Plus de 4 mille fosses communes déjà connues à ce jour – IWACU


L’identification et la gestion des fosses communes et des restes humains et d’autres lieux de mémoires sont, entre autres défis, auxquels est confronté la CVR. Les politiques et la société civile recommandent l’implication de tous les acteurs.

«A la date du 8 mai 2018, la Commission avait déjà noté 4.163 fosses communes déclarées, dont certaines ont été vérifiées», a indiqué Révérend Clément Noah Ninziza, vice-président de la CVR.
C’était au cours d’un atelier autour de la problématique d’identification et de gestion des fosses communes, des restes humains et d’autres lieux de mémoires organisé du 9 au 10 mai à Gitega. Celle-ci vient en tête avec 640 fosses communes.
Selon lui, le travail d’identification des fosses communes a été fait en trois temps. D’ abord, précise Révérend Ninziza, lors de la formation des cadres provinciaux et des agents de dépositions, les participants ont été amenés à citer les fosses communes connues d’eux. Ensuite, des fosses communes ont été citées par des personnes venues faire leurs dépositions. Enfin, d’autres fosses communes ont été signalées par des personnes ressources auditionnées par les commissaires.
Le vice-président de la CVR fait savoir que les rapports des dépositions déjà faites sur les 4.163 fosses communes citées par les témoins, seules des centaines ont pu être identifiées comme contenant réellement des restes humains.

Problématique d’identification

Révérend Ninziza relève quelques dans pendant l’identification des fosses communes. Une bonne partie des fosses communes renseignées datent de plusieurs années. Et avec le temps, le terrain a connu des modifications profondes et des changements géophysiques. Ainsi, tient-il à préciser, des fosses communes datant des années très lointaines risquent de ne jamais être identifiées.

Des témoins clés, poursuit-il, prennent de l’âge ou disparaissent. Ce phénomène complique les choses d’autant plus que ceux qui se portent volontaires à donner des informations sur les fosses communes sont souvent des jeunes qui l’ont appris des générations antérieures.

Par ailleurs, d’autres fosses communes, même si elles sont connues de la population, ont été interférées ou détruites sans possibilité de retrouver des traces. En outre, fait-il observer, il y a une réticence de certains témoins potentiels ne voulant pas être identifiés comme ceux qui livrent une information que les autres membres de la communauté gardent secrète.

Certains proches des victimes ont adopté l’attitude d’ « oublions » et « avançons » prétextant que même si l’on veut chercher la vérité sur la disparition des leurs, que ceux-ci vivront pas de nouveau.

Le travail de fouille qui ramène les os humains à la surface cause souvent des signes de traumatisme parmi ceux qui ne sont pas préalablement préparés.

En outre, précise le commissaire, dans le but de cacher les exactions, les auteurs des crimes ont creusé les fosses communes dans des endroits très reculés difficilement accessibles ou ont creusé en profondeur ce qui complique le travail de vérification.

Des solutions sont envisagées

« Il faut surmonter ces défis en agissant ensemble avec d’autres partenaires, entre autres, les institutions, la population, les partis politiques, les organisations de la société civile », indique Guillaume Ruzoviyo, président du Conseil national de l’unité et de la réconciliation. Il suggère la guérison des âmes : «Il faut d’abord détraumatiser les cœurs».

De son côté, Abel Gashatsi, président de l’Uprona, appelle à la décentralisation des activités de la CVR et l’implication de l’administration à tous les niveaux.

Yves Sahinguvu, ancien Premier vice-président de la République, demande à la CVR de se ressourcer auprès des pays ayant connu des tragédies similaires. Il cite notamment l’Afrique du Sud, le Rwanda, le Chili, le Libéria. Il met l’accent également aussi sur la formation des agents enquêteurs.
Ndayisenga Daniel, président du collectif des associations pour la réconciliation et l’appui des victimes des conflits sociopolitiques au Burundi (Caravi), recommande le démembrement de la CVR, la sensibilisation de la population et la protection des témoins. « La CVR doit être représentée à tous les niveaux».



burundinews

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