Au coin du feu avec Déo Ngendahayo – IWACU


Dans le Burundi traditionnel, le soir, au coin du feu, la famille réunie discutait librement. Tout le monde avait droit à la parole et chacun laissait parler son cœur. C’était l’heure des grandes et des petites histoires. Des vérités subtiles ou crues. L’occasion pour les anciens d’enseigner, l’air de rien, la sagesse ancestrale. Mais au coin du feu, les jeunes s’interrogeaient, contestaient, car tout le monde avait droit à la parole. Désormais, toutes les semaines, Iwacu renoue avec la tradition et transmettra, sans filtre, la parole longue ou lapidaire reçue au coin du feu. Cette semaine, au coin du feu, Déo Ngendahayo.

Votre qualité principale ?

La sociabilité. Quand j’étais scout, on m’avait donné comme Totem, mangouste sociable. Je crois que je n’ai pas changé.

Votre défaut principal ?

L’entêtement. On dit que ce sont les  » imbéciles  » qui ne changent pas d’avis. Je crois que je fais partie de cette catégorie !

La qualité que vous préférez chez les autres ?

L’humilité. J’aime beaucoup le Pape François, il fait preuve d’une humilité sans précèdent.

Le défaut que vous ne supportez pas chez les autres ?
Je n’aime pas les gens qui  n’ont aucun sens de l’humour et les hypocrites.

La femme que vous admirez le plus ?

Ma maman, je me suis toujours demandé comment elle a pu me supporter neuf mois en son sein ! A travers elle, j’ai une grande admiration pour toutes les mamans, en particulier les  deux mamans de mes quatre enfants.
Ma cousine Lydia Nsekera. Quel parcours extraordinaire dans le domaine du sport international !

J’admire aussi ma fille Lila. Après trois lascars qui m’ont fait voir des vertes et des pas mûres, elle est apparue comme un rayon de soleil !

Quel est l’homme que vous admirez le plus ?   

Mon ami Chabani, c’est un handicapé qui, au lieu de mendier sa vie, a transformé son handicap en force. Il s’est installé à la station Katikati sur son fauteuil roulant et il est devenu le plus grand vendeur de crédits de téléphone mobile. Avec l’argent qu’il tire de ce petit commerce, Chabani s’est construit une maison à Kamenge et il vient de s’acheter un  fauteuil électrique.

Votre plus beau souvenir ? 

La naissance de mon premier enfant Maurice.

Votre plus triste souvenir ?

La mort du Président de la République et ami Cyprien Ntaryamira.

Quel serait votre plus grand malheur ?

La perte d’un être cher

Le plus haut fait de l’histoire du Burundi ? 

La victoire de MWEZI GISABO sur l’esclavagiste RUMARIZA vers la fin du 19e siècle.

La plus belle date de l’histoire du Burundi ?

Il y en a deux pour moi, le 1er juillet 1962, date marquant l’indépendance de notre pays et le 10 juillet 1993, marquant l’investiture du 1er président démocratiquement élu.

La plus terrible ?

Il en a trois, le 13 octobre 1961, jour de l’assassinat du Prince Louis Rwagasore, le 29 avril 1972 qui correspond à l’attaque d’un groupe de rebelles Hutu dans le Sud du pays contre des Tutsi, ce qui a donné l’occasion à l’armée Tutsi de l’époque de commettre l’irréparable en se rendant coupable du génocide contre l’élite Hutu. La 3e date est le 21 octobre 1993, le jour de l’assassinat du président Ndadaye et de ses collaborateurs, ce qui a occasionné aussi des massacres interethniques inqualifiables.

Le métier que vous auriez aimé faire ?

Le secteur privé m’a toujours attiré donc homme d’affaires.

Votre passe-temps préféré ?

Le foot. Quand je passe dans les quartiers populaires de Bujumbura, tout le monde m’appelle « Presda », ils me connaissent comme grand passionné du football. J’ai été longtemps responsable d’un de leur club préféré : INTER STAR. Beaucoup de grands noms du football burundais sont passés par ce club. Notamment Papy Faty qui vient de nous quitter malheureusement, je lui rends hommage.

Votre lieu préféré au Burundi ? 

J’ai un attachement particulier pour la ville de Bujumbura, lieu de mon enfance. Je connais  par exemple tous les manguiers de l’avenue Ngendandumwe pour y avoir maraudé avec des camarades dont Marc l’actuel propriétaire du restaurant Tanganyika. Mais en tant qu’ancien directeur du tourisme, j’ai beaucoup aimé les randonnées dans la Kibira, au milieu d’arbres vieux de plusieurs siècles.

Le pays où vous aimeriez vivre ?

J’aimerais vivre dans un ‘‘Burundi Nouveau’’ où émergerait une nouvelle classe dirigeante progressiste et tournée vers l’avenir.

Le voyage que vous aimeriez faire ?

J’aimerais visiter l’Amérique latine surtout Cuba pour danser la Salsa en buvant un verre de Tequila.

Votre rêve de bonheur ?

Etre un papi comblé et entouré de mes petits-enfants en train de nous raconter de petites histoires marrantes.

Votre plat préféré ?

Une brochette de viande d’estomac (umushishito) accompagné d’Ubuswage (pâte de manioc froide) arrosé d’Akuki (l’hydromel).

