AMERIQUE NOIRE : Toni Morrison , Rosa Parks : Deux Visions du Combat de la Liberté


« Rosa Parks s’est
assise pour que nous puissions nous lever. Paradoxalement, son
emprisonnement ouvrit les portes de notre longue marche vers la liberté
». Révérend Jesse Jackson, le 25 octobre 2005. Par Chems Eddine Chitour

«
C’est ça, l’esclavage. Quelque part au fond de toi, il y a cette
personne libre dont je te parle. Trouve-la et laisse-la faire du bien
dans le monde ».

Dans cette contribution , je veux présenter le combat de deux femmes noires l’écrivaine Tony Morrison et  la militante  Rosa Parks   chacune à sa façon , pour l’émancipation des Noirs aux Etats Unis.  Cette
opportunité a été mise au profit suite au décès de la romancière
américaine Toni Morrison décédée le 5 août à l’âge de 88 ans, emportant
avec elle des centaines d’autres belles histoires.  Le Prix Nobel  de
littérature lui a été décernée . C’est la première Africaine-Américaine
à recevoir une telle distinction. Au passage nous constatons que sur
plus de 700 prix Nobel décernés toutes spécialités confondus il y a à
peine une dizaine de Prix Nobel Noirs dont deux femmes Toni Morisson et  après elle Wangari Maathai la kenyane  

Barack Obama l’avait
qualifiée de « l’une des conteuses les plus distinguées de notre nation »
au moment de lui remettre la médaille présidentielle de la liberté, le
29  mai 2012 plus haute
distinction civile aux Etats-Unis qu’avaient reçue avant elle Rosa Parks
et Martin Luther King (à titre posthume). Il l’a qualifiée de « trésor
national » après avoir appris sa disparition. Toni Morrison a écrit onze
romans. Superstar aux États-Unis, chacun de ses livres et chacune de
ses apparitions publiques étaient acclamés. Née en 1931, Toni Morrison a
attendu d’avoir 39 ans pour publier son premier roman. Elle est
contemporaine  des luttes pour l’émancipation des Noirs américains

Descendante d’une
famille d’esclaves et première femme afro-américaine à décrocher le prix
Nobel de littérature en 1993,Toni Morrison était surtout célèbre pour
avoir donné une visibilité littéraire aux Noirs.  «
Le Washington Post dit d’elle qu’elle a « métamorphosé la littérature
américaine ». Toni Morrison a exploré toute l’histoire des Noirs
américains depuis leur mise en esclavage jusqu’à leur émancipation dans
la société américaine actuelle. 

Sa renommée
internationale a grandi avec Beloved, « son chef d’oeuvre » selon le New
York Times. Un roman sorti en 1987 ancré dans le 19e siècle qui suit le
parcours de Sethe, une jeune esclave, et qui lui a valu le prix
Pulitzer en 1988. Juste au moment où 48 écrivains noirs, dont Maya
Angelou, Alice Walker et Ernest J. Gaines, se sont plaints dans une
lettre ouverte du fait que leur collègue n’ait encore jamais reçu de
distinction nationale pour son oeuvre.   Les hommages se sont multipliés à l’annonce de sa disparition.  Femme
de lettres, Toni Morrison était également une « mère, grand-mère et
tante extrêmement dévouée, qui adorait être en compagnie de sa famille
et de ses amis », a rappelé le communiqué familial ».

Toni Morrison  Un combat par la plume

Un hommage est venu de Manthia Diwara professeur à New York University,qui l’a connu  : « J’avais rencontré Toni en 1984 ou 1985,  Toni
Morrison était d’abord l’éditrice qui avait ouvert les portes de la
prestigieuse maison de publication, Random House, aux femmes noires
–Angela Davis avec son autobiographie en 1974, Gayle Jones avec
Corregidora (1975), et Bambara, citée plus haut. Ainsi, Toni Morrison et
d’autres géantes de la littérature américaine-noire telles que Alice
Walker et Maya Angelou avaient transformé le champ de la littérature
américaine noire, jusqu’en ce moment dominé par les textes des hommes
noirs : Richard Wright, Ralph Ellison, Eldridge Cleaver, Ismael Reed,
etc.; avant de changer toute la littérature americaine et la couleur de
la littérature mondiale. Comme dirait Glissant, un nouveau monde
naissait, le « nouveau Baroque » pour relier et relater le monde.

