Ange Gretta, une vie fauchée en plein envol – IWACU


Une élève du secondaire, 17 ans, a été assassinée dans la nuit de lundi 27 mai après un viol à Gasebeyi en zone Mivo de la commune et province Ngozi. Plus d’une semaine après le forfait, sa mère, inconsolable, demande la lumière sur cette affaire.

Aline Hakizimana, la quarantaine, est sous le choc, sa voix tremble. Mère-célibataire, elle voyait en Ange Gretta, son seul espoir. Appliquée en classe, elle assure qu’elle était sa raison d’être.

«J’ai refusé de me marier pour m’occuper convenablement de l’éducation de mes enfants, dont la défunte, afin qu’à leur tour, ils s’occupent de moi quand je serai vieille », fait-elle savoir avec émoi.

Aline Hakizimana demande la lumière sur la mort de son enfant pour que le bourreau soit puni conformément à la loi. «C’est le seul moyen pour protéger les autres».

La défunte laisse un vide à l’école. Emmanuel Ntahomvukiye, directeur du Lycée communal Karambi, garde le souvenir d’une élève hors du commun : «Très intelligente, elle était première de la classe de 2ème année, sections langues». Depuis qu’il est affecté à cet établissement, il a toujours vu Ange Gretta comme un ange de docilité.

Elle aidait ses condisciples à réviser les cours. Elle se proposait volontiers pour la prise des notes au tableau. Les enseignants faisaient recours à elle à chaque fois qu’ils avaient besoin d’étancher la soif. «Non loin de l’établissement, il existe une borne fontaine, c’est elle que nous envoyions puiser de l’eau à boire». Selon M. Mvuyekure, si Dieu lui prêtait longue vie, Ange Gretta aurait eu un bel avenir.

Sous le choc, Alice Hakizimana demande la lumière sur la mort de son enfant.

Retour sur les mobiles de son assassinat

Un certain Emmanuel, la vingtaine, taxi-moto dans la commune Ngozi, est la dernière personne que la défunte, Ange Gretta Irutavyose, a croisée de son vivant, dans la soirée de lundi 27 mai.

C’était connu, Emmanuel était tombé sous le charme de cette élève de 17 ans. Il lui avait déjà déclaré sa flamme, le lui écrivait via le téléphone de sa mère, Aline Hakizimana. Ange Gretta Irutavyose, élève appliquée en classe, avait refusé la main de ce jeune. Greta voulait étudier.

Lundi 27 mai. Ange Gretta Irutavyose, de retour de l’école, informe sa mère qu’elle va être très occupée toute l’après-midi. Vers 15 h, elle veut prendre des notes. Elle veut aussi réviser trois cours.

Un texto d’un condisciple tombe sur la messagerie du téléphone de sa mère. Le camarade de classe lui demande de réviser ensemble les mathématiques, cet après-midi.

Gentille, Ange Gretta suspend alors sa prise de notes et se rend au lycée communal Mivo, où le rendez-vous a été fixé. Sa mère la supplie de rentrer tôt.

Vers 19h, Ange Gretta n’est pas de retour. 20 heures. Elle n’est toujours pas à la maison. Sa mère, inquiète, attendra 21h pour alerter le père de sa fille établi à Muremera avec sa femme légitime, etc. La mère de Gretta n’est pas la première épouse.

La nuit sans sa fille sera longue. Inquiétante. Toutefois, elle ne perd pas espoir.

Le lendemain, une de ses camarades de classe auxquels Ange Gretta apprenait la veille les mathématiques assurera l’avoir raccompagnée jusqu’à la localité appelée Imwungere.

Découverte horrible

Le corps sans vie de la jeune élève a été retrouvé dans cette broussaille située à Gasebeyi.

Vers 18h, lundi 27 mai, à un kilomètre de son domicile, Ange Gretta, en compagnie de ses camarades, ils l’accompagnent chez elle. Aussitôt, ils aperçoivent de loin Emmanuel, le taxi-moto, venant à leur rencontre.

Ils sont au courant de ses avances et tentatives pour une relation avec leur amie. Arrivé à leur hauteur, le jeune amoureux coupe le moteur de son deux-roues. Les amis d’Ange Gretta comprennent qu’il faut s’éclipser, histoire de ne pas les indisposer et les laisser échanger tranquillement. «Nous ne savons pas la suite», dira une de ses amies.

Mardi 28 mai

Dès le matin, des membres de la famille sont inquiets. Ils se mettent à la recherche de leur fille. Ils écartent toute idée de disparition. Roger, son oncle rôtisseur connu à Mivo, fait partie d’eux.

Ils fouillent partout, demandent aux amis d’Ange Gretta, mais rien, aucune nouvelle. Ils ratissent alors toutes les broussailles autour du sentier que la jeune élève studieuse emprunte pour aller à l’école ou voir ses camarades.

Vers 11h, Roger en compagnie d’Emmanuel, le motard amoureux et d’un certain Obède font une découverte macabre. Dans la brousse de Gasebeyi, ils tombent sur le corps sans vie. C’est celui d’Ange Gretta. Sous le choc, il appelle sa sœur, la mère de la désormais défunte, pour lui apprendre la mauvaise nouvelle.

Horreur. Ange Gretta est visiblement morte par strangulation. «Ses parties intimes témoignent d’une violence inouïe », révèle avec peine sa mère. Le reste de son corps semble tout de même intact. Aucune trace de coup ni d’atrocités.

Le taxi-moto amoureux arrêté

Après la découverte de la dépouille, Roger et la mère de la défunte s’accordent à dire qu’Emmanuel, le motard amoureux, sur place, s’écrie en kirundi : «Mana yanje, ndagowe !» (Mon Dieu, je suis foutu !)

Après, il est arrêté à la requête des parents de la disparue. Il est mis sous les verrous aux cachots de la police judiciaire. 5 autres individus rejoignent le premier suspect. Le taxi-moto amoureux est accusé d’être le commanditaire de l’assassinat. Et les cinq autres d’avoir violé et exécuté la jeune élève.

Salomon Nibizi, procureur de la République en province Ngozi, assure que des enquêtes sont en cours. Cinq des six prévenus sont déjà passés aux aveux. Seul Emmanuel, le motard, nie son implication dans cette affaire. Les accusés risquent la perpétuité.

Selon des sources policières, le prévenu principal aurait demandé aux cinq coaccusés de réserver une « punition» à cette jeune fille indifférente à ses avances.

Un cas isolé ?

Selon le responsable du Centre pour le développement familial et communautaire (CDFC) en province Ngozi, les violences basées sur le genre (VBG) sont allées grandissant à partir du mois d’avril.

Et ce, comparativement aux chiffres des mois de janvier, de février et de mars. Selon des sources dignes de foi, une centaine de cas aurait été recensés en avril.

Néanmoins, poursuit-il, cela ne dénote pas une recrudescence. Cela peut s’expliquer notamment par la sensibilisation qui encourage les victimes à dénoncer les auteurs.

En outre, les agents de santé communautaires se trouvant sur les 298 collines contribuent aussi à recenser tous les cas des victimes des VBG. La plupart sont des victimes des violences psychosociales.

D’autres cas de viol sur des mineures se sont produits au cours du mois de mai dans la province de Ngozi. En commune Nyamurenza par exemple, Janvière Mpawenimana, élève de la 6ème année, a été violée par son enseignant.



burundinews

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