Bonheur Niyonkuru n’aura pas le bonheur de vivre longtemps – IWACU


La chasse aux albinos reprend. La victime a disparu mardi dernier. Sa mère vit dans une peur panique et réclame justice et protection. L’association « Albinos sans frontière » demande à la police de diligenter les enquêtes afin de punir les coupables.

Bonheur Niyonkuru, albinos et écolier en 5e année à l’Ecofo Mugerera, en commune Mugina, province Cibitoke n’est plus. Il a été sauvagement tué dans la fleur de l’âge, mardi dernier. Le cadavre a été trouvé sur la colline Kagazi à la 4e transversale, commune Rugombo dans un buisson au bord de la rivière Rusizi. Sa jambe droite,  la main gauche et  la langue ont été amputées.

Mardi 20 août. 11h 30. Une délégation de 7 membres de l’association « Albinos sans frontières », conduite par le représentant légal Kassim Kazungu, s’est jointe à la famille éprouvée. Une foule calme est assise devant la maison. C’est le deuil. La mère du regretté se lève et salue les visiteurs. La tristesse se lit sur son visage. Les  larmes tombent. Après un instant, elle raconte ce qui s’est passé.

Le récit

D’après Violette Ntibaziyandemye, l’enfant a disparu mardi dernier.  « J’imaginais qu’il était parti voir ses parentés. Je l’ai attendu jusque mercredi soir, en vain».  A partir de la deuxième nuit, elle commence les recherches chez les voisins, les amis et les parentés, mais elle reste sans nouvelle de lui.

Jeudi 15 août, elle se rend sur sa colline natale où son fils aimait se rendre pour les répétitions dans un club de comédiens. Chemin faisant, une femme l’interpelle et lui dit qu’elle a vu son enfant en compagnie d’un  garçon ayant une boucle d’oreille empruntant le chemin vers la localité dite Rugeregere. Elle emprunte le même chemin et croise un autre homme qui lui donne la même version.

Après tous ces témoignages, elle rebrousse chemin et tente de chercher le garçon. « Inutile de faire d’autres enquêtes. J’ai averti la police. Celle-ci me dit d’amener les personnes qui ont témoigné ».

La chance lui sourit. Elle obtient les contacts du garçon qui était avec son fils.  Un coup de téléphone, mais c’est une voix féminine qui décroche. C’est sa sœur. Elle   répond que son frère n’a pas de téléphone. « Alors j’ai décidé de descendre à Bujumbura. Kazungu et moi nous sommes rendus chez cette fille. Du coup en nous voyant, elle tremble. Elle contacte son frère sur téléphone. Et nous de répliquer : ‘Hier tu disais qu’il n’a pas de téléphone’». Les enquêtes se poursuivent.

Vendredi 16 août, la mauvaise nouvelle tombe. Un corps sans vie a été découvert dans un buisson au bord de la Rusizi. Elle se rend sur le lieu. Constat douloureux. C’est le jeune écolier Bonheur Niyonkuru en pleine décomposition. Il faut l’intervention de la Croix rouge pour la désinfection. Avec l’appui de l’administration, l’enfant est dignement inhumé dimanche 18 août.

Mme Ntibaziyandemye craint pour l’avenir. Elle demande que les présumés criminels soient appréhendés et punis. Elle dit vivre la peur au vendre avec sa benjamine, Claudia Iranzi, qui est aussi albinos. « Ma fillette est traumatisée depuis la mort de son frère. Elle ne sort plus de la maison. Elle risque d’être la prochaine cible. Je demande sa protection ».

Il faut protéger ces minorités

«Nous sommes tellement attristés. Il fait la 26e et d’ailleurs la 30e  victime, si on y ajoute celles qui ont été portées disparues. Nous connaissions l’enfant. C’était un enfant très intelligent », témoigne Kassim Kazungu, président l’association « Albinos sans frontières », très angoissé.

Selon lui, cela faisait au moins trois ans sans qu’on n’entende des tueries des personnes atteintes d’albinisme.

L’identité des présumés assassins n’est pas encore connue, selon Kassim Kazungu. Seulement, tient-il à rappeler, en 2008 et 2009, à Ruyigi, ceux qui ont commis ce forfait ont été arrêtés, jugés et écopés d’une perpétuité. Mais certains se sont évadés. Il pense que ce sont ceux-là qui reviennent commettre les forfaits. Le dernier en date, précise-t-il,  a été tué en  août 2016. L’autre, une fillette de 4 ans, a été portée disparue en octobre 2018 à Cankuzo.

Quant à la protection des albinos, M. Kazungu insiste sur la sensibilisation. Il s’insurge contre le regroupement des albinos dans un centre. Il estime que cela serait une discrimination. «La sécurité de chaque citoyen est le devoir de tout Burundais». Et de regretter : « Il y a des complicités dans l’entourage, dans le voisinage, dans ce genre de tueries.»

Par ailleurs, M. Kazungu réclame un deuil national de deux ou trois jours pour que tout Burundais sache ce qui s’est passé. « Cela réconforterait la famille éprouvée et tous les albinos ».

Emmanuel Habiyambere : « Il ne s’inquiétait de rien et se promenait librement avec les autres. »

A propos des enquêtes, M. Kazungu affirme qu’il a saisi la police. Elle nous confirme que les enquêtes ont déjà été entamées et qu’elles se déroulent très bien.

Contacté à ce propos, la police de Cibitoke dit avoir entamé des enquêtes. Deux suspects ont été arrêtés à Bujumbura et sont sous interrogatoire.

L’administration promet de redoubler de vigilance

« Nous avons appris avec tristesse la mort de l’écolier. C’est regrettable. Un enfant aimable. Il ne s’inquiétait de rien et se promenait librement avec les autres », témoigne Emmanuel Habiyambere, chef de zone Buseruko. Il affirme que cela ne s’était jamais produit auparavant dans la localité. Et de promettre que l’administration va redoubler de vigilance pour que la fillette soit protégée ainsi que d’autres albinos.

Un des administratifs à la base regrette que l’enfant soit victime de préjugés et de croyances obscurantistes.  Il ne tarit pas d’éloges : « Le regretté était un comédien qui avait le talent d’imiter les cris des animaux et des oiseaux. Il animait et égayait la foule pendant différentes festivités.»



burundinews

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