Toni Morrison et
Gabriel García Márquez étaient les chantres des esthétiques de ce
Tout-Monde ; Une journaliste du New York Times lui posa cette question
un jour : « Comment vous définiriez-vous? Femme Noire Écrivaine? Ou
Écrivain tout court? » Et Toni de répondre tout de suite et sans
hésitation : « Femme Noire Écrivaine ! Cela veut dire que dans mon
écriture il n’ya pas seulement l’écrivaine, mais aussi l’expérience
vécue des noires en Amérique raciste et ségrégationniste,  et celle de la femme. Cela manquait un peu dans ce que faisaient les hommes avant nous. »  Toni Morrison est connue pour avoir donné une visibilité littéraire aux Noirs.

L’ex-président
démocrate Barack Obama lui a rendu un vibrant hommage, la qualifiant
dans un tweet de « trésor national ». « Son écriture représentait un
superbe et profond défi à notre conscience et à notre imagination morale
».

 En presque cinq décennies, Toni Morrison a écrit onze romans.

Dès son premier roman,
Toni Morrison distille le sel de son style et de ses thématiques : des
tragédies familiales avec pour toile de fond l’Amérique raciste. L’Oeil
le plus bleu raconte le destin, dans l’Ohio de 1941,  Toni
Morrison aborde avec force l’identité noire, avec comme thématique
majeure le racisme intériorisé. L’écrivaine se permet également de
donner une perspective sur l’Amérique post-Grande Dépression d’un point
de vue autre que celui des Blancs. : Le Chant de Salomon (1977) explore
les thématiques des relations humaines, de l’historique familiale et de
l’identité afro-américaine, à travers une galerie de portraits à
laquelle fait face Milkman Dead. Beloved (1987) Certainement le roman le
plus célèbre de Toni Morrison, Beloved est peut-être aussi son plus
cérébral et tragique. Le roman raconte la dérive de Sethe, une ancienne
esclave échappée d’une plantation, hantée par ses actes passés. Et plus
particulièrement l’égorgement de sa fille Beloved encore bébé, pour lui
éviter de vivre dans les chaînes de l’esclavage. L’arrivée dans le récit
d’une jeune femme, nommée elle-aussi Beloved, sème la confusion dans
l’esprit de Sethe. Le roman a permis à Toni Morrison de remporter le
prix Pulitzer : Jazz (1992)

Loin de l’esclavage
mais toujours autant ancré dans la dure réalité des Afro-américains,
Jazz prend racine à New York, quartier de Harlem, dans les années 1920.
Dans un nouvel exemple de passion destructrice,     Home
(2012) Une décennie après son Nobel de littérature, Toni Morrison sort
son avant-dernier roman, nouveau parcours initiatique d’un homme noir
détruit et en quête de sens ».

Toni Morrison, les fantômes de l’Amérique

Toni Morrison nous a
quittés et ses mots résonnent autour de nous, parmi les fantômes, parmi
ses fantômes, ceux qu’elle nous a donné à lire et à apprivoiser. « La
langue, c’est la paume de la main qui doit tenir le monde »,
disait-elle. Toni Morrison a tenu la sienne bien serrée, y gardant la
mémoire des oubliés de l’histoire américaine. Une paume levée bien haut,
jusqu’au premier Nobel de littérature, décerné à une Afro-Américaine.
Une paume qui recèle une langue arrachée qu’elle s’est échinée à
restituer jusqu’à son dernier son. Toni Morrison a écrit ce que  d’autres
avaient commencé à chanter. Un passé dont les relents planent encore
sur l’Amérique d’aujourd’hui, que son oeuvre continuera sans fin
d’exorciser.. »

Elle définissait la liberté d’une façon particulière, celle  d’être maitre de son destin: «  »Arriver
quelque part où l’on pouvait aimer tout ce que l’on voulait – ne pas
avoir besoin d’autorisation pour désirer -, eh bien, ça c’était la
liberté. » (Toni Morrison, « Beloved », 1987) L’écrivaine Françoise
Vergès souligne  dans la phrase
suivante la chose essentielle qui la relie comme nous tous, au beau
temps de l’esclavagisme citons le politologue : « Avec des romans comme
L’Œil le plus bleu, son premier, ou Beloved, elle entre dans l’intimité
complexe des personnes réduites en esclavage.  […].   C’est
du sort passé et présent de ces « Êtres » qui furent réduits à l’état
de bétail au temps de l’esclavage, et dont les descendants ont conservés
dans leurs gestes et leurs gènes cette intimité complexe car
indéchiffrable.

