longueur de journée. On dit quand tu bois ça te donne de l’énergie malheureusement cela à des conséquences néfastes sur notre santé. En tant que professionnelle de santé je conseillerais tout le monde à observer une bonne hygiène de vie. Manger naturelle c’est ce qui est bénéfique pour notre santé.

Comment prévenir l’AVC ?

La prévention est d’abord primaire, c’est d’empêcher que la maladie survienne. C’est d’observer les règles élémentaires de la vie. Mener une vie saine sans Tabac et sans excès de consommations de sel, de sucre ou d’huile. Vérifier  ce qui est bon pour la santé et ce qui n’est pas bon. Prendre conseils au niveau des nutritionnistes par rapport  à tel aliment avant d’en faire une consommation habituelle. Pratiquer régulièrement  l’exercice physique. Et la prévention secondaire, la maladie est déjà là, c’est les professionnelles qui vont faire la prise en charge pour prévenir d’autres complications. Le suivi est extrêmement important.

Entretien réalisé par Bah Aissatou

Pour Africaguinee.com

Tél : (00224) 655 31 11 14





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