Attaques terroristes au Burkina Faso : « C’est une contre-insurrection qu’on nous impose », dixit Noussourou Guiro du Mouvement plus rien ne sera comme avant


Suite aux attaques terroristes répétées, le président du Faso a ordonné le recrutement de volontaires pour la défense des zones concernées. Une semaine après cette annonce, le chargé de communication du Mouvement plus rien ne sera comme avant (M-PRESCA), Nassourou Guiro, a annoncé sa volonté de s’enrôler. Il nous a donné les raisons de son engagement le mercredi 13 novembre 2019 au cours d’une visite à notre rédaction. Entretien !

Lefaso.net : Le président du Faso a annoncé le recrutement de volontaires pour la défense du territoire. Vous êtes partant pour cette initiative. Pourquoi avez-vous répondu positivement à cet appel ?

Nassourou Guiro : Tout d’abord, permettez-moi de présenter mes condoléances à toutes les familles des disparus suite aux attaques. Vraiment, le Burkina est endeuillé depuis 2015. Aujourd’hui, nous répondons positivement à l’appel du président du Faso. Nous avons tous suivi. Le Burkina est attaqué de tous les côtés. C’est une contre-insurrection qu’on nous impose. C’est à nous les insurgés de nous mettre devant les choses. Ainsi, pour faire comprendre à l’ennemi. qu’il n’a pas sa place au Burkina Faso. L’appel du président est le bienvenu.

Ceux qui disent que le président ne devrait pas aller dans ce sens, ont-ils fait des propositions ? Je pense qu’on doit assimiler ces gens aux terroristes. Le président du Faso au nom de la constitution peut lancer un appel à la nation afin qu’on se mobilise pour défendre notre patrie. Il l’a fait et je salue ce courage. J’appelle tous les citoyens burkinabè à rester en veille, à l’écouter. Parmi les personnes qui nous attaquent, il y a certainement des Burkinabè et des non Burkinabè. Que recherchent-ils dans ce pays en tuant les Burkinabè ? Nous dénonçons cela.

Vous pensez que les attaques sont une contre-insurrection. Sur quoi vous vous basez pour avancer ces affirmations ?

C’est une contre-insurrection. Ça ne se faisait pas avant. En 2013, il n’y avait pas d’attaques terroristes. Il n’y en avait pas non plus en 2010. C’est quand nous avons fait notre insurrection, sous la transition, quil y a eu deux attaques. Certains se posent la question de savoir ce qui se passe. Pourquoi c’est maintenant qu’on est attaqué ? Nous avons été devant les choses. Nous ne pouvons plus dormir parce que le pays est menacé. Les Burkinabè sont victimes aujourd’hui. Ils (les terroristes) ne veulent pas voir des écoles, des CSPS, des commissariats, des gendarmeries, des soldats. C’est quelle loi qu’on nous impose ?

Ceux qui ne veulent pas des écoles, ils utilisent des armes qu’eux- mêmes n’ont pas fabriquées. Ils ne peuvent pas nous imposer des lois. Nous sommes d’accord avec l’appel du président du Faso. Nous avons travaillé depuis des mois pour cela. Notre dernière sortie, c’était à Kongoussi. Nous avons lancé la résistance. Le président du Faso a reçu le message. C’est salutaire. Il faut que les Burkinabè se mettent ensemble pour lutter contre ce phénomène. Le Burkina appartient à nous tous. Il n’appartient pas uniquement au président du Faso. Le président peut partir demain. Le Burkina Faso demeurera. Nous mettons en garde les politiciens car le Burkina c’est pour nous tous. Ce n’est pas le moment de faire la campagne, mais celui de libérer le Burkina Faso.

Tous les pays de la sous-région sont attaqués. Le Mali, le Niger, le Tchad, le Cameroun, le Nigeria… En quoi le cas du Burkina est-il une contre-insurrection ?

C’est une contre-insurrection. Je prends un exemple. Le Mali est attaqué depuis 2011. Ceux qui attaquaient le Mali dormaient ici (Ouagadougou) tranquillement. Ils se soignaient ici. Est-ce que vous êtes d’accord que nous hébergions des gens qui partaient endeuiller le peuple malien et revenir dormir sur le sol burkinabè ? Aujourd’hui, leur mentor n’est pas là. Qu’est-ce qu’il faut faire ? Il faut attaquer le Burkina Faso.

Vous parlez d’une personne qui serait leur mentor. Quel est l’identité de cette personne ?

Leur mentor, c’est l’ancien président Blaise Compaoré. C’est lui qui a signé un accord avec eux pour les héberger. Quand on parle, les gens disent que c’est la médiation. La médiation a toujours dit qu’ils peuvent venir faire la médiation et repartir chez eux. Nous savons que ceux qui venaient dormir ici, ce sont eux -mêmes qui sont à Kidal. Voilà pourquoi nous avons dit que ce n’est pas normal. En son temps, j’ai marché sur le terrain. En 2011 avec le Mouvement burkinabè des droits de l’homme, nous avons toujours dénoncé ces gens qui dormaient ici. Ce n’est pas maintenant qu’on a commencé à dénoncer cela.