L’enfermement des
Noirs-Américains dans la catégorie des Afro-Américains, traduit avec un
certain cynisme, ce que les Blancs ne veulent pas oublier : que ces
Noirs ont été arrachés à leur pays l’Afrique (Afro), pour les servir,
exploités et comptés comme du bétail. Les Noirs eux-mêmes ne le pourront
pas car leurs souffrances et les humiliations endurées perdurent encore
au travers de tout ce que l’on saisit des pratiques ignominieuse de la
police à leur égard.  « Face à
l’impossibilité de résoudre la question de la différence noire au sein
de la société américaine (résolue pourtant pour toutes les autres
populations non blanches), les pratiques de développement séparé se sont
renforcées. Ca s’est traduit par exemple par l’invention de toutes
pièces d’une identité « afro-américaine » (que rien ne justifie sur le
plan des moeurs), par l’idéologie communautariste ou «
multi-culturaliste ».

L’Amérique meurtrie de Toni Morrison

Tout entier voué à l’écriture de la vérité sur la condition peu enviable des  Noirs,  Toni Morrison n’arête pas de dénoncer  en creux dans ses romans , ce combat toujours actuel , celui des Américains de couleur  Nicolas Michel décrit le combat littéraire de Toni Morrison contre la ségrégation : « Elle  nous
entraîne écrit il dans un voyage à travers la ségrégation et le racisme
des années 1950. Un texte court et puissant servi par une prose
poétique ramassée. Noir, blanc   Maître
de la suggestion, ennemie déclarée des affirmations manichéennes, la
Prix Nobel de littérature (1993) décrit le racisme ordinaire de
l’intérieur. Mieux : elle le donne à sentir jusqu’au frisson d’horreur.
Elle qui est née en 1931 s’est beaucoup documentée sur la période
qu’elle décrit, les années 1950, mais elle l’a aussi vécue. Elle se
souvient avec acuité du visage grimaçant qu’arboraient les États-Unis de
l’époque.

Âgée de 17 ans,
étudiante, elle garde en mémoire le souvenir d’une tournée avec sa
troupe de théâtre dans le Sud… et des difficultés qu’il y avait pour
trouver un simple logement.  Toni
Morrison rappelle au passage l’existence de ce « guide du routard »
conçu spécifiquement pour les Noirs (The Negro Motorist Green Book,
devenu plus tard The Negro Travelers’ Green Book), édité de 1936 à 1964
par un employé de poste de Harlem joliment nommé Victor Hugo Green ».

 « Dans l’imaginaire américain, les années 1950 représentent une période de prospérité que l’on évoque avec nostalgie.  Convaincue
que la réalité était bien plus sombre, Toni Morrison est allée creuser
des plaies douloureuses : la ségrégation, le racisme, le maccarthysme ou
bien encore cette guerre de Corée toujours considérée de nos jours
comme une « opération de police ».   racisme ou la condition noire, elle se demande à chaque ligne : « Qu’est-ce qu’être un homme ? » 

À travers les écrits
qu’elle a contribué à publier telles les autobiographies de Mohamed Ali
et d’Angela Davis, comme à travers ses propres romans, que ce soit  Beloved  ou  Jazz,  Home  ou Song  of
Solomon, l’écrivain offrait sa voix pour raconter des histoires
jusque-là tues, ou étouffées par une chape de silence, pour donner la
parole à ceux à qui elle était confisquée ».

La ségrégation aux Etats Unis Une calamité structurelle

Qu’en est il
justement, du fond rocheux raciste des Américains blancs. On sait que la
guerre de sécession a opposé le Sud esclavagiste au Nord. Elle se
termina par la victoire du Nord et  par
la suppression de l’esclavage. Cependant depuis la mort d’Abraham
Lincoln l’architecte de l’émancipation des noirs, le statut de ces
derniers n’a pas évolué il a donné lieu à un racisme   Pourtant  on
sait que quand on arrive au monde, on n’est pas raciste, on le devient
par transmission dans l’éducation que reçoit l’individu dès son plus
jeune âge. Combien d’ouvrages de spécialistes    ont expliqué par exemple que les enfants blancs et noirs  dans une école maternelle jouaient ensemble sans problème.

