Bénin : le « GUÈLÈDÈ » ou la société secrète des femmes…


Le Bénin dispose d’un patrimoine culturel riche et très diversifié. Le « Guèlèdè » à l’instar de beaucoup d’autres rituels, fait partie des cérémonies qui font la beauté de son identité culturelle. Originaire du Nigéria voisin comme « Egungun» (lire l’article sur le « Egungun ») et « Oro », le Guèlèdè est une société secrète qui se rattache aux Yoruba (un ensemble de populations parmi les plus nombreuses du continent, qui vivent depuis longtemps à l’ouest du cours inférieur du fleuve Niger). Au Bénin, ce rituel est principalement actif dans les régions de Kétou, Pobè et de Savè.  Il est marqué par des chants, des rythmes et des danses masquées.

Patrimoine séculaire, le Guèlèdè fait partie des cinq sociétés à masques héritées des valeurs culturelles propres des Yoruba. Au Bénin, ses adeptes l’intègrent pour se protéger de la mort, de la maladie et pour assurer leur épanouissement sur les plans matériels et financiers. Ainsi, Guèlèdè apparaît comme la réponse de la société à la sorcellerie, cause des calamités telles que les épidémies ou la sécheresse, suivant les croyances locales. C’est une cérémonie à laquelle s’associent des chants en langue Yoruba, des rythmes exécutés le plus souvent par quatre tam-tams et des danses masquées qui ont lieu à la fin des récoltes, et lors d’événements importants au sein de la communauté comme les naissances, les décès, et mariages ou en cas de sécheresse ou d’épidémie.

La cérémonie du Guèlèdè se déroule généralement de nuit sur une place publique, près d’un couvent généralement installé dans une maison où les danseurs se préparent. Les chanteurs et un joueur de tambour apparaissent en premier. Ils sont accompagnés d’un orchestre et suivis des danseurs masqués, parés de magnifiques costumes. Le travail d’artisanat préalable est considérable, notamment pour sculpter les masques et confectionner les costumes. La cérémonie assure la transmission d’un patrimoine oral mêlant poésie épique et lyrique, usant d’ironie, de dérision, de masques satiriques. Des figures d’animaux sont souvent utilisées. On note le serpent, symbole de pouvoir, ou l’oiseau, messager des « mères ». La communauté est organisée en groupes d’hommes et de femmes, généralement dirigés par des femmes âgées appelées « Awon iya wa » (nos mères en Yoruba). Il est important de noter que son histoire et sa pratique diffèrent selon les communautés.

En effet, la danse du Guèlèdè est l’expression de la mauvaise conscience de l’homme vis-à-vis de la femme datant du changement de la société du matriarcat au patriarcat. Dans la société yoruba, la femme est censée posséder une force vitale qui présente deux facettes : l’une positive, comme créatrice et protectrice de la vie, douée de la connaissance des pouvoirs curatifs des plantes, force régulatrice garante de l’ordre social et moral ; l’autre négative, destructrice, responsable de la stérilité, de la sécheresse, des épidémies et de la mort. Le Guèlèdè serait le tribut à payer aux pouvoirs mystiques des femmes, dont il faut se protéger et qu’il faut apaiser afin de les transformer en puissance bénéfique pour la société. Donc pour apaiser les “mères” comme il est coutume de les appeler, les hommes se mettent sur la tête le masque avec un foulard léger et une robe à longues manches. Ils dissimulent leurs physionomies, attachent des grelots aux chevilles et dansent.

Proclamé originellement en 2001, « Patrimoine oral », Guèlèdè fut inscrit en 2008 par l’UNESCO sur la liste représentative des patrimoines culturels immatériels de l’humanité faisant encore

davantage du Bénin, la perle rare des arts, cultes et cultures du continent africain.



Afrik

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