Xu Fei, chargé d’affaires de l’ambassade de Chine : « Notre objectif n’est pas de rester en Afrique comme la France ou les anciens colonisateurs »


Un an après le rétablissement des relations diplomatiques entre le Burkina Faso et la République populaire de Chine, Lefaso.net a tendu son micro au chargé d’affaires de l’ambassade de Chine au Burkina, Xu Fei. Avec lui, il a été question de l’évolution de la coopération bilatérale dans les domaines universitaire, agricole, sanitaire, routier, etc.

Lefaso.net : Comment évoluent les relations bilatérales entre Ouagadougou et Pékin, depuis le rétablissement des relations diplomatiques ?

Xu Fei : Comme le savent nos amis burkinabè, depuis la reprise de la coopération diplomatique en 2018, nous nous sommes installés pour ouvrir l’ambassade, puis s’en sont suivies des visites de notre ministre des Affaires étrangères. La coopération a été reprise, surtout à travers les domaines de la sécurité, de l’éducation, de la formation professionnelle, de l’agriculture et dans le domaine de la santé. Notre ambassadeur est arrivé au mois d’octobre 2018, notre ambassade est composée d’une dizaine de personnes aujourd’hui.

Nous sommes en train de renforcer la coopération. Mais, malheureusement, à cause des difficultés techniques, on n’a pas pu offrir des visas pour le moment. Toutefois, on travaille pour donner du service à nos amis burkinabè. Nous avons loué une villa temporairement pour notre ambassade. Nous avons un site et notre page Facebook, c’est comme une fenêtre ouverte au public pour donner des informations nous concernant.

Concrètement, qu’est-ce qui est fait en termes de coopération au développement ?

Le plus important, c’est l’agriculture, au regard du fait que l’agriculture représente une grande importance au Burkina Faso. A cet effet, depuis la reprise de la coopération, plusieurs ingénieurs agricoles chinois sont venus pour une mission ici. Leur tâche consiste à transférer les compétences dans le domaine du riz. Pour cette première mission, ils travaillent à Ouagadougou, à Bobo, etc. Ils travaillent avec des milliers d’agriculture et des milliers d’agents. Le bilan est réussi. Leur deuxième mission est de continuer dans la même tendance qui est de renforcer le transfert de compétences en matière de technologie ; on va coopérer avec les villages-pilotes, ensuite former un exemple d’agriculture burkinabè, de sorte qu’ils comprennent qu’en cultivant, on peut devenir riche.

Toujours dans le domaine de l’agriculture, il y a une deuxième équipe qui a été envoyée depuis la fin de l’année dernière, qui est une équipe d’experts de mil. Le climat ici ressemble à une de nos provinces ; une province qui produit du mil. Cette équipe d’experts de mil possède de riches expériences dans la production du mil, acquises dans plusieurs pays africains comme le Nigeria. Leur tâche est de tripler la production moyenne du mil à travers l’amélioration des semences. Leurs champs ont déjà réussi, après un an. Ils doivent coopérer et transférer les compétences. Depuis deux semaines, un séminaire a été organisé et plus de 100 experts burkinabè ont été formés. On dit qu’il faut enseigner à quelqu’un à pêcher plutôt que de lui donner du poisson. Mais avec le ventre vide, on ne peut pas pêcher. C’est ainsi que la Chine a offert 5 000 tonnes de riz dans le motif humanitaire, à cause de la situation des déplacés internes.


Dans le domaine de la santé, il y a deux volets. A travers l’assistance technique, on a envoyé une équipe composée de dix personnes qui travaille à l’hôpital de Tenkodogo. Ils jouent le rôle d’enseignants. Ils sont dans le traitement et dans les consultations. Au niveau des infrastructures, on le projet de Bobo-Dioulasso ; dès que le gouvernement finit l’étude d’impact environnemental, on va débuter, puisque la partie burkinabè et la partie chinoise se sont déjà entendues sur les détails. Les études de l’impact environnemental au niveau de la forêt de Kua pourront nous permettre de nous fixer et de débuter les travaux qui vont durer trois ans. C’est un grand hôpital qui va concerner tout Bobo-Dioulasso et une partie de la Côte d’Ivoire. Dans le volet infrastructures, il y a la réhabilitation de l’hôpital de Koudougou. Il y a également la construction des CSPS.

Chaque année, il y a un projet célèbre, appelé « Opération de lumière » pour guérir les yeux. Cette année, ce sera en décembre. Cette année, on veut guérir plus de 200 cas en collaboration avec les Burkinabè.