Toni Morrison n’est pas la seule à décrire l’esclavage  Alex Haley  a aussi  décrit le calvaire des Africains déportés aux Amérique  c’est l’histoire des afro-americains dans leur ensemble  Le roman «  Racines,
Root » raconte l’histoire, sur plusieurs générations, d’une famille
d’esclaves afro-américains. Leur quotidien y est dépeint sans concession
: travail forcé, viols, vente et séparation des membres d’une même
famille, ségrégation. Haley a  affirmé
avoir réussi à remonter sa lignée familiale à Kunta Kinte, un Africain
capturé dans le village de Juffureh, dans l’actuelle Gambie.  Alex
Haley a écrit : « Au meilleur de ma connaissance et de mon effort,
chaque affirmation de lignage de Racines provient de l’histoire orale
soigneusement préservée de mes familles africaines ou américaines, dont
une grande partie a été corroborée par des documents.»

Il a fallu attendre un
évènement extraordinaire , le refus d’une femme Rosa Park de céder sa
place à un blanc dans le bus en 1955 On pense à tort que la ségrégation a
disparu depuis  les décisions
du Congrès suite au courage de Rosa Park de ne pas céder. On dit que les
noirs sont surreprésentés dans les prisons américaines. Qu’ils sont en
général les emplois les plus bas.  Et
qu’ils font souvent l’objet de « bavures » de la police. Deux exemples
nous permettent de situer cela Henry Louis Gates est un éminent
universitaire professeur à  Harvard  ( Boston)  ami d’Obama, et classé par le Time en 1997 parmi les 25 Américains les plus influents. Il a été arrêté jeudi 23 juillet 2009  alors
qu’il tentait d’ouvrir la porte de son domicile, dont la serrure était
grippée et ceci après avoir été dénoncé par une voisine qui le décrit
comme un voleur avec un ballot   » Toutes les charges ont été abandonnées mardi, mais Henry Gates réclame toujours des excuses d’un policier  Barack Obama prend la défense d’Henry Gates, et est obligé de s’expliquer.. ».

Un fait plus récent il date d’une semaine (aout 2019) deux policiers blancs à cheval traînent un homme noir par une corde   l’image
parle d’elle-même. : « Dans un contexte tendu où, encouragé par Trump,
le suprématisme blanc se renforce, cette photo rappelle l’époque de
l’esclavage. Prises à Galveston, au Texas, On peut y voir Donald Neely,
un homme noir de 43 ans, tiré par une corde par deux policiers blancs à
cheval, les mains attachées dans le dos. L’indignation a redoublé
lorsque la famille de Donald Neely a déclaré qu’il avait été « traité
comme un animal », précisant qu’il était sans domicile fixe et atteint
de troubles bipolaires. Cette pratique, humiliante et raciste, est
toujours apprise par les agents de la police montée lors de leur
formation.  Ces pratiques,
faisant immédiatement écho à celles pratiquées pendant l’esclavage, sont
revendiquées par des groupes d’extrême droite tels que le Ku Klux Klan,
qui compte des membres notamment parmi les forces de répression ».

1er décembre 1955 Rosa Parks refuse de céder sa place

Parler  de racisme de discrimination nous amène à parler naturellement  de Martin Luther King. Pourtant Martin Kuther King  s’est fait connaitre après   le combat  d’une héroïne ordinaire:   350 millions d’occurrence sur internet contre 200 millions pour Martin Luther King et  258 millions pour Toni Morison  Nous
sommes dans l’Amérique des années cinquante avec un racisme à son
apogée faisant dire que dans les Etats du Sud la guerre de sécession n’a
pas servi à liberer les noirs qui subissent une autre forme d’esclavage
: « Mais c’est nier  écrit
Michel Muller la force destructrice de ce racisme : Angela Davis
rappelle que dans les années 1920 un politicien connu du Sud avait
proclamé qu’il n’existait aucune « fille vertueuse de plus de 14 ans
dans le peuple de couleur ». Et, indique-t-elle, le sociologue noir
Calvin Hernton écrivait encore, dans les années 1960, que « la femme
noire » avait perdu « le sens de sa propre valeur » et avait fini par «
se regarder avec les yeux des gens du Sud ». En faisant ainsi porter par
la victime la cause de sa souffrance, « dans la mesure où les femmes
noires sont considérées comme des femmes de mauvaise vie et des putains
», leur viol était licite, constate encore Angela Davis ».

