El hadj Mamadou Sylla : « Ceux qui disent que j’ai financé le référendum pour Conté… » | Africa Guinee


CONAKRY- El hadj Mamadou Sylla avait-il financé le référendum qui avait permis au Général Lansana Conté de rester au pouvoir ? Le Président de l’Union Démocratique de Guinée vient de répondre à ses détracteurs. El hadj Mamadou Sylla revient dans cette interview sur plusieurs sujets qui touchent l’actualité politique de son pays. Du font anti troisième mandat au fonctionnement actuel de l’opposition républicaine. Des révélations dans un entretien sans tabou…

 

AFRICAGUINEE.COM : Vous êtes en tournée en Basse Guinée. Qu’est ce qui se trame derrière ? 

ELHADJ MAMADOU SYLLA :C’est vrai, je suis en train de faire une tournée en basse côte qui est composée de huit préfectures. J’ai bouclé le reste ce jeudi 18 avril 2019. J’ai fait deux mois d’emblée pour faire cette tournée dans toutes les localités, même dans les districts les plus reculés. Là où j’ai été hier, j’étais étonné. J’ai même demandé à mon vice-président, honorable Dembo est-ce que des gens vivaient là-bas. Mais il y a tellement du monde. Ils m’ont dit que depuis l’indépendance, ils n’ont vu qu’une seule fois un haut responsable de l’administration dans leur localité. C’était un préfet au temps de feu Général Lansana Conté. Donc, il y a deux mois que je suis dans cette tournée. Il n’y a pas un endroit où je n’ai pas été : Boké, Boffa, Fria, Télimélé, Coyah, Forécariah, Kindia…on est allé à Sogolon, Baguingnè, Tormélin, Bady, Tondon, Faléssadé, etc, sans compter les districts. 

Si je suis en train de visiter toutes ces localités, c’est pour dire que tu ne peux pas être roi sans connaitre ton royaume. Il faut savoir où commence ton royaume et où il s’arrête. Donc j’ai été partout pour remercier les gens et leur dire que désormais le patron de la basse Guinée c’est l’UDG et son leader Elhadj Mamadou Sylla. Je dois avouer qu’ils ont aimé, adhéré et accepté. Ils ont promis désormais qu’ils suivront parce que quand quelqu’un se déplace et va jusque chez toi, c’est significatif. Ils sont contents ils disent que désormais, ils savent ce qu’il faut faire. Bien sûr, ils ont des petits besoins, ils sont laissés pour compte, l’administration n’existe pas dans ces lieux, personne ne s’occupe d’eux. Donc, celui qui veut s’occuper d’eux, ils seront avec lui.  Et pour faciliter le travail de mes équipes sur le terrain, j’ai déjà donné 268 Motos aux responsables pour bien fonctionner. 100 autres sont en train d’être montées. 

Cette semaine, les résultats de l’audit du fichier électoral ont été remis aux différentes mouvances politiques. Quels constats dégage-t-il ? 

Moi je suis très fâché et déçu du ministre de l’administration du territoire Bouréma Condé. Parce que j’ai reçu cette copie il y a longtemps. Les inspecteurs du fichier ont fini leur travail depuis le mois d’août, ils ont remis une copie, je crois au RPG, je ne pense pas que l’opposition ait reçu. Depuis le moi d’août, ça fait huit mois au minimum. C’est une déception. Un ministre de la république ne doit pas se comporter comme ça. Mais comme ils gèrent toutes leurs affaires en politique, c’est pourquoi ils se comportent de cette façon, sinon on ne peut pas rendre un rapport et qu’on donne ça officiellement seulement après huit mois. On se moque de qui là ? (…). 

Aujourd’hui le Gouvernement est dos au mur. Il ne sait pas quoi faire. On va aller comment aux législatives. Nous sommes déjà au quatrième mois de l’année. On disait qu’on allait organiser les élections législatives au mois de juillet 2019, cette échéance est arrivée, après on dit que c’est au mois de septembre ou décembre. Est-ce qu’on va organiser les législatives à un an de la présidentielle ? Je ne sais pas parce que même le chronogramme n’est pas sorti par la CENI. (Commission Électorale Nationale Indépendante, Ndlr). Ils tâtonnent, il n’y a aucune lisibilité. Ils sont incapables. Quand quelqu’un n’est pas capable, il faut le dire. L’honnêteté intellectuelle doit les pousser à tirer les conséquences de leur incapacité. On a vu des présidents élus qui démissionnent quand ça ne marche pas. Donc, je pense que tout ce qui reste à ces gens-là, c’est de démissionner. 