Dans le domaine de l’éducation, on a une soixantaine d’étudiants qui étudiaient à Taiwan, qui ont continué leurs études en Chine. Cette année, quarante nouveaux étudiants vont continuer leurs études. En Chine, il y a une centaine d’étudiants burkinabè qui bénéficient de bourses d’études. Pour les enfants, notre ambassade a décidé de construire des écoles pour les établissements sous paillote. Nous allons construire 100 complexes scolaires pour remplacer les écoles sous paillote. Le taux de réalisation arrive à 60%. On espère réaliser toutes les écoles avant la fin de l’année. Il y a des entreprises burkinabè qui construisent ces écoles, plus d’une soixantaine contre une quarantaine d’entreprises chinoises. On a invité les parents et élèves à suivre la qualité des travaux.

Ils peuvent nous communiquer l’état d’avancement des travaux. Il y a également des centres de formations professionnels. Ils donnent des cours pour transférer les technologies dans plusieurs autres centres. Il y a de plus en plus d’élèves qui veulent être formés. Chaque année, à travers la fondation de l’ambassadeur, il y aura des financements pour accompagner les jeunes dans la formation et la création de leurs entreprises. Il y a aussi des routes, des infrastructures de communication également. Les discussions se poursuivent avec les autorités burkinabè. Depuis la reprises de la coopération, les échanges se développent très vite. Dans les années à venir, on voudrait que les Burkinabè sentent les fruits de notre coopération.

Dans le domaine sécuritaire, l’an dernier, notre ambassadeur avait remis des pick-up à la police nationale. Notre ministère de la Défense nationale a déjà envoyé une équipe pour visiter le Burkina Faso. Il y a des relations concluantes pour apporter la contribution des Chinois à l’armée du Burkina Faso. Il a été annoncé que la Chine veut coopérer avec l’Union africaine et le G5 Sahel. Les Chinois et le Burkinabè se consultent pour la mise en œuvre de ces promesses. On forme aussi les officiers et les militaires burkinabè. Il y a un séminaire organisé par la police nationale en Chine. Il y aura un séminaire antiterroriste en Chine auquel les Burkinabè vont participer. Bien que la reprise de la coopération ait duré un an, on a fait beaucoup de choses. On va remercier les autorités et les populations. Nous remercions les médias qui font des reportages sur la coopération sino-burkinabè. Notre tâche est de travailler entre les deux peuples.

Où en êtes-vous avec l’institut Confucius et la coopération avec l’université Nazi-Boni de Bobo-Dioulasso ?

C’est une coopération entre une université chinoise et l’université Nazi-Boni pour établir l’institut Confucius pour enseignant le mandarin. Dans le futur, il aura des échanges entres les professeurs et les étudiants. Il y a aussi l’université Ouaga 1 qui a donné son accord pour l’ouverture de l’institut Confucius. Il y a aussi des institutions privées qui sont venues visiter d’autres universités. La coopération universitaire devient de plus en plus forte. Cela va renforcer les compétences dans le cinéma, l’histoire.

Aux prochaines élections de 2020, dans quel domaine la Chine soutiendra le Burkina Faso ?

La Chine soutiendra l’organisation des élections. On a proposé à la CENI de donner notre contribution. La Chine est le premier pays à répondre aux besoins. On attend le besoin exact. On va offrir des ordinateurs, des imprimantes, les réseaux, etc. J’ai confiance que l’an prochain, le Burkina va organiser une élection juste.

Comment analysez-vous le fait que les mêmes pays qui ont répondu présents au sommet Chine-Afrique se retrouvent à tous les sommets ?

Depuis l’indépendance des pays africains, la Chine est restée aux cotés des pays africains. La plupart des indépendances africaines ont été obtenues par voie de lutte, comme pour la Chine. Cette amitié fondée par les dirigeants africains et chinois depuis d’un demi-siècle devient de plus en forte. La Chine n’a pas changé depuis sa fondation. Le premier forum sino-africain a été un succès. Le commerce entre les deux partenaires a dépassé 200 milliards de dollars américains.

Comment la Chine fait face aux anciens colonisateurs sur le continent africain ?

Le forum sino-africain a montré aux autres comment coopérer avec les Africains. Il ne faut pas utiliser les mentalités des colonisateurs, il ne faut pas être très haut. Aussi, il ne faut pas jouer le rôle d’enseignant, jouer un rôle de gouverneur, de colonisateur quand tu coopères avec les pays africains. Il faut une coopération gagnant-gagnant, traiter les Africains comme des amis. Il ne faut pas dire comment faire, mais discuter de comment faire.