Le jour où tout a basculé fut un 1er décembre 1955, à Montgomery en Alabama. Ce jour-là, Rosa Parks, une  travailleuse noire ordinaire  a
travaillé toute la journée. Couturière de 42 ans, elle est épuisée et
s’assoit dans le bus qui la ramène jusqu’à chez elle pour se reposer. Du
moins, jusqu’à ce que le chauffeur lui demande de se lever pour laisser
sa place à un autre usager. Pourquoi ? Tout simplement parce que Rosa
Parks est noire, et que l’autre passager est blanc. Eh oui : à l’époque,
la ségrégation fait toujours rage aux Etats-Unis.

Et même si les
inégalités raciales se réduisent petit à petit grâce à des décisions de
la Cour suprême, les mentalités n’ont pas encore changé partout en
Amérique. Seulement voilà, Rosa Parks n’entend pas les choses de cette
oreille, et refuse purement et simplement de laisser sa place. Un geste
qui peut paraître anodin aujourd’hui, mais lourd de sens à l’époque, et
qui lui a valu des problèmes. « Ce qui s’est passé, c’est que le
chauffeur m’a demandé quelque chose et que je n’ai pas eu envie de lui
obéir. Il a appelé un policier et j’ai été arrêtée et emprisonnée »,
a-t-elle expliqué par la suite ».

Cette femme courageuse
n’est pas la première à subir un tel sort, mais sa désobéissance va
servir d’élément déclencheur. Boycott de la compagnie de bus par les
usagers noirs, mobilisation au sein des associations…. Et nomination
d’un certain Martin Luther King à la tête du Mouvement pour le progrès.
Moins d’un an plus tard, la ségrégation a enfin été jugée
inconstitutionnelle, le 13 novembre 1956. Un petit geste qui a changé le
monde 60 ans plus tard, si le nom de Martin Luther King est toujours
dans les mémoires, celui de Rosa Parks est un petit peu moins connu.
Pourtant, sans le courage de cette femme engagée qui a osé dire non et à
s’élever contre le racisme, la fin de la ségrégation aurait pu arriver
encore plus tard ».

Qui est  justement Rosa Parks ?

Une bonne bibliographie est donnée par l’encyclopédie Wikipédia : « Rosa Parks le 4 février 1913 à  Tuskegee, en Alabama,   est une femme afro-américaine qui devint une figure emblématique de la lutte contre la ségrégation raciale aux États-Unis,     Elle commence ensuite ses études secondaires à l’Alabama State Teachers College for Negroes,   Elle
se souvient que son grand-père montait la garde la nuit devant la ferme
contre les actions du Ku Klux Klan (KKK). Sa jeunesse lui fait vite
subir les affronts du racisme. Le KKK a d’ailleurs brûlé à deux reprises
l’école qu’elle fréquente, la Montgomery Industrial School for Girls .
Bien que Rosa Parks ait raconté dans son autobiographie n’avoir pas eu
une mauvaise impression des Blancs, elle narre des détails du racisme au
quotidien (si vif dans le Sud des États-Unis) qui l’ont marquée, telles
ces fontaines publiques réservées aux Blancs ou aux Noirs Les autobus
sont un bon exemple de cette ségrégation au quotidien. Il n’y avait
certes pas de bus ou de trains différents, mais des sections réservées
aux Blancs et d’autres aux Noirs. Rosa Parks se souvient cependant que
les transports scolaires étaient interdits aux enfants de couleur ».

Dans les années 1930,
elle assiste à des réunions du Parti communiste des États-Unis
d’Amérique (…) Rosa Parks devient célèbre lorsque, le 1er décembre 1955
dans la ville de Montgomery, elle refuse d’obéir au conducteur de bus
James Blake, qui lui demande de laisser sa place à un Blanc et d’aller
s’asseoir au fond du bus. Dans les bus de Montgomery, les quatre
premiers rangs sont réservés aux Blancs. Les Noirs, qui représentent
trois quarts des utilisateurs, doivent s’asseoir à l’arrière. Ce jour de
1955, elle n’avait semble-t-il pas prémédité son geste, mais une fois
décidée, elle l’assume totalement. Elle déclare d’ailleurs dans son
autobiographie (qu’elle a publiée avec James Haskins en 1992) : « Les
gens racontent que j’ai refusé de céder mon siège parce que j’étais
fatiguée, mais ce n’est pas vrai. Je n’étais pas fatiguée physiquement,
ou pas plus que d’habitude à la fin d’une journée de travail. Je n’étais
pas vieille, alors que certains donnent de moi l’image d’une vieille.
J’avais 42 ans. Non, la seule fatigue que j’avais était celle de céder. »

