Trois mois après : comment Félix Tshisekedi a-t-il réussi à asseoir sa légitimité sans gouvernement?


Élu sur la promesse du changement, de bâtir une nouvelle république respectueuse de la démocratie et des droits de la personne, de rendre le gouvernement plus responsable de ses actes, et de combattre la corruption et les malversations financières qui saignent l’économie à blanc et nuisent au développement et à l’amélioration des conditions de vie des populations congolaises, le Président Tshisekedi est pleinement conscient des défis auxquels il est confronté. C’est ainsi qu’il n’a pas attendu la formation du gouvernement pour se mettre résolument à l’œuvre afin d’honorer ses promesses électorales.

Mais la restauration de la paix et la sécurité sur l’ensemble du territoire national est primordiale pour entreprendre la tâche cruciale de reconstruction du tissu socio-économique du pays. En campagne électorale, Félix Tshisekedi s’était engagé à ramener la paix et la stabilité en RDC et, spécialement, à mettre fin à l’insécurité qui persiste dans la partie Est qui subit les horreurs et les atrocités des guerres successives qui ont ravagé le pays pour le contrôle des ressources minérales et provoqué le massacre de plus de six millions de Congolais depuis plus de vingt ans. 

Pour aborder et résoudre cette question complexe de l’insécurité chronique qui règne dans cette partie de la RDC, Félix Tshisekedi qui a fait ses premières armes, dans le cadre de son parti politique, dans la diplomatie internationale, a vite compris que pour lutter efficacement contre l’insécurité, il était important d’entreprendre des efforts au niveau tant national qu’international pour rétablir une paix durable dans son pays. Et que, le moyen le plus efficace de résoudre cette question de l’insécurité qui prévaut encore, est de négocier la paix et la réconciliation fondées sur la confiance mutuelle avec les voisins.

Dès sa prise de fonction, le Président Tshisekedi a exprimé son engagement à œuvrer en faveur d’une véritable réconciliation avec ses voisins. Il a sillonné les pays avoisinants : Angola, Congo Brazzaville, Kenya, Ethiopie, Ouganda et Rwanda, pour rencontrer les hauts dirigeants de ces pays, discuter avec eux sur les perspectives de relations positives, le bon voisinage et la coopération transfrontalière qui était absente par le passé, afin de s’attaquer notamment aux causes profondes de l’insécurité dans les pays de la sous-région des Grands Lacs africains.

Pour son premier déplacement officiel en dehors de l’Afrique, le Président Tshisekedi a choisi les États-Unis d’Amérique pour diverses raisons, comme il l’a expliqué lors d’une rencontre qui s’est déroulée dans une ambiance très cordiale avec les ressortissants congolais d’Amérique du Nord à Washington DC. En effet, pour ceux qui connaissent la genèse des conflits armés à l’Est de la RDC, ils savent bien que le soutien des États-Unis sur les plans diplomatique, politique, financier et en matériel militaire, représente un atout considérable et a pour conséquence la redistribution des cartes d’influences dans la sous-région et, in fine, de parvenir au rétablissement de la paix et de la stabilité dans ce pays.

Le Président Tshisekedi était allé proposer aux États-Unis un partenariat privilégié pour attirer les investissements privés américains afin d’accélérer la croissance économique dans son pays. Il compte aussi sur des investissements de tous ceux qui, à travers le monde, veulent établir un partenariat gagnant-gagnant avec son pays.

Jusqu’à maintenant, les premiers pas semblent très encourageants et vont dans la bonne direction. Le Président Tshisekedi, même sans gouvernement, sans se doter d’un budget approprié, s’est empressé à poser des gestes symboliques forts et mieux ciblés pour répondre aux besoins prioritaires urgents du pays, à savoir la reconstruction des infrastructures routières, l’approvisionnement en électricité et en eau potable, dans le but de soulager sa population. Toutes ces mesures ont été bien accueilli par la population congolaise.

Une chose est sûre, en 100 jours seulement, Félix Tshisekedi a démontré qu’il est capable de faire mieux que son prédécesseur, juste en termes des engagements réels de ressources et de volonté politique. De plus, il a démontré sa volonté de donner un nouveau souffle aux relations de bon voisinage, de retrouver la place qu’occupait naguère son pays en Afrique et de parler d’une voix rassurante au reste du monde. 

Félix Tshisekedi s’est engagé à remettre la RDC sur la voie de la prospérité économique, en veillant notamment à une gestion saine et rigoureuse des finances publiques. En effet, le scandale qui a éclaté lors de l’élection de Sénateurs et Gouverneurs de province démontre que son engagement de lutter contre la corruption endémique qui gangrène le pays a eu un écho favorable auprès de la population congolaise qui désapprouve fortement de telles pratiques. Cette bataille demeure essentielle et prend tout son sens en cela qu’elle va contribuer à endiguer un phénomène croissant qui s’est largement répandu dans l’appareil de l’État congolais.

Félix Tshisekedi multiplie des gestes qui démontrent de sa volonté de rupture avec les pratiques malsaines du régime précédent. Il a redonné confiance aux Congolais en lançant des signaux clairs, qu’avec un peu plus de volonté politique, on peut parvenir à résoudre les problèmes qui entravent le développement de la RDC. 

Après quelques soubresauts provoqués par sa victoire contestée par son challenger, Félix Tshisekedi a réussi à asseoir sa légitimité et à l’assurer de la confiance et de l’adhésion de ses concitoyens et de la communauté internationale. On peut donc dire sans exagération que pour ses 100 premiers jours, il a passé le test d’acceptabilité sociale. 

Il est maintenant temps que le Président Tshisekedi presse ses alliés du Front commun pour le Congo (FCC) pour que le pays se dote rapidement d’un gouvernement. Un bon gouvernement, efficace, qui sait gérer les finances publiques en bon père de famille et qui se consacre à lutter contre la corruption pour maximiser les recettes de l’État, essentielles à la relance du pays sur la voie de la prospérité économique.

Bien que les partis qui avaient soutenu la candidature de Félix Tshisekedi soient minoritaires au Sénat et dans les Assemblées provinciales et nationale, en acceptant tout de même de faire une coalition avec d’autres partis dont les priorités sont différentes de tiennes et surtout qui ne partagent pas tous la même vision de l’avenir pays, le Président Tshisekedi doit être conscient qu’il sera le premier comptable des actions du gouvernement auprès des Congolais. Il a le devoir et la responsabilité de jouer un rôle de premier plan, en établissant des lignes directrices claires et en fixant le cap pour les cinq années à venir, à la lumière de sa vision, pour orienter la marche à suivre par son gouvernement, s’il veut réussir son mandat présidentiel.

Isidore KWANDJA NGEMBO, Politologue et analyste des politiques publiques



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