Les lanceurs d’alerte, une tradition américaine



La figure de l’individu se dressant seul face au pouvoir pour dire la vérité est profondément ancrée dans l’histoire et la culture américaine.

Nous sommes en 1777, en pleine guerre d’Indépendance américaine, un petit groupe d’officiers et de matelots de ce qu’on appelle alors la “marine continentale” sont confrontés à un grave dilemme. Leur capitaine est un des hommes les plus puissants des treize colonies américaines, mais ils l’ont vu se livrer à des traitements “barbares” – ce qu’ils considèrent comme des actes de torture – sur des marins britanniques faits prisonniers.

Onze ans avant la ratification de la Constitution américaine, ces dix marins deviennent alors les premiers lanceurs d’alerte de la toute jeune République. Ils témoignent devant le Congrès continental et sont protégés de toute tentative de représailles par la loi.

Dans l’ADN du pays

“La dénonciation des exactions est inscrite dans l’ADN des États-Unis, il n’y a pas plus américain”, explique Allison Stanger, chercheuse en sciences politiques au Middlebury College. Son dernier livre sur le sujet est sorti le 24 septembre, le jour même où la présidente démocrate de la Chambre des représentants, Nancy Pelosi, poussée par les révélations d’un lanceur d’alerte, a annoncé le lancement d’une enquête de destitution contre le président Trump.

La figure de l’individu se dressant seul face au pouvoir pour dire la vérité est un archétype profondément ancré dans la culture américaine. Le rôle du lanceur d’alerte – ce membre d’une administration, d’une entreprise privée ou d’une organisation qui attire l’attention du public sur des activités illégales ou contraires à l’éthique – est codifié par la loi, gravé dans l’histoire et célébré dans les films hollywoodiens et dans la culture populaire.

Qu’ils soient acclamés ou controversés, les lanceurs d’alerte contemporains sont nombreux. Il y a eu Karen Silkwood, qui a dénoncé, au début des années 1970, des pratiques dangereuses pour la sécurité et la santé des travailleurs dans le nucléaire ; Gorge profonde, dont les informations secrètes ont fait éclater le scandale du Watergate, qui a conduit à la démission du président Nixon en 1974 ; Franck Serpico, l’officier du NYPD qui a dénoncé la corruption de la police de New York dans les années 1970 et 1980 ; Erin Brockovich, qui a lutté contre la pollution des eaux en Californie dans les années 1990 ; Daniel Ellsberg, avec ses Pentagon Papers sur la guerre du Vietnam, en 1971 ; sans oublier Edward Snowden et ses révélations sur la surveillance de masse organisée par le gouvernement américain, en 2013.

Risques de représailles

En choisissant de révéler des informations potentiellement dangereuses, les lanceurs d’alerte s’exposent personnellement à de lourdes représailles. Tous, presque sans exception, se voient accusés d’être l’exact opposé d’un héros et sont traités de mouchards, de délateurs, de balances ou de taupes.

Leur décision leur coûte souvent leur emploi ainsi que certaines relations. Il leur faut aussi faire le deuil de leur ancienne identité. Devenir lanceur d’alerte peut conduire à l’opprobre, à la prison ou à l’exil. C’est parfois un secret que l’on emporte jusque dans sa tombe ou presque.

“Je ne me suis même pas désignée comme une lanceuse d’alerte, je ne pouvais pas”, explique Jacqueline Garrick. Âgée de 56 ans, elle dirigeait le programme de prévention du suicide pour le ministère de la Défense

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Laura King

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