« Elle est arrêtée, jugée et inculpée de désordre public ainsi que de violation des lois locales.  La
nuit suivante, cinquante dirigeants de la communauté afro-américaine,
emmenés par un jeune pasteur peu connu à l’époque, Martin Luther King
Jr., se réunissent à l’église baptiste de la Dexter Avenue pour discuter
des actions à mener à la suite de l’arrestation de Rosa Parks. Ils y
fondent le Montgomery Improvement Association,   King y popularise les théories de la non-violence et de la désobéissance civile. (…)  C’est le début du boycott des bus de Montgomery ; il se prolonge 381 jours    Finalement,
le 13 novembre 1956, la Cour suprême des États-Unis statue par l’arrêt
Browder v. Gayle que la ségrégation dans les bus est
anticonstitutionnelle.(…) Ce combat contre les discriminations débouche
en 1964 sur le Civil Rights Act, loi qui interdit toute forme de
discrimination dans les lieux publics et en 1965 sur le Voting Rights
Act, qui supprime les tests et autres taxes pour devenir électeur aux
États-Unis ».

Le combat de Rosa Parks ne s’arrête pas là. Elle  milita ensuite pendant près de quarante ans a en commençant avec Martin Luther King .   « En 1990, Nelson Mandela, tout juste libéré de prison,  rendra
visite à Rosa Park à Detroit, En octobre 1995, elle participe à la «
Million Man March », qui rassemble plus d’un million de Noirs à
Washington. Ses dernières années sont difficiles. À la fin de ses jours,
elle a des difficultés pour payer son loyer et doit faire appel à
l’aide de son Église, afin que son propriétaire cesse ses poursuites
judiciaires. Rosa Parks réside à Détroit jusqu’à sa mort le 24 octobre
2005. Depuis 2004, elle souffrait de démence dégénérative ».

Les hommages après sa mort

«  Après son décès, la classe politique dans son ensemble lui a rendu hommage.  Honneur
suprême et national, Le président George W. Bush a honoré sa mémoire
dans une allocution télévisée et sa dépouille est restée exposée deux
jours dans la rotonde du Capitole pour un hommage public. à deux pas de
la statue d’Abraham Lincoln, le président américain ayant aboli
l’esclavage Privilège réservé d’habitude aux hommes politiques et aux
soldats, Rosa Parks est la 31e personne après l’ancien président Ronald
Reagan en juin 2004 et la première femme à recevoir cet honneur.   La
chanteuse Aretha Franklin chante à cette occasion. Le président
américain décrète la mise en berne de tous les drapeaux le jour de son
enterrement.  L’astéroïde 284996  porte
le nom de Rosa Parks. Le 27 février 2013, le président des États-Unis
Barack Obama dévoile une statue de Rosa Parks dans la galerie statuaire
du Capitole à Washington . Le nom de Rosa Parks a été donné à une gare
RER à Paris En France, en 2015, 17 établissements scolaires portent son  nom ».

« La médaille d’or du
Congrès de Rosa Parks porte la légende « Mother of the Modern Day Civil
Rights Movement ». En 1979, le NAACP décore Rosa Parks de la Médaille
Spingarn, sa plus haute distinction, et elle reçoit l’année suivante le
Martin Luther King Sr. Award. Elle est nommée au Michigan Women’s Hall
of Fame (en) en 1983 pour son action en faveur des droits civiques. En
1990, le Centre Kennedy de Washington, lors de son soixante-dix-septième
anniversaire lui décerne un prix. Elle reçoit le prix de la paix
Rosa-Parks en 1994 à Stockholm, en Suède, puis la Médaille
présidentielle de la Liberté, la plus haute distinction décernée par
l’exécutif américain en 1996, des mains du président des États-Unis Bill
Clinton.

En 1999, le magazine Time la nomme l’une des vingt plus importantes figures du xxe siècle.  . Elle reçoit également des récompenses de docteur honoris causa de deux douzaines d’universités de par le monde   En 1992, elle publie un livre pour enfants, Rosa Parks : My Story, une chronologie de sa vie   En
mai 2001, The Rosa Parks Story est tourné à Montgomery en Alabama. Il
est diffusé le 24 février 2002 sur le réseau de télévision CBS ».

