La rue “rejette l’appel au dialogue” du président Aoun



Le président libanais, Michel Aoun, a pris la parole pour la première fois jeudi, huit jours après le début de la contestation. Il a dit vouloir rencontrer les manifestants pour trouver la meilleure solution à l’aggravation de la crise économique.

Il a fini par s’exprimer, mais ne semble pas avoir convaincu. Les manifestants libanais ont “rejeté”, jeudi 24 octobre, “l’appel” du président Michel Aoun, qui, un peu plus tôt lors d’une allocution à la nation, s’était dit “prêt à dialoguer” avec eux “pour trouver la meilleure solution à l’aggravation de la crise économique, rapporte la chaîne qatarie Al-Jazira, et avait “suggéré qu’un remaniement ministériel était sur la table”. Cette “première intervention publique” du chef de l’État “depuis le début des manifestations de rue jeudi” dernier “n’a pas répondu aux attentes des Libanais”, abonde le quotidien libanais The Daily Star.

“Je vous attends”

Michel Aoun a pris la parole en début d’après-midi, alors que des rassemblements avaient lieu à travers le pays. Le peuple libanais a montré qu’il était capable de se mobiliser, mais “cette scène n’aurait pas dû se produire”, a-t-il en tout d’abord expliqué, selon le compte rendu du journal An-Nahar, qui a suivi en direct son intervention. S’il a fait part de sa volonté inébranlable de faire adopter des lois contre la corruption, le dirigeant a dit que cela relevait de l’autorité du Parlement. Il a également déclaré que le changement ne pouvait venir que des institutions de l’État :

J’ai entendu beaucoup d’appels à la chute du régime. Mais le régime, chers jeunes, ne peut être changé sur la place publique.”

Le plan de réformes économiques – un budget 2020 “sans impôts supplémentaires pour la population”, une baisse des salaires du président, des ex-présidents, des ministres et des députés, de nouvelles taxes sur les banques… – annoncé lundi par le Premier ministre Saad Hariri et largement rejeté par les manifestants est “le premier pas pour sauver le Liban et éliminer le spectre de l’effondrement financier et économique”, a assuré Michel Aoun, ajoutant être prêt à rencontrer des représentants du mouvement pour échanger des points de vue. “Je vous attends”, a-t-il lancé.

“Insuffisant”

“En deçà des attentes”, juge L’Orient-Le Jour. “Huit jours après le début du soulèvement populaire, et alors que Baabda (la ville où se trouve le palais présidentiel) s’était quasiment emmuré jusque-là dans un étrange mutisme, la parole présidentielle est apparue hier très insuffisante pour être en mesure de contenir le vaste mouvement de protestation.” “En gros, tance encore le journal, le discours préenregistré du chef de l’État reprend des promesses anciennes fondées sur de bonnes intentions, comme la nécessité de lutter contre la corruption, mais ne dit pas pourquoi et comment il va être désormais possible de mettre à exécution ce qui n’a pas pu l’être durant les trois premières années du mandat.”

Son discours n’a d’ailleurs pas apaisé la rue. Il “a été accueilli avec dérision lors de manifestations à Beyrouth et d’autres villes”, Zahlé, Jal El-Dib, Zouk, Nabatiyé ou encore Tripoli, relate Al-Jazira. Dans la capitale libanaise, “des dizaines de manifestants qui l’écoutaient sur les haut-parleurs devant le Parlement l’ont hué et ont repris leurs appels à une réforme fondamentale”.

La vague de colère qui secoue le Liban, parfois aussi marquée, comme l’analyse Foreign Policy, “par le sens du style et l’esprit festif qui caractérisent” ce pays”, est partie le 17 octobre de l’annonce d’une taxe sur les appels via la messagerie WhatsApp, aussitôt annulée.

Mais pour la revue américaine, le mouvement actuel trouve sa source dans de précédentes protestations, en décembre dernier. “À l’époque, le pays n’avait pas de gouvernement […], et la vie quotidienne de la plupart des habitants s’aggravait sensiblement. Les premiers manifestants sont descendus dans la rue pour se plaindre de la pénurie chronique d’électricité, du manque d’emplois et de l’augmentation de la dette nationale, la troisième en importance dans le monde par rapport au produit intérieur brut, qui entravait (l’action du) gouvernement. Parmi les protestataires, les cyniques ont soutenu que rien ne changerait sous le prochain gouvernement – et ils avaient raison.”

Violette Robinet





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