Cameroun: « Bayam-sellam » – Les « gardiennes » du marché


Ces femmes se lèvent aux premières heures pour nourrir tout un pays et offrir à leurs enfants un avenir meilleur.

Les cris des vendeurs à la sauvette, de ses consœurs haranguant les clients, et même le bourdonnement causé par les négociations entre commerçants et acheteurs, Agnès Fouda n’y fait pas attention. Cela fait d’ailleurs une bonne vingtaine d’années qu’elle ne les entend plus. Madame est « bayam-sellam » au marché Acacias à Yaoundé depuis des décennies. Aussi longtemps qu’elle s’en souvienne, elle a toujours travaillé dans cette ambiance. Elle y contribue activement en hélant des passants. « Ma fille, il y a du bâton de manioc bien fait ici », lance-t-elle à une dame en train de faire ses courses. Pour Agnès, les « bayam-sellam » ont un super pouvoir : ces « maîtresses » des marchés sont les meilleures observatrices de la situation économique du pays.

Les revendeuses ont un évaluateur intéressant qui, au fil des années, ne les trahit jamais : le panier de la ménagère. « Quand les femmes remplissent à ras-bord leurs sacs du marché, sans même discuter les prix avec nous, c’est que les salaires sont là », déclare Agnès Fouda, avant de partir dans un fou rire. « Quand elles peinent à acheter même de la tomate, on sait tout de suite que rien ne va plus », remarque Gisèle Minala Ngah, « bayam-sellam » quant à elle depuis 1982 au marché du Mfoundi à Yaoundé.

En plus d’être des analystes financières d’un certain style, ces femmes sont de redoutables business women, capables de s’adapter aux variations de la courbe économique. « Entre 1982 et aujourd’hui, plusieurs choses ont changé. J’ai commencé par le bâton de manioc. A présent, je vends un peu de tout. Je suis à la fois détaillante et grossiste. Pour le moment, le marché est dur. Nous endurons », explique-t-elle. En plus des temps difficiles, elles mènent un autre combat. Toutes ces commerçantes rencontrées ont pour ambition d’améliorer l’image de la bayam-sellam. « On dit nous sommes sauvages, mal éduquées, illettrées. Mais nous faisons un métier comme les autres qui nous permet d’envoyer nos enfants à l’école », réplique Germaine Okalla, une autre bayam-sellam. « Je peux comprendre que certains pensent cela, car nous ne sommes pas toujours allées à l’école. Mais nous nous battons pour nos enfants. Puisque je n’ai pas fait d’études, j’ai décidé que ce ne sera jamais le cas de mes enfants. J’en ai 10. Grâce à ce métier de bayam-sellam, ils ont tous pu fréquenter », renchérit Gisèle Minala Ngah.

Les « bayam-sellam » savent démontrer qu’elles ont des ressources. En général, elles font front. Elles s’organisent alors en associations pour défendre leurs droits ou s’entraider. C’est ce qu’explique Appolonie Menoah, présidente des « Bayam-sellam » d’Acacias. « Je conseille à toutes les « bayam-sellam » d’entrer dans des associations, ainsi, elles pourront obtenir des prêts et même des appuis quand les temps sont durs », conseille-t-elle. Avec leur caractère bien trempé, il arrive que les coeurs s’échauffent. Là aussi il y a des solutions. « Il y a un règlement intérieur ici. En cas de litige, un comité siège pour faire régner la paix. Si ça va plus loin, nous allons vers la mairie qui elle, a le pouvoir d’aller jusqu’à l’exclusion du marché », renseigne encore Appolonie Menoah. Leur quotidien est palpitant, avec ses hauts et ses bas, mais pour rien au monde, ces femmes ne changeraient de carrière.



allafrica

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