Conclusion

Plus de Cinquante ans après les marches pour le droit de vote des Afro-Américains, la ségrégation sociale divise toujours  Selma est cette ville d’Alabama où le  «le combat pour les droits civiques n’est pas terminé»  Pour rappel Ce  jour 7 mars 1965 dix ans après l’acte courageux de Rosa Parks à Montgomery et  après
des semaines de mobilisation contre les restrictions au droit de vote
des Noirs, 600 manifestants pacifiques entament une marche de Selma vers
Montgomery, la capitale de l’Alabama,   Matraque
à la main, les forces de l’ordre se ruent sur eux. Le soir même,
l’Amérique, bouleversée, découvre les images de cette répression
brutale, baptisée Bloody Sunday («dimanche sanglant»).

Cette marche à laquelle a participé Rosa Parks  et par qui tout a commencé dix ans plus tôt aux cotés de Martin Luther King fut celle de la dignité   Toni Morrison n’a peut être pas  milité et marché à  Selma mais elle  a , par la plume, contribué  bien plus tard. Les conditions ne sont pas les même : Tony Morrison , n’a pas mis sa vie en danger et  la réussite sociale et les honneurs  ne lui ont pas manqué    Rosa Parks  est une pure militante  morte dans la misère qui a  fait connaitre la dure réalité de la condition noire. Les hommages post mortem furent de loin plus importants et  symboliques pour Rosa Parks car ils sont intemporels comme la liberté et la dignité.

Pour Françoise Verges : «  Toni
Morrison contribué à un large mouvement – car elle n’était pas la seule
bien sûr – qui a attaqué le racisme dans sa structure profonde.  La
société américaine a en effet eu beaucoup de mal à s’adapter aux lois
sur les droits civiques et a trouvé de nombreux biais idéologiques et
techniques pour surmonter cette crise. La société US est à plus de 70%
blanche et on ne change pas les moeurs par la loi. L’obtention du droit
de vote des noirs a provoqué par exemple une explosion de l’abstention
chez les blancs et engendré in fine le mouvement néo-conservateur.   Le
« suprémacisme blanc » n’est nullement une nouveauté. C’est même la
forme la plus classique du racisme blanc aux Etats Unis (KKK etc.), la
solidarité entre les blancs étant l’un des aspects fondamentaux du pacte
social.  une identité «
afro-américaine » ». Ce n’est pas une invention, est la déclinaison d’un
processus plus général de redéfinition des identités américaines
non-européennes).

A l’heure où l’idéologie suprémaciste infeste jusqu’aux plus hauts sommets de l’Etat   américain, la mort de Toni Morrison est une triste nouvelle de plus Elle rappelle en creux le combat de  Rosa Park  qui avec toute sa popularité, est devenue une icône mondiale pour la liberté. Cela ne l’a pas empêché de mourir dans la misère  A sa façon Toni Morrison  contemporaine de ces luttes, a largement contribué  par
ses écrits a continué le combat de Rosa Park Pourtant à ma
connaissance, il n’y a pas eu de rencontre ou même d’écrits de Toni
Morrison concernant Rosa Parks ou sur le mouvement militant. Tout au
plus  nous trouvons  une contribution :une comédie musicale  “New Orleans”, produite en 1983 à New-York, et “DreamingEmmel’,   en hommage au leader noir assassiné Martin Luther King.  Il faut reconnaître, cependant,  qu’elle  donna  par ses écrits corps  et visibilité à l’histoire africaine-américaine   Elle participa notamment à la publication, en 1974, du Black Book, document de référence sur la condition  des Noirs aux États-Unis.

Malgré toutes les avancées dues à l’engagement multiforme des élites politiques et intellectuelles le clivage est plus que jamais prégnant dans la société américaine et l’élection d’un noir à la présidence des Etats Unis ne doit  pas faire illusion. Toni Morrison aura fait sa part mais le combat pour la dignité  amorcé par  le geste héroïque de Rosa Park est toujours d’actualité. La phrase du révérend  Jesse Jakson une autre icône du combat pour la dignité résume la dimension cataclysmique du refus de Rosa Parks de se lever, pour que les Noirs puissent se lever  et rester debout !!

Posté le 14/08/ par rwandaises.com



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