Ce forum a été un exemple dans la coopération internationale avec l’Afrique. Depuis le premier forum sino-africain, puis le développement de la coopération entre la Chine et l’Afrique, les autres ont changé d’attitude envers les pays africains. La France, l’Europe et les USA ont commencé à réfléchir ; pourquoi la Chine devient le premier partenaire de l’Afrique ? Pourquoi la Chine nous devance sur le continent africain alors que nous sommes là-bas depuis des décennies ? Pourquoi on ne peut avoir des relations durables avec les africains comme la Chine ? Le forum leur a donné une leçon. Je ne prends pas cela pas comme un conflit, c’est plutôt comme une influence. Dans les journaux, on dit qu’il y a de la concurrence.

De notre côté, on est content de voir cette influence. Cela veut dire qu’il y a de la concurrence dans la communauté internationale pour les pays africains ; cela veut dire que les puissances veulent aider, veulent donner plus au développement de l’Afrique. Ainsi, la communauté internationale peut donner plus. La Chine ne s’inquiète pas que notre coopération soit diminuée par l’influence des autres puissances. Notre objectif n’est pas de rester en Afrique comme la France ou bien comme les anciens colonisateurs, de garder les régions comme les domaines d’influence ; nous voulons renforcer la coopération des pays africains, pour renforcer la puissance de l’ensemble des pays en développement.

Selon vous, qu’est-ce qui empêche la fin du terrorisme au Sahel, alors que plusieurs armées sont engagées ?

Notre politique étrangère, c’est de faire de notre mieux, de notre côté. On ne juge pas les autres et les résultats des autres coopérations. Sur la question sécuritaire, nous pensons que ce n’est pas une question militaire. Il y a des problèmes religieux, de développement, etc. Pour résoudre le problème, il faut résoudre le problème de développement. Donc, la coopération militaire représente une partie. C’est pourquoi la Chine veut aider les Burkinabè dans le renforcement de la capacité militaire et dans le développement.

Quelles sont vos ambitions militaires, alors qu’on parle de votre base militaire à Djibouti et des navires dans l’Océan atlantique, dans les côtes africaines ?

Il faut comprendre que la politique de défense de la Chine est toujours défensive et non offensive. Même à Djibouti, ce n’est pas une base réelle ; c’est un site pour offrir la nourriture et le ravitaillement aux navires qui luttent contre les pirates dans le cadre d’un convoi humanitaire. Auparavant, ils se ravitaillaient en Chine, mais c’était long. On a considéré l’expérience des pays européens, on a négocié avec Djibouti pour ouvrir ce site de ravitaillement. Il n’y pas d’ambition d’implantation de base militaire outre-mer.


Quelle sera l’issue de la crise à Hong-Kong ?

Il y a deux tendances : la première est que les citoyens ont pris conscience et quittent les rues ; l’autre tendance est que certains deviennent de plus en plus violents. Mais on a confiance pour l’avenir, on a confiance aux autorités hongkongaise.

Est-ce qu’il y a un malaise des Hongkongais quant à l’appartenance à la Chine continentale ?

Il y a une mauvaise compréhension chez une partie des citoyens hongkongais sur la mentalité d’un pays à deux systèmes. Il y a des influences venues de l’étranger qui voudraient profiter de cette situation pour perturber le développement de Hong-Kong. Mais ils comprennent aujourd’hui qu’ils ont été utilisés.

Quel est le rapport entre Taipei et la Chine continentale ?

La réunion de toute la Chine est une préoccupation de toute la population. Le gouvernement a décidé de deux pays, deux systèmes. Taipei deviendra un gouvernement territorial. C’est la vision de la Chine.

Quelles sont les est les relations entre votre pays et ses voisins japonais et nord-coréen ?

La Chine veut se réaliser en paix. On veut vivre dans l’amitié. Depuis histoire de la Chine, elle n’a jamais envahi un pays, ce sont les autres qui nous envahissent. Nous voulons développer des relations gagnant-gagnant. La Chine et ses voisins, on a des mécanismes sous-régionaux pour communiquer. La Chine a des relations harmonieuses avec ses voisins.

Votre dernier mot

La partie chinoise est satisfaite du développement, il y a la volonté de réaliser le développement dans le cadre de la relation sino-burkinabè. La coopération ne doit pas rester dans la bouche et dans les papiers. Il faut la renforcer, il faut réaliser avec les populations une coopération gagnant-gagnant.

Interview réalisée par Edouard K. Samboé

Lefaso.net





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