En France, la bataille du camembert ne fait que commencer



Avec son cœur fondant, sa croûte et son écrin de bois, le camembert compte parmi les fiertés nationales de l’Hexagone, salue ce journal néerlandais. Mais en coulisses, ce fromage normand mondialement connu fait l’objet d’une lutte acharnée. Ne produit pas du camembert qui veut, cette appellation se mérite : et pour certains, la pasteurisation du lait pourrait bien être la fin des haricots.
 

Modeste et sans prétention. Telle est l’impression que laisse de prime abord ce village. Pourtant, c’est ici qu’est né l’un des produits d’exportation les plus célèbres de France. À Camembert, on compte tout au plus une église, une boutique de souvenirs et un petit musée expliquant brièvement la genèse (en partie romancée) du produit éponyme. Juste devant le musée, exhibées sur des poteaux en bois, des étiquettes hautes en couleur ont été reproduites en très grand format. On peut y lire le nom de certaines grandes marques qui ont fait la renommée du célèbre fromage à pâte molle : Bridel, Lanquetot, Lepetit, Moulin de Carel et Jort.

La sélection n’a rien d’une coïncidence. Les cinq appellations appartiennent au géant laitier Lactalis. Le musée est lui aussi dirigé par la multinationale, explique Jean-Marie Cambefort, grand maître de la Confrérie du véritable camembert de Normandie, qui entretient, non sans une certaine théâtralité, le culte du fromage. Aucune entreprise ne fabrique autant de camembert que Lactalis. Depuis l’élaboration, à la fin des années 1960, à travers la marque Président, d’une méthode industrielle de fabrication du camembert au lait pasteurisé, Lactalis domine le marché mondial du haut de ses 18,5 milliards de chiffre d’affaires.

Et le moins que l’on puisse dire, c’est que cette situation ne fait pas que des heureux. Depuis des années, l’entreprise est sous le feu des critiques. Selon les activistes et les petits producteurs, elle serait responsable de la standardisation du marché du fromage, de la perte des saveurs traditionnelles et de la disparition des produits du terroir plus modestes, qui ne jouissent pas de la notoriété des grandes marques. Depuis deux ans, la bataille se concentre autour du camembert. Les médias français, jamais avares de dramatisation, vont même jusqu’à parler de “guerre” entre la préservation des traditions d’une part et les impératifs de la réalité économique d’autre part. Un débat qui en rappelle d’autres dans le pays…

Atout phare de la culture française

Selon Jean-Marie Cambefort (72 ans), cette “guerre du camembert” est clairement exagérée. Directeur de l’usine Lepetit pendant vingt-cinq ans, l’homme connaît Lactalis comme personne. “Nous pouvons être fiers d’avoir dans cette région une entreprise familiale aussi prospère”, nous confie-t-il alors que nous marchons dans les jardins du manoir de Beaumoncel. C’est dans cette ferme typiquement normande que le célèbre camembert aurait été inventé en 1791, pendant les

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Peter Vermaas

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Créé en 1970, le titre est sans conteste le quotidien de référence de l’intelligentsia néerlandaise. Libéral de tradition, rigoureux par choix, informé sans frontières.
Le quotidien national du soir a été longtemps édité à Rotterdam, mais

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