Cameroun: « La logique de radicalisation va aujourd’hui à l’encontre des aspirations profondes des Camerounais »


René Emmanuel Sadi, ministre de la Communication.

Deux semaines, jour pour jour après le Grand dialogue national, quelles appréciations générales faites-vous et surtout, quelle lecture le gouvernement donne-t-il aux premières mesures prises par le Chef de l’Etat dans le vif du Grand Dialogue National et à la fin de ce grand moment de la vie Nationale ?

Je crois que, de l’avis de tous les concitoyens de bonne foi, et même de l’avis de nombreux observateurs étrangers, le Grand dialogue national, organisé à l’heureuse initiative du président de la République, S.E. Paul Biya, a été un grand moment de la vie nationale, et un franc succès. Un succès, d’abord par le nombre et la qualité des participants à ces assises de grande portée, qui sont venus de toutes les régions du pays et de la Diaspora. La plupart étaient des personnalités qui comptent, des personnalités représentatives de toutes les catégories sociales et de toutes nos communautés, et qui pendant plusieurs jours ont pris une part très active aux discussions sur l’ensemble des thématiques importantes qui ont été retenues.

Les conclusions de ce Grand dialogue constituent également le deuxième motif de satisfaction de ces assises nationales. Aucun sujet majeur n’a été éludé ni occulté, et des préconisations pertinentes ont été faites et portées à la haute appréciation de qui de droit, en l’occurrence, le Président de la République, qui, sans tarder, a fait connaître sa haute appréciation du travail accompli et sa disposition à examiner avec diligence et célérité les conclusions, et à apporter, dans toute la mesure du possible, des réponses adéquates aux préoccupations issues des débats qui, de l’avis général, auront été riches, intenses et denses. C’est pourquoi on peut, on doit, à juste titre, saluer cette initiative du chef de l’Etat, se féliciter, aussi bien de sa tenue, de son bon déroulement que de ce qui en est sorti. C’est pour cela que le Grand dialogue national a été, je le réaffirme, un franc succès, et donc, il faut vraiment être de mauvaise foi, comme certains, malheureusement, toujours les mêmes, pour prétendre le contraire.

Comment le gouvernement a-t-il apprécié la réaction de certains bénéficiaires de mesures de clémence du président de la République, en l’occurrence les leaders de certains partis politiques et un bon nombre de leurs militants ?

Ecoutez, visiblement, les mesures de clémence prises par le président de la République ont, de manière générale, été saluées par toute la Nation, en particulier celles dont ont bénéficié des centaines de nos jeunes compatriotes du Nord-Ouest et du Sud-Ouest, dont beaucoup ont été enrôlés, bon gré mal gré, parmi les rebelles séparatistes. Leur joie collective et leur reconnaissance à l’endroit du chef de l’Etat nous ont paru sincères, et il y a tout lieu de s’en féliciter. En revanche, les réactions des autres bénéficiaires, en l’occurrence celles de certains responsables du MRC, nous ont semblé quelque peu ambiguës, comme on l’a d’ailleurs noté à travers leurs déclarations, notamment celle toute récente de M. Maurice Kamto, dans une interview à Radio France Internationale.

Mais, rassurez-vous, nous n’avons guère été surpris par les propos de M. Kamto lors de cette interview. Ils s’inscrivent manifestement, ces propos, dans une logique qui est la sienne et celle de ses partisans, peut-être pas tous, depuis la proclamation de l’élection présidentielle, une logique de l’extrémisme, du jusqu’au-boutisme, de la radicalisation, fondée sur la revendication d’une prétendue victoire due, une victoire qui pourtant, nous le savons et ils le savent aussi, n’a jamais été remportée par M. Kamto, une victoire qu’il ne pouvait pas remporter, je l’ai dit mille et une fois, à moins d’un miracle qui bien évidemment n’a pas eu lieu.

Nous n’avons donc pas été surpris, comme je viens de le dire, par ses propos, pour autant, l’on ne peut ne pas regretter cet entêtement, cette sempiternelle posture de fier-à-bras qui frise, au bout du compte, l’impudence et la forfanterie, au point d’agacer nombre de nos concitoyens.

Il est vrai que, on ne s’attendait pas outre mesure, à des épanchements de reconnaissance de la part du MRC, à la suite des mesures de clémence du président de la République ; mais, la moindre bienséance commandait, qu’à défaut d’exulter, que l’on exalte tant soit peu un geste souverain et magnanime du chef de l’Etat, qui participe d’une réelle volonté d’apaiser et de sa détermination à donner toutes ses chances au retour d’une paix et d’une stabilité définitives au Cameroun. Vu sous cet angle, il nous semble que M. Kamto et certains va-t-en guerre, parmi ses partisans, n’ont pas su prendre toute la mesure et saisir le sens profond de la clémence présidentielle, que pourtant l’opinion nationale dans son ensemble et l’opinion internationale, ont salué et apprécié à juste titre. Et, l’important, de notre point de vue, c’est cette clameur de satisfaction que l’on a perçu à l’intérieur comme à l’extérieur du Cameroun avant, pendant et après le Grand dialogue national.