Je suis fin prêt pour aller aux élections, mais je suis inquiet. Au moment où je faisais ma tournée en Basse Guinée, j’ai envoyé des délégations en forêt où on sera roi bientôt, d’autres sont en haute Guinée, au Foutah, c’est pour vous dire qu’on est fin prêt. Mais comment aller aux élections si on n’a pas la date (…) ? Je me demande pourquoi on n’arrive pas à toiletter ce fichier. Tout le temps, on attend à la dernière minute, quand ça chauffe on dit qu’on va aller aux élections avec le même fichier, la prochaine fois on va toiletter. Mais ce n’est pas sérieux. On tourne en rond, il n’y a pas de visibilité. On ne sait par où donner de la tête. 

Que pensez-vous du refus du Gouvernement d’installer les chefs de quartiers et districts ? 

Il y a une mauvaise fois parce qu’on ne peut pas commencer un processus et l’arrêter en cours. J’ai dit au président Cellou qu’on doit nommer nos chefs de quartier. Partout où on sait qu’il y a nos maires, il faut nommer le chef de quartier. Bouréma Condé n’a qu’à dire après qu’il n’est pas d’accord. On va glisser jusqu’au jour où le mandat présidentiel va finir, ce jour-là, il n’y aura plus de président en Guinée. Ils verront en ce moment ce que les guinéens vont faire. Ils ne connaissent pas encore le guinéen, mais ils le connaitront. Vous savez quelqu’un m’a dit, que le caméléon a trois couleurs d’origine, mais le guinéen a sept couleurs. Ils verront ces sept couleurs ce jour. 

On a vu des évènements graves qui sont passés ci. On ne pouvait pas reconnaitre le guinéen quand on a vu la grève des syndicats ici. Je pense qu’il faut terminer ce processus là. Mais ils ont refusé de mettre les chefs de quartier tout simplement parce qu’ils pensent qu’aux législatives prochaines, ceux qui sont en place vont les aider. Mais je dois dire qu’ils ont tenté de voler aux communales, ils n’ont pas pu. Il n’y a pas ce qu’ils n’ont pas fait. Donc, on a qu’à changer ces chefs de quartiers parce qu’ils ne sont même pas favorables à eux. Alors pourquoi les garder ? 

Moi je dis que c’est nos maires même qui ont peur. Sinon dans les quartiers où on a gagné, il faut les nommer. Parce que la Loi dit que ce sont les maires qui doivent nommer les chefs de quartier. Alors de quoi a-t-on peur ? On doit nommer nos chefs de quartier, après que Bouréma Condé dise non. On verra. Il sait qu’il ne va jamais prendre un arrêté pour contrecarrer ça. On a peur pour rien. Il faut passer à l’action. On doit nommer les chefs de quartier partout où on a gagné, maintenant le reste s’ils veulent, ça n’a qu’à rester comme ça. Mais si on ne fait pas ça, ces gens-là ne vont pas nous écouter.  Aujourd’hui, il y a des crises partout : les enseignants, les banques, EDG. 

Depuis le lancement des activités du front pour la défense de la Constitution, on a l’impression qu’il ne bouge pas sur le terrain, ses actions sont timides face à l’enjeu. Comment expliquez-vous ça ? 

Je pense que c’est votre constat, sinon le front est bien présent. Pour Conakry, les fédéraux des partis membres du front vont se retrouver pour faire bloc ensemble, les fédérations de l’intérieur du pays le feront également. Nos fédéraux se donnent la main et sur le terrain, ils empêchent vraiment les gens qui viennent pour déclarer le troisième mandat. On voit des banderoles partout. Boffa, Coyah, Dubreka, Tanénè, d’ailleurs le mouvement a été complètement saboté. C’est un peu à Fria ils ont amené des militaires avec eux pour encercler le lieu où ils ont fait leur meeting. Sinon même les banderoles qu’ils ont mises au palais du peuple et un peu partout à Conakry, les gens ont tout enlevé. Aujourd’hui la majorité même des artistes est train de dire NON au troisième mandat. Je dois avouer que beaucoup de gens sont contre. Le président, c’est soit il n’est pas conseillé, ou il n’a pas de renseignements généraux, mais les gens sont contre. Mais s’il refuse d’entendre, le peuple est là, et le moment venu le peuple montrera qu’il est opposé au troisième mandat. 

