« Un show pour un rapprochement entre les deux Etats » – IWACU


Les autorités burundaises ont remis, mardi 30 avril, sept rebelles rwandais à leur pays d’origine. Un geste qui a provoqué moult interrogations. Eclairage avec le Pr Gérard Birantamije, expert en questions de sécurité.

Que signifie ce geste?

Au regard des relations tendues entre les deux Etats depuis les trois dernières années, cela peut donner l’image d’un gouvernement burundais soucieux de la sécurité de son voisin du nord. Sur le plan de la communication politique, il s’agit d’un show nécessaire pour éventuellement impulser des rapprochements entre les deux Etats et beaucoup plus pour susciter la sympathie des organisations régionales et internationales qui peuvent intercéder pour des missions de bons offices entre les deux Etats. Ce sont des gestes devenus monnaie courante dans cette région des Grands Lacs où pullulent des centaines de rébellions comme l’a bien cartographié le Groupe d’étude sur le Congo (GEC). Plus récemment, la RDC a remis au Burundi plus de 180 présumés rebelles. Le Rwanda en a fait autant vis-à-vis de la RDC dans le passé.

Bien évidemment, c’est un geste diplomatiquement symbolique au regard de la cohorte des diplomates de la CIRGL et SADC, autorités militaires invités ainsi que des émissaires onusiens de la MONUSCO au rendez-vous. C’est bon pour la consommation externe, mais loin de l’être en interne. Ce qui intéresse les Burundais, ceux de l’intérieur comme ceux de l’extérieur, c’est de pouvoir asseoir la sécurité pour tous, de mettre fin aux arrestations arbitraires se cumulant ou de cas de disparitions de ceux qui ne sont pas en bon vent avec le régime. Bref, ce geste peut être différemment interprété selon qu’on est Burundais, Rwandais, habitant de la région ou diplomate étranger.

Est-ce un début du dégel des relations entre les deux pays?

Oui et non. Pour parler du dégel des relations entre deux Etats, il faut revenir sur le nœud du conflit. Le problème entre les deux pays n’est pas lié aux groupuscules rebelles qui voudraient s’en prendre au Rwanda parce qu’elles ont existé avant l’envenimement des relations entre les deux pays. Personne ne sait s’ils étaient basés au Burundi ou s’ils y transitaient comme le rapport des Nations Unies sur la RDC le stipulait. Dans cette hypothèse, ce geste peut constituer une base minimale du dégel. Par contre, et ce n’est un secret pour personne, il faut trouver la véritable cause dans la correspondance récemment envoyée au président Ougandais Museveni par son homologue burundais. Cette correspondance a dévoilé les formes élémentaires des tensions politiques existantes entre les deux pays, et partant la nature du conflit actuel. Il est fondamentalement lié à la peur entretenue par le régime vis-à-vis des réfugiés burundais vivant au Rwanda depuis le très controversé troisième mandat. Cette peur est liée à l’accueil réservé aux réfugiés burundais que le régime considère comme un background des forces susceptibles de se rebeller tôt ou tard contre lui. Donc autant dire que ce geste de remise de sept rebelles appréhendés par la police burundaise est en soi une bonne chose mais sur le plan de l’analyse, il ne pèse pas vraiment pour susciter des initiatives de haut niveau en vue du dégel.

Face à Kigali que pèsent ces rebelles? Ont-ils une capacité de nuisance?

Une rébellion, ce n’est pas beaucoup plus la force mais la cause profonde qui mobilise. C’est ce qui fait qu’un mouvement rebelle peut voir le jour avec cinq ou dix personnes, mais grandir par la suite. L’identité du mouvement déclinée est assez moins connue et les images ayant circulé sur les média sociaux montrent plutôt des rebelles que tout reviendrait à questionner. Mais la logique minimale interdit de minimiser quelqu’un qui se revendique être en rébellion contre l’Etat du moment qu’il dispose ou fait croire qu’il dispose d’une capacité de nuisance.

Néanmoins, jusqu’ici, en visitant les mêmes sources médiatiques, il n’y a pas de déclaration de la part de leur mouvement, ce qui me semble très atypique. Et là, il y a lieu de se demander si ces gens appréhendés ne sont pas du même calibre que ceux que le régime burundais a toujours montré à la télévision publique comme étant des rebelles burundais en provenance du Rwanda. Ce qui est sûr leur mouvement rebelle n’est pas assez connu. Mais cela ne signifie pas qu’ils ne peuvent pas nuire à la sécurité de l’Etat rwandais. Des investigations poussées pourraient sans doute nous donner plus d’informations sur ce mouvement et ses visées.

Propos recueillis par Arnaud Igor Giriteka



burundinews

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