Le mot pour comprendre les élections au Royaume-Uni : “First Past the Post »


Avant les élections législatives britanniques du 12 décembre, Courrier International vous propose chaque semaine un terme pour en comprendre les enjeux. Ce jeudi, il s’agit de First Past The Post, un mode de scrutin de plus en plus décrié.

“Le premier qui passe la ligne d’arrivée a gagné.” Ainsi pourrait se traduire le terme First Past The Post (FPTP). Point de jeu de cour de récréation ici, mais un système électoral. Le deuxième le plus populaire du monde, même, utilisé aux États-Unis, en Inde et au Canada, entre autres. Au Royaume-Uni, il est en vigueur depuis 1888 et permet notamment aux Britanniques d’élire les 650 membres de la Chambre de communes. “Avant, un système complexe jouait en faveur des classes fortunées et des grands propriétaires terriens”, précise le tabloïd The Sun.

En anglais, le terme provient des courses hippiques : le premier cheval qui “passe le poteau” a gagné. Le nom officiel en français est moins imagé : scrutin uninominal majoritaire à un tour. Concrètement, “les électeurs mettent une croix à côté du nom de leur candidat préféré, explique The Daily Telegraph. Le candidat ayant recueilli le plus grand nombre de voix gagne et devient député. Toutes les autres voix comptent pour du beurre.” Pas de deuxième tour, pas de pourcentage minimal à atteindre. Rien.

Le cheval Tachophobia franchit le poteau d’arrivée sur l’hippodrome de Doncaster, en Angleterre, en octobre 2014.  Action Images / Andrew Boyers

Ce mode de scrutin dispose de plusieurs avantages, souligne le journal conservateur. Tout d’abord, il est facile à comprendre. Il permet aussi un comptage et une désignation rapides du vainqueur. Au rayon des désavantages, “les députés, sauf s’ils atteignent 50 % des voix, sont élus par une minorité d’électeurs”. Autre inconvénient majeur, ce système incite à voter utile “pour le parti qu’on déteste le moins” et pénalise les petits partis “dont le nombre de voix peut être important à travers le pays mais insuffisant dans une seule circonscription pour remporter un siège”. Exemple récent : en 2015, le Parti pour l’indépendance du Royaume-Uni (Ukip) avait obtenu 12,6 % des suffrages exprimés pour… un seul siège.

Un système critiqué depuis plus d’un siècle

Reste l’argument de l’efficacité. “Dans un système bipartite, le FPTP accouche en temps normal d’une majorité claire”, ajoute The Daily Telegraph, le chef du parti majoritaire devenant Premier ministre. En temps normal. Sauf qu’au Royaume-Uni, le paysage politique est plus morcelé que jamais. “Nous n’avons pas eu de majorité gouvernementale stable et durable depuis 2005”, rappelle The Times. En vue des législatives du 12 décembre, si les conservateurs caracolent en tête des sondages devant les travaillistes, les libéraux-démocrates et le Parti du Brexit pourraient jouer les trouble-fêtes. Et provoquer un “hung Parliament” (“Parlement suspendu”), sans majorité absolue. “Le référendum du Brexit a notamment fait que notre système électoral est aujourd’hui beaucoup plus… disons-le, européen”, relève avec malice le quotidien londonien.

Particulièrement divisé sur la question de la sortie de l’UE, l’électorat pourrait en effet renoncer au vote utile et favoriser les candidats reflétant le mieux leur position sur la question. Farouchement europhiles, les libéraux-démocrates entendent bien en profiter. Et se rêvent en faiseurs de roi, si aucun parti n’atteint la majorité absolue. “Et quelle serait la première revendication des libéraux-démocrates, avant même l’annulation du Brexit ? Un scrutin proportionnel”, avance The Times. Côté travailliste, aussi, on demande une réforme du système. Au point de sonner le glas du First Past The Post ? Rien n’est moins sûr. Le FPTP est critiqué depuis au moins 110 ans. En témoigne cette citation datant de 1909 : “Le système actuel est manifestement en panne. Les résultats qui en découlent ne sont justes pour aucun parti ou aucun segment de la population. Souvent, ils ne permettent pas d’aboutir à une représentation de la majorité, pas plus qu’ils ne donnent lieu à une représentation intelligente des minorités.” Une citation signée d’un certain… Winston Churchill.

Sasha Mitchell





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