Quand les gens disent que Conté a modifié la Constitution pour faire un troisième mandat, mais à l’époque, notre Constitution n’était pas verrouillée. C’est à cause de ça que le CNT (conseil national de la transition) a verrouillé la partie qui concerne le nombre et la durée des mandats du président de la République, pour éviter des problèmes. C’est nous tous qui avions approuvé ça.  Toutes les forces vives de la nation y compris Alpha Condé, ont dit que désormais il n’y a plus de troisième mandat. Il ne faut pas que les gens confondent Conté hier et ce qui se passe aujourd’hui. Le monde évolue. Mais en ce qui concerne la Constitution, même si on doit la modifier, on ne doit pas toucher les intangibilités. 

Si les gens disent aujourd’hui, que c’est Elhadj Mamadou Sylla qui a financé le référendum pour Conté, il faut préciser que cette constitution n’était pas verrouillée à l’époque.  On dit si on doit changer de Constitution, il y avait deux façons :  Soit les députés votent avec 2 /3 au moins ou passer par le référendum. Finalement, on est passé par le peuple, le référendum a été f ait mais la Constitution n’était pas verrouillée. Il a fallu combien de morts pour qu’on arrive à l’actuelle Constitution ? Une centaine. Normalement, on devrait avoir du respect pour ces morts. C’est pourquoi on a dit qu’on ne doit plus parler de troisième mandat. Les morts sont là, mais on a vite oublié ce qui s’est passé au stade. 

Sidya Touré le leader de l’UFR a fait une sortie dans votre radio dans l’émission « Bountoungni » que vous n’auriez pas apprécié. Que lui reprochez-vous ? 

Non, je vais lui reprochez de quoi ? C’est lui qui a tenu les propos qu’il voulait tenir et puis voilà. 

Habituellement l’émission est rediffusée dans la soirée, mais sauf que celle-ci n’a pas été rediffusée. Pourquoi ? 

Peut-être qu’il y avait une panne technique. 

Pourtant il se dit qu’il y a un malentendu entre vous…

Non ça n’a rien à voir. On était même ensemble dans le cercle restreint de ceux qui ont préparé le front. Il faut que les gens comprennent qu’il y avait peut-être des problèmes entre les leaders, mais on a dit de taire nos différends pour mener le front contre le troisième mandat. Nous tous on se bat pour ça. Parce que, même contre les militaires, c’est comme ça qu’on a fait. Il y avait les syndicats, les défenseurs des droits de l’Homme, les parties politiques, tout le monde. 

Vous être membre du FNDC, mais également membre de l’opposition républicaine. Il se dit que désormais c’est vous qui venez après Cellou Dalein Diallo. Est-ce le cas ?

C’est la première fois que je parle de ça. Vous n’êtes pas sans savoir que tout dernièrement on a fait une retraite de deux jours à Kindia. Le constat a été fait que Cellou à chaque fois il n’est pas là. Il a été demandé après l’UFDG quel est le parti qui vient au point de vue poids politique, tout le monde a dit que c’est l’UDG. C’est ainsi qu’il a été décidé que si Elhadj Cellou n’est pas là, je suis désigné pour le remplacer, pour coordonner les réunions. Parce que s’il y a un chef de file, il y a aussi des embranchements. C’est comme ça que cela m’a été accordé. Donc, aujourd’hui, j’affirme qu’après Elhadj Cellou comme Chef de file de l’opposition, c’est l’UDG d’Elhadj Mamadou Sylla qui vient. C’est pourquoi depuis qu’Elhadj Cellou est à l’extérieur, j’ai présidé chez moi ici quatre réunions. Même ce matin j’ai présidé une réunion. Tous les leaders étaient présents. On est en train de travailler sur le plan stratégique pour voir qu’est-ce qu’il faut faire face à tous ces problèmes dans le pays. 

L’honorable Damaro Camara, chef de file de la majorité présidentielle au Parlement est sous la menace d’une levée de son immunité parlementaire. Etes-vous favorables ou pas ? 

On ne pas peux parler seul, en notre nom par rapport à cette question. On est dans un groupe parlementaire (les libéraux démocrates, ndlr). Le moment venu, on va se prononcer lorsque le débat sera posé. Mais c’est si le Fama (Alpha Condé, Ndlr) ne bloque pas la procédure. Je me demande si ça va aboutir. Je ne vais pas dire non, comme Paul Moussa Diawara est en prison. Donc, tout est possible maintenant en Guinée. 

Pensez-vous que Damaro est intouchable ? 

Personne n’est intouchable dans le pays selon la Loi. Tout le monde est nécessaire, personne n’est indispensable.  

 

Interview réalisée par Diallo Boubacar 1

Pour Africaguinee.com

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