ANGLOPHONIE – FRANCOPHONIE : Parler Anglais s’Impose Désormais « Comme une Evidence » en Afrique Francophone


« La francophonie ne
répond plus aux attentes des jeunes Africains avides de sciences et de
technologies. » – Idiata. Par Martin Mateso

Le
linguiste gabonais Daniel Franck Idiata parle de « dictature de
l’anglais ». Il pointe du doigt la francophonie, devenue trop politisée.
Elle ne répond plus aux attentes des jeunes Africains avides de sciences
et de technologies, explique-t-il à franceinfo Afrique.

Panneau publicitaire
en anglais dans les rues de Kigali. Anciennement francophone, le Rwanda
parle désormais anglais.Panneau publicitaire en anglais dans les rues de
Kigali. Anciennement francophone, le Rwanda parle désormais anglais.
(ED CROPLEY / X03847)

Daniel Franck Idiata
est un linguiste chevronné. Il enseigne à l’université Omar Bongo de
Libreville et dirige le Centre national de la recherche scientifique du
Gabon. Son constat est sans équivoque. On assiste, dit-il, à « une
marginalisation progressive » du français qui perd de plus en plus du
terrain en Afrique. Il en donne pour preuve son propre pays. Classé
parmi les plus francophiles en Afrique centrale, le Gabon est en train
de s’adapter et de s’arrimer « à la dictature de l’anglais »,
témoigne-t-il.

« De plus en plus de
diplômés n’arrivent pas à obtenir leur premier emploi parce qu’ils n’ont
pas de connaissances suffisantes en anglais. On leur demande d’avoir
des compétences en cette langue, comme prérequis absolument
indispensable. Par conséquent, la plupart des établissements gabonais
s’adaptent et offrent à leurs étudiants des formations poussées en
anglais » explique-t-il à franceinfo Afrique.

Des jeunes désabusés par « une francophonie trop politicienne »

Franck Idiata est
formel, les francophones africains réalisent de plus en plus que
l’anglais est devenu incontournable pour s’ouvrir au nouveau monde. Les
jeunes Africains, avides de sciences et de technologies, sont désabusés
par la posture de la francophonie, devenue, à leurs yeux, trop
politisée. Une organisation souvent occupée à observer le processus
électoral sur le continent.

Le problème de la
francophonie, c’est sa politisation et une certaine idéologie du
sur-place. Tant qu’on n’aura pas des leaders mondiaux au niveau
technologique et des modèles francophones viables, le combat est perdu
d’avance

Franck Idiata explique
que si les pays francophones « se retrouvent aujourd’hui à la
remorque », c’est que le français cesse progressivement d’être la langue
de diffusion des connaissances scientifiques et techniques à travers le
monde, au profit de l’anglais. La francophonie, déplore-t-il, se
confine aux belles lettres. Et les jeunes ont besoin d’autre chose. Ils
sont dans la technologie et dans la recherche de l’emploi. Pas étonnant
donc de voir des pays africains changer de logiciel. C’est le cas de
l’Algérie, qui a annoncé récemment son intention de remplacer le
français par l’anglais dans ses universités.

« Le marché
international de la science et de la technologie se conjugue en anglais.
Vous sortez d’Afrique, malheureusement, vous êtes confronté à
l’évidence que l’anglais est devenu incontournable. Et si vous n’avez
pas de compétences en anglais, vous êtes bien malheureux. La seule
langue qui vous ouvre les portes du monde entier, y compris Paris, c’est
l’anglais », constate-t-il.

« On a l’impression que la France a lâché prise »

Comment, dans ces
conditions, convaincre des jeunes étudiants africains de la nécessité de
parler français, interroge le professeur Franck Idiata. Pour lui, il
faut se rendre à l’évidence, le français a déjà perdu de son influence
en Afrique. Et rien ne semble stopper un processus devenu irréversible.

Regardez un peu toute
la dynamique culturelle et économique en Afrique. La France est en train
d’y perdre pied. En plus de l’anglais, le mandarin (langue chinoise)
est en train de s’imposer dans des établissements d’enseignement
supérieur

Le professeur Idiata a l’impression que la France « a lâché prise » dans ce bras de fer linguistique engagé dans son ancien pré carré. La nature ayant horreur du vide, il ne faut donc pas s’étonner que d’autres occupent la place, explique-t-il.



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