Montons vite à Uluru avant la fermeture du site sacré aborigène


Avant l’entrée en vigueur de l’interdiction de grimper au sommet du rocher Uluru, le 26 octobre, les touristes se précipitent sur place. Un flux qui signale la difficulté à faire respecter la culture aborigène.

L’interdiction de grimper au sommet du rocher Uluru, qui entre en vigueur le 26 octobre, a fait se précipiter un nombre très impressionnant de visiteurs sur ce site aborigène sacré situé dans le Territoire du Nord, en Australie.

Uluru fait face à “un raz de marée”, écrit The Sydney Herald Tribune. “Le tourisme y a augmenté de 20 % depuis l’année dernière.”

Les images de l’afflux récent de touristes souhaitant aller au sommet d’Uluru, aussi connu sous le nom d’Ayers Rock, ont suscité de nombreuses réactions.

Pour The Australian, “ces images font penser à ce péplum hollywoodien dans lequel Charlton Heston conduit les enfants d’Israël hors d’Égypte en coupant les eaux de la mer Rouge”.

Pour le peuple anangu, propriétaire coutumier du lieu, cette fermeture marquera “la fin d’une bataille de plusieurs décennies”, précise The Sydney Morning Herald.

La décision de fermer l’accès au monolithe avait été prise et annoncée en 2017. La date de la fermeture coïncide avec le 34e anniversaire de la reconnaissance, par l’État, des droits coutumiers des Anangus sur ce site.

Une étape pour les propriétaires coutumiers

“C’est important, un grand nombre de personnes est ému”, a indiqué au Sydney Morning Herald Donald Fraser, un chef traditionnel de la tribu anangu.

Nous souffrions et étions stressés au sujet de ce site important, de ce rocher important.” 

Pendant des années, rappelle The Australian, le site Internet officiel du parc d’Uluru signalait, “de manière peut-être trop simple” aux visiteurs de ne pas escalader le rocher “du fait de sa signification spirituelle en tant que chemin par lequel nos ancêtres les hommes de Mala sont arrivés”.

Un message qui visiblement n’est pas pris en compte au vu de la précipitation des touristes à vouloir y grimper avant la date fatidique de fermeture, souligne Andrew Tate dans The New Daily.

“Les Australiens – et, soyons clairs, surtout nous, les Blancs – viennent en masse afin d’affirmer leurs droits pour le reste de l’éternité.”

Cela indique “le chemin encore à parcourir pour respecter la culture traditionnelle”.

La première page de l’édition du 5-6 octobre de The Australian

Signe de racisme

Pour l’écrivaine d’origine aborigène Celeste Liddle, la seule chose qu’indique cette horde de grimpeurs est “le racisme inconscient” des touristes.

“Si vous ne croyez pas que le racisme est à la source de cet afflux, demandez-vous ceci : comment expliquer que, durant toutes ces années pendant lesquelles le rocher a été ouvert, ces individus n’ont pas pris le temps de le visiter ?” écrit-elle dans 10 Daily.

Elle mentionne notamment la visite récente de Pauline Hanson, la dirigeante du parti One Nation, une formation politique d’extrême droite.

“Elle avait soixante-cinq ans pour le faire, écrit Celeste Liddle. Elle a, à dessein, décidé de venir en août dernier dans une tentative de publiquement remettre en cause la décision des propriétaires coutumiers.”

Une discrimination ?

The Sydney Morning Herald signale le recours devant Commission des droits de l’homme du géologue Marc Hendrickx. Il estimait que l’interdiction de grimper était discriminatoire, soulignant l’importance d’“éduquer la population sur la géographie de notre pays”.

Nous devrions être libres de jouir de ces espaces naturels fantastiques de la façon dont nous le souhaitons sans en être empêché par des questions bureaucratiques et des croyances religieuses.”

Ce recours a été rejeté.

Au vu des déchets laissés durant l’ascension ou des dégradations causées au rocher, Celeste Liddle balaye l’argument de ceux qui disent escalader par respect pour la terre ou “leur pays”. “C’est purement un complexe de conquérant, signe d’irrespect envers les propriétaires coutumiers et leur terre. Les Anangus ont travaillé dur pour arriver à ce moment. Nous devrions tous célébrer leur victoire”, estime-t-elle.

Apprécier l’ensemble du site

Évoquant l’ensemble du parcours culturel développé au pied du rocher pour s’imprégner et comprendre le caractère sacré de ce site pour le peuple anangu, Celeste Liddle ajoute une note d’optimisme :

En plus de réussir à stopper l’ascension de leur site sacré, les propriétaires coutumiers vont nous gratifier, à terme, d’un autre cadeau. La possibilité d’apprécier – physiquement et culturellement – le site culturel sans être importuné par la présence de ceux incapables de saisir la véritable beauté et la magnificence de ce qui les entoure.”





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