Cameroun: « L’objectif a été largement atteint »


Pr. Daniel Lemogoum, président de la Fondation camerounaise du cœur.

Vous venez de boucler la 14e édition de la campagne de santé du cœur à Meyomessala. Quel bilan en faites-vous?

On peut à ce stade faire un premier bilan de tendance en ce qui concerne l’arrondissement de Meyomessala, qui a le privilège d’accueillir l’essentiel de la Semaine du cœur. Rendu aujourd’hui, on a dépisté globalement près de 3000 personnes. Nous avons dépisté les cas d’hypertension, de diabète, de troubles de rythme cardiaque, des affections valvulaires cardiaques. Une particularité de cette campagne de Meyomessala cette année, c’est l’implication des chirurgiens. Nous avons associé les chirurgiens de notre partenaire local Ascovime, et il m’échoie le plaisir de dire qu’il y a eu au total 77 interventions chirurgicales réussies, dont trois césariennes, trois cas de fistules visco-vaginales, et une cinquantaine de cas d’hernie et également des myomes, des lipomes et des kystes ovariens opérés.

Les objectifs en termes de population cible sont-ils atteints?

Sincèrement, l’objectif a été largement atteint. Le plus difficile c’est souvent de mobiliser la population. Or ici, Meyomessala qui est quand même le centre pilote de cette 14e édition, nous allons dire que nous sommes allés au-delà de nos prévisions. Nous allons réintégrer de nouvelles activités notamment les affections bucco-dentaires. Cela a très bien fonctionné. Non seulement on dépistait ces affections mais on donnait aussi des soins et ça continue. Il y a également les cas de chirurgies. En deux trois jours, opérer pratiquement 80 cas, c’est un exploit inédit. Et sur le plan de la formation, ça c’est également la particularité de Meyomessala, nous avons eu l’honneur d’accueillir le Pr Elie Cogan et toute une équipe européenne venue donner des formations pratiques sur le terrain. Ils ont appris aux médecins à poser des diagnostics avec peu d’outils.

Cela permet de détecter déjà les cas de crise cardiaque, et d’agir rapidement. De référer les patients, commencer les premiers traitements. Il faut dire que souvent l’aspirine sauve des vies. On ne se rend pas toujours compte pourtant elle existe dans toutes les pharmacies du Cameroun. Aujourd’hui, dans notre pays on peut soigner l’hypertension avec moins de 400F par mois. Il faut juste sensibiliser la population à utiliser les structures sanitaires de notre pays.

Faut-il comprendre à travers le choix de ce site que les maladies cardiovasculaires font une percée dans le monde rurale?

Absolument. Sur près de 2000 personne dépistées nous avons recensé 500 cas d’hypertension artérielle, dont 300 cas sévères, c’est-à-dire les gens qui ont déjà le cœur malade, les artères malades, des reins touchés à cause de l’hypertension. Cette maladie a fait une percée terrible dans nos contrées. Et les statistiques de Meyomessala sont superposables à celles de Tokombéré, de Nitoukou. Dans l’imaginaire populaire, on pense que ça ne touche que les centres urbains. Il y a une sorte d’urbanisation progressive de nos villages. Quand nous nous rendons dans nos villages, nous achetons du pain, du poisson fumé, tous ces aliments contiennent du sel. Et le pourvoyeur de l’hypertension chez les sujets Noirs, c’est le sel. A Meyomessala, nous sommes presque à 35 % de personnes atteintes d’hypertension c’est très préoccupant. Je parle des adultes de plus de 20 ans.



allafrica

A lire aussi

Laisser un commentaire