Monsieur Maurice Kamto a clairement estimé que le Grand dialogue national, à ses yeux, n’a pas été organisé comme il se devait ; il estime avoir tendu la main au Gouvernement, et qu’il n’a pas été entendu. Donc pour lui, tout est à refaire …

Ecoutez, j’ai dit tantôt que tous nos concitoyens de bonne foi et nos partenaires étrangers ont apprécié très favorablement la tenue de ce Grand dialogue national et ont même adressé leurs félicitations au président Paul Biya. De même, ont pris part à ce Grand dialogue, des personnalités qui n’ont pas toujours été tendres avec le régime actuel, et dont on connaît par ailleurs les positions radicales sur les grands enjeux de l’heure, et particulièrement, sur la crise qui secoue les régions du Nord-Ouest et du Sud-Ouest. Eu égard à ce que nous avons pu voir et entendre, ces gens ont exprimé leur satisfaction, et personne, à notre connaissance, ne s’est désolidarisé des conclusions de ces assises, rendues publiques. Face à cette écrasante majorité de voix favorables, l’absence d’une minorité extrémiste qui, pour des motifs inavoués n’a pas voulu prendre part à ce Grand Dialogue National, bien que conviée, ne saurait relativiser le grand succès de ce rassemblement historique des dignes filles et fils de la Nation camerounaise.

Autrement dit, nous n’entrevoyons pas, quant à nous, de dialogue plus inclusif que celui historique, qui vient d’avoir lieu à Yaoundé, entre le 30 septembre et le 04 octobre 2019. Par ailleurs, sans vouloir donner de leçon à qui que ce soit, je me dois, cependant, de relever l’outrecuidance de certains propos du leader du MRC, qui dit avoir tendu la main à celui qui préside aux destinées de ce pays pour solder un soi-disant passif électoral. A ce que je sache, il n’y a qu’un seul fauteuil présidentiel, il a été pourvu, bien pourvu et il n’a qu’une place qu’occupe légalement et légitimement le président Paul Biya. C’est donc le président Biya, le seul et vrai élu de la Nation qui peut tendre la main, et qui l’a fait, pas seulement aux responsables du MRC, mais aussi à nos compatriotes séparatistes qui ont pris les armes contre la République. Il nous semble que faire de la politique nécessite beaucoup d’intelligence certes, beaucoup d’audace, mais aussi, beaucoup de sagesse.

Il faut donc, croyons nous, que notre compatriote, le Professeur Kamto, dont les qualités intellectuelles et le brio ne font l’ombre d’aucun doute, cesse de voguer dans des sphères si lointaines, inter-sidérales, interstellaires, et redescende sur terre, pour réaliser enfin que la revendication d’un hold-up électoral imaginaire est un leurre, un cul-de sac, une voie sans issue ; que l’élection présidentielle relève désormais du passé, et que, pour l’immense majorité des Camerounais, la page de la présidentielle est bel et bien tournée. D’autres opportunités, tout aussi exaltantes, s’offrent à lui, comme à nous tous, pour participer à l’œuvre de construction nationale.

Dans ses déclarations à RFI, le leader du MRC a affirmé nettement que la résistance de son parti vis-à-vis des institutions se poursuit. Comment réagit le gouvernement face à cette annonce qui rompt complètement avec le climat d’apaisement suscité par le chef de l’Etat ?

Comme je l’ai dit au début de cet entretien, la fuite en avant, la logique de la radicalisation, celle de l’entêtement voire de la témérité, vont aujourd’hui à l’encontre des aspirations profondes des Camerounais à la paix et à la tranquillité.

Encore faut-il qu’une cause juste et légitime vienne sous-tendre et justifier un combat politique, ou, pour reprendre le vocable utilisé par M. Kamto lui-même, une quelconque « résistance » politique. Mais, tel n’est pas le cas. Sous ce rapport, la question que l’on se pose encore et encore, est celle de savoir quelle est la véracité et la légitimité d’une revendication dont tout le monde sait, y compris celles et ceux qui la brandissent, qu’elle est factice, fallacieuse, et procède d’une évidente mystification. Car, il faut le dire, le fond du problème réside dans la revendication obsessionnelle d’une victoire imaginaire, d’une auto-proclamation. Le reste des questions que l’on invoque n’est que pure habillage, et, en tout état de cause, ces questions font l’objet d’avis partagés, qu’il s’agisse du code électoral ou de bien d’autres sujets allégués.

Aussi, dans le prolongement de la détermination du chef de l’Etat à ramener et à consolider la paix sur l’ensemble du territoire national, le Gouvernement entend-il, par ma voix, en appeler à la raison de tous, à la responsabilité qui incombe à tous, dans le rétablissement des conditions de paix, de sécurité et de concorde, sans lesquelles nos efforts pour le développement et le progrès demeureront compromis.

Au demeurant, la détermination du chef de l’Etat à restaurer un climat d’apaisement, au prix de tant de concessions, est sans équivoque. Par-delà toutes les formes et modalités de résistance, la paix est aujourd’hui l’enjeu majeur pour tous. C’est à cette prise de conscience que le chef de l’Etat convie toute la classe politique nationale. Car, il est des moments où l’homme politique s’efface au profit de l’homme d’Etat pour la sauvegarde de l’intérêt supérieur de la Nation.



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