[Chronique] Johnny Clegg va revoir Madiba




Même si les médias internationaux avaient largement détourné leur regard de l’œuvre post-eighties de Johnny Clegg, l’hommage à l’artiste décédé ce 16 juillet n’est pas galvaudé.


Il y a une tonalité factice dans la passion ressuscitée de certains critiques musicaux qui ne se réveillent qu’au décès d’artistes qu’ils avaient encensés avant de s’en détourner. Et voilà les « sachants » de la création internationale branchée de « superlativer » aujourd’hui sur la carrière de feu Johnny Clegg.

Ces dernières années, en off, lesdits experts décrivaient pourtant l’artiste comme bedonnant au rendez-vous de la soixantaine, folklorique dans ses blazers de bogolan, voire anachronique, 25 ans après la chute de l’apartheid et près de 40 ans après une vague world eighties qui n’avait pas grand chose à voir avec l’afrotrap. Mais tout de même…

Bravoure et authenticité innovante

Tout de même, au-delà de la supposée posture du Blanc qui veut se faire plus noir que le Noir, comme une grenouille de Lafontaine, l’authenticité innovante de la carrière du Sud-Africain, gravée sur disque dès 1976, a largement légitimé cette mode de la world music qui enfanta la protest-song Biko de l’Anglais Peter Gabriel ou l’album Graceland de l’américain Paul Simon.

Tout de même, le zoulou blanc secoua nombre d’artistes aux antipodes de sa linguistique musicale, comme le Français Renaud qui chanta Jonathan et  produisit l’album One life.

Tout de même, même moins médiatisée que son décès, sa tournée d’adieu Final Journey World Tour conclua quarante-deux ans de carrière marqués par plus de 5 millions d’albums vendus.

Tout de même, sous l’apartheid, il fallait une forme de bravoure à Johnny Clegg pour ne pas se lover dans un confort blanc bunkerisé et pour rejoindre la cohorte clairsemée des « visages pâles » qui vomissaient artistiquement la ségrégation raciale, comme l’écrivain Alan Paton ou le dessinateur Jonathan « Zapiro » Shapiro.

Tout de même, quel quinquagénaire n’a pas eu envie, dans le secret de son garage, de projeter sa jambe au-dessus d’un bâton de combat zoulou, avant de succomber à un lumbago ?

Tout de même, en matière de happening « tire-larmes », on n’a pas encore trouvé mieux que la montée sur scène surprise de Nelson Mandela, en 1997 à Francfort, alors que Clegg interprétait Asimbonanga.

Le décès du zoulou blanc vaut bien l’exhumation de quelques VHS…





jeuneafrique

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