Burundi/Intolérance politique : le roussi – IWACU


La permanence provinciale du parti CNL d’Agathon Rwasa dans la province de Bujumbura dite rurale, sise au chef-lieu de la commune Nyabiraba a été brulée dans la nuit de samedi 16 juin 2019. Ce challenger du parti au pouvoir devrait l’inaugurer ce dimanche.

Des murs éventrés, la façade sur rue portant le logo et le slogan du parti CNL défoncée, noircie par la fumée, le plafond croulant noir de suie, la toiture en tôles ondulées carbonisée et déformée, des chaises calcinées, un podium en bois consumée par les flammes,…et du bois de chauffage à moitié entamé par le feu entassé à l’intérieur et à l’extérieur de cette permanence.

«Ni ibara ! » (C’est honteux !). Le mot est sur toutes les lèvres devant la petite maison – mais tout un symbole – dédiée au parti CNL (Congrès national pour la liberté) incendiée par un groupe de personnes non encore identifiées.

«Pourtant cette permanence est à quelques pas d’une position de la police», regrettera un militant avant de s’éloigner pour se fondre dans la foule craignant d’être repéré par des policiers positionnés, armes au poing, devant cette permanence ravagée par un incendie d’origine criminelle.

«C’est tout ce qui reste. Les coups de feu entendus quand les flammes et la fumée s’élevaient ont dissuadé les partisans courageux de notre leader tentés de venir éteindre le feu dans la nuit », lâche un autre militant de ce parti.

Pour ce partisan d’Agathon Rwasa, l’incendie de ce bureau du parti CNL est d’une bassesse digne d’un incivique. «Que nos hommes politiques rivalisent par leurs programmes et non par ce genre d’actes. Les gens devraient cohabiter dans leurs différences».

Et devant ce ’’spectacle désolant’’ ces inconditionnels d’Agathon Rwasa affichent des airs de deuil, de recueillement. Des murmures fusent de partout: «A qui profite tout ce sabotage ? La réponse est simple. Inutile de faire des enquêtes, leurs enquêtes. Elles n’aboutissent pas, ne finissent jamais».

Quand le cortège du président du parti CNL, Agathon Rwasa s’arrête à quelques mètres de cette permanence calcinée, ses partisans accourent, venus d’on ne sait où comme par enchantement.

En quelques minutes, toute la route est noire de monde. Certains d’entre eux portent des habits et des casquettes où  dominent les couleurs de ce parti : le noir, le rouge et le vert.

«Il y a une main de l’administration»

Dans une interview accordée à la sauvette, Agathon Rwasa parle de ’’complicité de l’administration’’ : «les autorités communales et provinciales avaient refusé l’implantation de cette permanence dans cette commune. Il a fallu l’intervention du ministère de l’Intérieur».

Selon lui, il y aura même une première tentative d’incendier cette permanence. Elle sera déjouée : «Des policiers ont tiré en l’air empêchant du coup des malfaiteurs d’incendier ce bureau mais ils n’ont pas désarmé».

Après cela, la police sera mise en alerte. Il y a même  des militants qui choisissent de passer la nuit en veillant sur cette permanence. Mais ces derniers seront emprisonnés et c’est par après que ces malfrats passent à l’acte. «Il y a lieu de se demander le rôle des autorités administratives et policières dans cette commune».

Son verdict tombe : «L’autorité centrale compétente devraient relever ces administratifs qui n’ont cure du respect de la loi parce que le Constitution reconnaît la liberté politique».

Mais la version de l’administrateur communal de Nyabiraba est toute autre. D’après Ferdinand Simbananiye, des inconnus sont venus à moto. C’est quand ils comment à encercler cette permanence que la police est alertée.

Quelques-uns sont appréhendés et le constat est qu’ils viennent des plusieurs communes. C’est après leur arrestation qu’il y a une détonation. Ces policiers constatent que cette permanence est en train de brûler. Des coups de feu retentissent et la police va aider pour éteindre le feu.

A part cet incident, avoue cet administratif, il n’y a pas d’autres signes d’intolérance politique à signaler.  «Mais quelques armes seront saisies : deux fusils et plusieurs cartouches, deux grenades à Mukongo et deux autres à Matara. Il y a même des informations faisant état de gens armés de passage sur certaines collines».

A quelques pas de là, la permanence du FNL et celle de l’Uprona.

Cette version semble ne pas convaincre des dignitaires du parti CNL : «Ils ont mis le feu à cette permanence mais ils n’ont pas brûlé ce qui se trouve dans la tête de nos militants encore moins dans leurs cœurs», dira un parlementaire, proche d’Agathon Rwasa après avoir marqué un petit arrêt devant cette maison dédiée à ce parti, comme pour se recueillir devant ce ’’gâchis’’.

A quelques pas de là, deux autres permanences : celle du FNL de Jacques Bigirimana et celle de l’Uprona d’Abel Gashatsi. Elles arborent fièrement les insignes de leurs partis. Les drapeaux flottent sur leurs mâts, imperturbables. «Ces bureaux ne posent aucun problème ici à Nyabiraba», dira une femme, la soixantaine, elle se dit ’’Inararibonye’’, celle qui a tout vu, tout vécu.



burundinews

A lire aussi

Laisser un commentaire