Congo-Brazzaville: Poésie – Un hommage rendu à Kamb’ Ikounga


Une soirée dénommée « Gueloir poétique pour Kamb’Ikounga », de son vrai nom Liyet Médard Ikounga, a été organisée à Brazzaville, par le Théâtre pour l’humain que dirige Guy Stan Matingou.

L’activité a été consacrée à la lecture de « L’appel du Ténéré », recueil de poèmes de Kamb’Ikounga qui a bouleversé tout le monde dans la salle, sa famille biologique y compris. En effet, pour celui qui sait lire derrière les mots, Kamb’Ikounga était un poète dans l’âme.

Metteur en scène, Guy Stan Matingou a estimé que ce poète mérite d’être connu même s’il n’a laissé qu’une seule œuvre qui constitue en fait un chef-d’œuvre de choc; un livre aussi dense écrit à l’âge de 29 ans. Il a indiqué que quiconque le lit en sortira plus bouleversé jusqu’au plus profond de son âme.

Le fait le plus bouleversant a admis le metteur en scène, est que l’auteur de « L’appel du Ténéré » est mort à Ténéré, dans le crash d’avion de la compagnie Union des transports aériens (UTA). C’était une œuvre prémonitoire, a-t-il signifié, ajoutant que le poète était vraiment un visionnaire. « Quand je présente ce texte je rentre toujours en transe. J’ai comme l’impression qu’il est toujours là quand je joue », a déclaré Stan Matingou.

L’année dernière, en effet, Guy Stan Matingou a présenté ce texte avec la comédienne Gaëlle Ngangoula dans la capitale togolaise, au festival Fil bleu de Lomé. L’an prochain, il préconise d’aller le présenter à Cotonou et Porto-Novo, au Bénin. Le but visé est de faire connaître le poète Kamb’Ikounga et son œuvre, ambitionnant de faire le parcours qu’avait fait le vol UTA, en commençant par Brazzaville (Congo), N’Djamena (Tchad) et Niamey (Niger). Pour réaliser ce rêve, il bénéficie de l’apport de la famille Ikounga.

Poète énigmatique

Contrairement à ce qu’avait écrit le ministre poète Jean Baptiste Tati Loutard, qui pensait que Kamb’Ikounga était reclus pour écrire, son frère, le colonel Remy Ayayos Ikounga, le décrit comme un homme jovial qui aimait la vie. Kamb’Ikounga, a-t-il témoigné, était sapeur et aimait la bière. Il a même écrit un poème intitulé « Hommage à la bière » dans son recueil. Il était, selon lui, un poète dans l’âme comme l’a été Tchicaya Utamsi. En lisant les textes de ce grand poète qui était à cheval entre Paris (France) et Brazzaville, on comprend que le Congo est une terre des poètes.

Stan Matingou comme Kamb’Ikounga

Le metteur considère Kamb’Ikounga pour un autre lui-même, ayant l’impression qu’il a été son frère de sang. « Quand je lis Kamb’Ikounga, j’ai l’impression qu’on avait la même fougue ; la fougue d’écrire les choses aussi terribles contre son père. D’ailleurs, il le dit que sur son acte de naissance, il y avait un silence sur le nom du père. Mais un oncle pour l’honneur de la famille lui prêta le sien, c’est le ministre Martial de Paul Ikounga », a-t-il fait savoir.

Pour Serge Eugène Goma Boubanga, Kamb’Ikounga était un poète de lumière avec une lucidité exceptionnelle ; une poésie non seulement envoûtante, mais plus que prémonitoire. La lucidité de ses vers laissait transparaître la personnalité de quelqu’un qui a vécu un peu détaché du monde des vivants. « Dans l’au-delà où il repose aujourd’hui, nous avons accueilli ses poèmes comme la parole prophétique d’un maître. Nous avons à travers Kamb’Ikounga, la voix d’un grand maître de la poésie congolaise. Il ne demande qu’à être découvert, à être entendu, à être célébré. C’est une poésie magnifique », a-t-il reconnu.

Dans l’un de ses poèmes dans « L’appel du Ténéré « , Kamb’Ikounga dit : « Voici que je m’éloigne de moi. Mes chants s’éteignent. Un cierge noir, je le sais, me protège. Un malin souffle imperturbablement. Vautour blessé, j’ai perdu. Le souvenir de ma provenance….

Tu sais, Je n’ai jamais connu la rugueuse caresse. L’odeur féline d’un père. Ni son amicale tape à l’épaule. Je regrette de quitter. Cette terre sans m’être. Ne serait-ce que l’espace d’une illusion. Ragaillardi d’être un trait d’union… »

Notons que cette soirée a honoré aussi certains poètes congolais de la nouvelle génération, tels Huppert Malanda, Gabriel Mwèné Okoundji, Léopold Kongo Mbemba, Serge Eugène Goma Boubanga.



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