A peine une semaine que le président ait annoncé la mesure, comment comprendre que vous soyez déjà prêt ?

C’est la patrie d’abord. Moi-même, on m’a donné une liste de plus de 100 personnes qui veulent s’engager. Je les encourage. Aujourd’hui, c’est la libération de notre pays ou rien, quel que soit le prix à payer. Il y a des gens qui ont lutté pour avoir l’indépendance du Burkina Faso. Elle a été acquise en 1960. Il y a des gens qui ont travaillé, certains ont perdu leur vie. Des gens sont tombés pour que le Burkina soit ce qu’il est aujourd’hui. Chacun doit revenir à la raison. Le Burkina, c’est notre devoir de le libérer.

Si demain on doit enrôler des gens pour aller au front, monsieur Guiro est -il prêt ?

Je suis prêt et J’ai toujours été prêt. Je vous rappelle qu’en 1985, j’ai été sur le terrain à Ouahigouya. Quand il y a eu les bombardements, les gens ont fui. Nous sommes restés. Mon rôle aujourd’hui, c’est de défendre la patrie jusqu’au dernier jour de ma vie.

Vous êtes un des héros de l’insurrection populaire. Vous êtes prêt à aller défendre la mère patrie. Qu’est-ce qu’on doit retenir de votre lutte ?

Ma lutte n’engage que moi d’abord. Je suis né au Burkina. C’est ma patrie. Je suis un burkinabè. Qu’est-ce que je dois faire pour mon pays. Je dois le soutenir dans les moments difficiles. Je ne peux pas dormir et voire mon pays basculer. C’est la seule conviction que j’ai pour aller au front.

Avez-vous un mot à lancer aux autres qui hésitent à encore ?

Un mot à lancer, c’est pour dire que les Maliens ont décidé de monter sur Kidal. Je dis et je répète que nous irons ensemble à Kidal. Ma deuxième patrie, c’est le Mali. Ma mère est du Mali. Si Kidal est libéré aujourd’hui, le terrorisme finira dans l’Afrique de l’Ouest. Il faut que la France accepte que le territoire malien appartient aux Maliens. Le territoire malien n’appartient pas aux rebelles. La France doit mettre ce message sur sa table pour discuter avec le président malien et trouver une solution afin de libérer le Mali.

Vous pointez du doigt la France dans cette affaire ?

C’est la France qui s’est imposée. C’est elle qui est au milieu. Elle ne joue pas un bon jeu. Le territoire malien existe depuis longtemps. Aujourd’hui, les rebelles ont occupé la moitié du territoire à partir de Kidal. Ce sont eux qui sont sur le terrain là-bas. Ils montrent leur force de frappe au peuple malien et la France regarde. La France devrait résoudre le problème de Kidal pour que l’autorité malienne puisse s’installer à Kidal et partout.

Malheureusement, nous constatons que Kidal appartient à d’autres groupes. On ne connaît pas leurs noms et ils veulent occuper le territoire du Mali. La France qui connaît bien l’histoire de l’Afrique ne dit pas un mot. Elle est au milieu et jusqu’aujourd’hui, il n’y a pas de solution. La France est complice. Si elle ne l’est pas, qu’elle remette le territoire malien intégralement au peuple malien. Si elle joue un franc jeu avec l’Afrique, qu’elle libère Kidal.


La ministre française des Armées, au cours de sa visite au Burkina Faso, a annoncé l’opération Bourgou 4 pour contrer les terroristes dans les trois frontières Burkina, Niger et le Mali. Croyez-vous à cela ?

De toute façon, elle est la bienvenue si c’est la vérité. Nous disons à la France que nous voulons la libération de Kidal, point barre. Que ça soit Bourgou 5,8 ou 1, c’est la libération de Kidal ou rien.

Selon vous, en quoi Bourgou 4 pourrait -il être important pour le Burkina ?

C’est la France qui a choisi de la mener. Nous observons. Nous disons que le rôle aujourd’hui de la France, c’est de libérer Kidal. Elle connaît son rôle. Elle sait ce qu’elle doit faire pour que la sous-région trouve sa paix d’antan. Si le Burkina et le Niger nettoient leurs frontières et le Mali n’arrive pas à nettoyer Kidal, on va retomber dans les mêmes erreurs. Tant que Kidal sera occupé, les terroristes vont revenir. La lutte sera longue. Nous demandons à la France de libérer Kidal.

Entretien vidéo : Cryspin Laoundiki

Transcription : Dimitri OUERAOGO et Esther Kabore (Stagiaire)

Réalisation vidéo : Mariam Sagnon

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