Au coin du feu avec Mgr Evariste Ngoyagoye – IWACU


Dans le Burundi traditionnel, le soir, au coin du feu, la famille réunie discutait librement. Tout le monde avait droit à la parole et chacun laissait parler son cœur. C’était l’heure des grandes et des petites histoires. Des vérités subtiles ou crues. L’occasion pour les anciens d’enseigner, l’air de rien, la sagesse ancestrale. Mais au coin du feu, les jeunes s’interrogeaient, contestaient, car tout le monde avait droit à la parole. Désormais, toutes les semaines, Iwacu renoue avec la tradition et transmettra, sans filtre, la parole longue ou lapidaire reçue au coin du feu. Cette semaine, au coin du feu, Mgr Evariste Ngoyagoye.

Votre qualité principale? 

C’est vraiment difficile de se qualifier soi-même, ça peut-être de l’égoïsme. Ce n’est pas à moi de répondre à cette question, je n’aimerais pas le faire, que ce soit aux autres de le faire.

Votre défaut principal ?

Non plus, ce n’est pas à moi de le faire. Je me connais, je fais la conscience de moi-même régulièrement mais ce n’est pas à moi de l’étaler dans les colonnes d’un journal.

La qualité que vous préférez chez les autres ?

La droiture. J’aime quelqu’un qui est droit, à qui je peux me confier, sur lequel on peut compter.

Le défaut que vous ne supportez pas chez les autres ?

L’égoïsme.

La femme que vous admirez le plus ?

Une femme intelligente, qui a la bonté en elle-même. C’est-à-dire, qui est prête à bien éduquer ses enfants comme il faut.

L’homme que vous admirez le plus ?

Un homme qui prend soin des autres, qui s’occupe des autres.

Votre plus beau souvenir ? 

C’est l’ordination sacerdotale le 6 janvier 1966par le pape Paul VI. J’étais jeune, à 24 ans.

Votre plus triste souvenir ?

La mort de maman, j’avais 18 ans, je suis l’aîné de la famille. Sa disparition a failli faire basculer ma vocation, mais j’ai persévéré.

Quel serait votre plus grand malheur ?

Manquer à ma vocation.

Le plus haut fait de l’histoire burundaise ?

C’est difficile parce que l’histoire burundaise est longue. Mais, à ma portée, je pense que le moment important, c’est lorsque le roi Mwezi Gisabo a dû signer contre sa volonté le malheur du Burundi d’être colonisé par un pays étranger. Le 6 juin 1903 est certainement une date qui a marqué l’Histoire du Burundi.

La plus belle date de l’histoire burundaise ?

A contrario, c’est le 1er juillet 1962, date de l’indépendance et tout ce qui l’a entourée et précédée parce que la fête n’a pas été célébrée exactement ce jour-là, mais trois mois plus tard parce qu’on n’était pas prêt.

La plus terrible ?

Manifestement 1972, ça a été terrible, c’est une tragédie dont on n’est même pas encore sorti.

Le métier que vous auriez aimé faire ? Pourquoi ?

Je n’ai pas rêvé d’autres métiers excepté celui que j’exerce maintenant, si on peut l’appeler métier.

Votre passe-temps préféré ?

J’aime les lectures des livres d’ordre théologique et spirituel.

Votre lieu préféré au Burundi 

Je n’en ai pas vraiment, je suis heureux là où je suis. Ça me convient.

Le pays où vous aimeriez vivre ?

Bien-sûr, c’est le Burundi.

Le voyage que vous aimeriez faire ?

C’est une question difficile dans la mesure où ça dépendrait de la destination ou du but qui me pousserait à faire ce voyage. Pourquoi j’y vais ? Faire du tourisme pour du tourisme, ça je ne fais pas. Chaque voyage implique un objectif.

Votre rêve de bonheur ?

C’est d’être heureux parmi le peuple de Dieu, en train de partager sa joie par exemple dans la célébration. C’est vraiment mon bonheur, je suis satisfait.

Votre plat préféré ?

Dans la tradition burundaise, on ne parlait pas de ces choses.

Votre chanson préférée ?

Je chante avec les autres mais je n’ai pas de chanson préférée.

Quelle radio écoutez-vous ?

J’écoute la RTNB bien sûr, la radio Maria et la RFI. Ce sont les trois dans l’ordre des préférences.

Avez-vous une devise ?

«Imana nzima niyo mizero yanje »  (Traduction libre : C’est le Dieu vivant qui est mon espoir). Je tire ça de l’épitre de Paul à Timothée.

 Votre souvenir du 1er juin 1993 ?

J’avais suivi de très près les dates et les évènements antérieurs. Je pense que cette date a été extrêmement importante pour l’introduction du multipartisme, la consécration du multipartisme. Il y a eu des reculs mais le 1er  juin pour moi signifie la victoire du multipartisme, c’est-à-dire de la diversité des opinions, de la liberté d’expression.

Votre définition de l’indépendance ?

C’est l’état d’esprit qui permet d’être libre dans un pays qu’on aime et qu’on veut développer.

Votre définition de la démocratie ?

C’est d’abord considérer que tout homme a une dignité et que les autres doivent la respecter.

Votre définition de la justice ?

Elle implique les droits de tout un chacun. Il faut respecter les droits de chacun et que l’intéressé aussi respecte les droits des autres.

 Si vous redeveniez jeune fraîchement sorti du petit séminaire de Mugera, orienteriez-vous votre vie dans la prêtrise ?

Sûrement ! Après avoir longtemps réfléchi, au vu des 52 ans de prêtrise, je choisirais encore cette voie parce qu’elle comble mes espérances.

Quand vous avez été ordonné prêtre, pensiez-vous que vous allez  devenir évêque, puis archevêque ?   

Absolument pas ! Je n’y pensais pas du tout. On cherche à être prêtre mais si on cherche à être évêque, ça rate, c’est déjà un mauvais signe. J’avais des ambitions d’être un bon serviteur de l’Eglise, mais pas celles d’être évêque.

Pensez-vous à la mort ?

Oui bien sûr surtout à mon âge. J’ai un âge où il faut penser à ces choses-là.

Si vous comparaissiez devant Dieu, que lui diriez-vous ?

Je ne mets pas de conditionnel. Je lui dirai merci pour m’avoir donné la vie, pour m’avoir protégé durant toute ma vie parce que j’ai des raisons d’être reconnaissant. J’ai échappé à la disparition, à la perte de vie plusieurs fois.



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