Votre chanson préférée ?

En matière de chanson, je suis hétéroclite. Mais depuis quelque temps, j’ai été impressionné par la musique burundaise, j’aime beaucoup Kidumu avec sa chanson Telenovela, Docter Claude avec « utuntu », Vichou avec « Ntabundi Buhinga », Sat-B, Big Fizzo, Natacha La Namba, IRY TINA, etc. Mais il y a une fille qui m’a vraiment impressionné, c’est Vestine avec sa chanson «VUGA». Chapeau bas pour nos jeunes artistes !

Quelle Radio écoutez-vous ? 

J’écoute RFI pour m’informer des nouvelles de l’Afrique et du monde. Mais pour me rafraîchir l’esprit, j’écoute BUJA FM avec Landry Rukundo, Kevin Gakiza et Gisa Steve Irakoze (avec son accent rwandais) au sport. A l’animation, Ami Pro, KIGINGI et NIKITA. Pour les enfants SOUPACHOU et j’en passe de meilleurs. Bravos les gars.

Avez-vous une devise ?

Burundi first.

Votre souvenir du 1er juin 1993 ? 

C’est une date qui restera gravée dans ma mémoire parce qu’elle a marqué l’aboutissement heureux d’un long combat politique auquel j’ai eu l’honneur de participer.

Votre définition de l’indépendance ?

C’est la souveraineté d’une nation. Cela suppose que ce sont les filles et fils d’une nation qui décident de son avenir. Cette souveraineté est symbolisée par le drapeau national qui flotte sur tout le territoire national.

Votre définition de la Démocratie ?

Pour moi la démocratie, c’est l’Etat au service du citoyen. C’est la prise de conscience de chaque citoyen qu’il détient une partie du pouvoir qu’il délègue à des représentants pour veiller à ses droits et à ses intérêts.

Votre définition de la justice ?

C’est l’égalité de tous devant la loi, nul n’est au-dessus des lois.

Déo Ngendahayo avec Shabani, sur sa moto, l’homme qu’il admire.

Si vous deveniez ministre de la Sécurité publique, quelles seraient vos deux premières mesures ?

Tout d’ abord, je n’ai aucune chance de devenir ministre de la Sécurité publique. Par contre, si vous me demandiez quel conseil je donnerais aux autorités actuelles pour améliorer la sécurité, je leur suggérerais d’utiliser les jeunes désœuvrés souvent auteurs d’insécurité à des projets de construction de petites villes en peu partout dans le pays. Il existe un fonds spécial pour ça : «le fonds fiduciaire sud-coréen pour les villes vertes en Afrique». J’impliquerais aussi ces jeunes dans la lutte des maladies comme le sida, la malaria et la tuberculose grâce au «fonds mondial» contre ces maladies, ce type de projets permettrait au gouvernement de résoudre plusieurs problèmes à la fois : procurer des revenus au jeunes qui seraient tentés par la criminalité, donner une réponse satisfaisante au problème de logement, créer des villes qui respectent des normes environnementales et enfin sauver des vies qui sont menacées par les grandes pandémies.

Si vous deveniez ministre du Tourisme, quelles seraient les deux premières mesures ?

Il y a trois grandes formes de tourisme. Le tourisme de congrès, le tourisme de loisir et celui d’affaires.  Je m’investirais d’abord dans le tourisme de congrès en dotant le Burundi d’un grand centre de conférence internationale. Pour le tourisme de loisir, je chercherais des investisseurs pour le littoral du lac Tanganyika pour créer des ports de plaisance. Quand j’étais au tourisme, nous avions signé un mémorandum d’entente avec le groupe SERENA, n’eut été les perturbations de juillet 2015, tous ces projets seraient déjà concrétisés. Pour le tourisme d’affaires, il faudrait créer une zone sous douane pour inciter nos voisins à venir s’approvisionner chez nous au lieu d’aller à Dubaï. Ce qu’il faut retenir, c’est que le tourisme dans le monde est la 2e industrie après le pétrole en termes de rentrée en devises.

Croyez-vous à la bonté humaine ?

A ce sujet laissez-moi vous raconter une petite histoire. Un vieil indien explique à son petit-fils que chacun de nous a en lui deux loups qui se livrent bataille. Le premier loup représente la sérénité, l’amour et la gentillesse. Le second représente la peur, l’avidité et la haine. «Lequel des deux loups gagne ?», demande l’enfant. «Celui que l’on nourrit», répond le grand-père. Le vieil indien a tout fait raison, on peut être bon ou mauvais, c’est à nous de choisir.

Pensez-vous à la mort ?

Ce n’est pas en fait la mort qui pose problème car elle est inéluctable, c’est un phénomène naturel. C’est plutôt comment on va mourir, ce sont les souffrances qui sont souvent liées à la mort qui font peur.

Si vous comparaissiez devant Dieu, que diriez-vous ? 

Après les échanges classiques de politesse du style  «heureux de faire votre connaissance, avez-vous fait un bon voyage ?», je  lui proposerais  un petit aparté pour lui demander comment il peut laisser tant de souffrances sur terre surtout à l’égard des enfants?

Propos recueillis par Egide Nikiza



burundinews

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