Adut Akech Bior, l’Australo-Soudanaise à l’irrésistible ascension



À 19 ans, l’Australo-Soudanaise Adut Akech Bior est le mannequin que toute la fashion sphère s’arrache. Une étoile montante dont les débuts s’inscrivent dans une période où diversité et inclusivité semblent animer le milieu de la mode.


Elle marche définitivement sur les traces d’une Grace Jones ou d’une Alek Wek – cette dernière étant son modèle, au même titre que Naomi Campbell. En moins d’un an, Adut Akech Bior, – teint ébène, visage angélique, coupe garçonne stylisée, et corps sculptural -, s’est déjà taillé un CV largement fourni.

Tant et si bien qu’en 2018, elle est élue mannequin de l’année par Models.com et participe au fameux calendrier Pirelli qui, cette année-là, consacre exclusivement des mannequins noirs. Les dernières fashion weeks de New York, Milan et Paris ont vu la jeune femme arpenter les podiums pour le compte de Versace, Valentino, Carolina Herrera, Yves Saint-Laurent, Ralph Lauren, Givenchy, Off White, Michael Kors ou Isabel Marant, pour ne citer qu’eux.

Sans parler de la multiplication des couvertures de magazines de mode, de Vogue à L’Officiel, et autres campagnes publicitaires.

Réfugiée politique en Australie

Pourtant, rien ne prédestinait cette native du Soudan du Sud à embrasser une telle carrière. Née, en 1999, au sein d’une fratrie de cinq enfants, elle n’a pas sept ans quand elle doit fuir son pays natal – alors en proie à des conflits armés – pour se réfugier au Kenya, puis à Adelaïde, en Australie. La famille s’y installe définitivement sous le statut de réfugiés politiques.

Avec la maison Saint-Laurent, Adut Akech Bior a, entre les mains, le graal qui lui ouvre les portes vers un parcours cinq-étoiles

Passionnée de mode, elle fait ses premiers pas pour le compte de sa tante, créatrice de vêtements, alors qu’elle a à peine 12 ans. Repérée à plusieurs reprises, il lui faut attendre l’âge de 16 ans pour signer avec une agence de mannequin australienne, Chadwick Models, basée à Sydney. Elle se fait alors véritablement remarquer lorsqu’elle défile à 16 reprises pendant la Mercedez Benz Fashion Week Australia en 2017.

Il n’en faut pas plus pour qu’elle tape dans l’œil d’Anthony Vaccarello, alors fraîchement débarqué chez Saint-Laurent en tant que directeur artistique. Elle signe alors chez l’agence de mannequins Elite France ainsi qu’un contrat d’exclusivité avec Saint-Laurent qui lui permet de défiler au cours de la Fashion Week parisienne, fin 2017. Avec la maison Saint-Laurent, qu’elle considère comme sa famille, Adut Akech Bior a, entre les mains, le graal qui lui ouvre les portes vers un parcours cinq-étoiles.

Les maisons de couture se bousculent aux pieds de celle qui pourrait devenir un mannequin incontournable

En un an, les contrats se multiplient. Les maisons de couture, les marques de prêt-à-porter, ainsi que les plus grands photographes et designers se bousculent aux pieds de celle qui pourrait devenir un mannequin incontournable au cours de la prochaine décennie. Sans compter que la consécration ne s’est pas faite attendre pour la jeune femme qui, désormais installée à New-York, poursuit ses études en parallèle et rêve de projets caritatifs.

Seconde mariée noire de l’histoire de Chanel

En juillet 2018, lors du défilé Haute Couture de Chanel Automne/Hiver 2018-2019, c’est elle que choisit feu Karl Lagerfeld pour clôturer le show vêtue d’une tenue de mariée. Et ce, quinze ans après sa compatriote Alek Wek, première femme noire à endosser ce rôle.

« Je n’arrive pas à croire que je viens de bousculer les codes et de marquer l’histoire en étant la seconde mariée de couture noire de Chanel », écrit Adut Akech Bior sur Instagram peu après. « C’était une fierté d’être la mariée choisie pour clôturer ce magnifique spectacle et cela, dans la robe la plus grandiose que j’ai vu de ma vie. Ce moment était spécial et je le chérirai jusqu’à la fin de ma vie. »

« Black September »

Gageons que le mannequin n’en a pas fini de marquer l’histoire. Nombreux sont ceux à établir une concomitance entre son irrésistible ascension et une époque où le monde de la haute-couture se voudrait plus inclusif. Notons, par exemple, qu’en septembre 2018, les plus grands magazines de mode anglo-saxons ont fait leur rentrée en mettant, pour la plupart, des modèles ou personnalités noires en couverture. Si bien que l’on parle désormais de « Black September » en référence à cet état de fait plutôt inédit.

Les gens sont tellement ignorants qu’ils pensent que toutes les filles noires se ressemblent

Sans parler de l’arrivée d’Edward Enniful à la tête du Vogue britannique en 2017, de Virgil Abloh en tant que directeur artistique des collections hommes chez Louis Vuitton en 2018 ou même de Rihanna qui crée sa propre marque de luxe avec LVMH. Toutefois, Adut Akech Bior n’est pas celle qui a ouvert la voie et la fashion sphère a encore de nombreux efforts à faire.

« Les gens sont tellement ignorants qu’ils pensent que toutes les filles noires se ressemblent. Non seulement je me sens personnellement insultée et victime d’un réel manque de respect, mais j’ai aussi le sentiment que toute ma communauté a été insultée. Cela ne serait jamais arrivé à un mannequin blanc. » C’est la réponse cinglante qu’Adut Akech Bior a adressé à la publication australienne Who, en août 2019. Pour illustrer une interview dans laquelle elle dénonce justement le racisme, le magazine a utilisé la photo d’une autre jeune modèle noire. Un comble…





jeuneafrique

A lire aussi

Laisser un commentaire