Cameroun: Benoit Coquelet, président de l’AFCAS – « C’est le début de la révolution agricole pour la SOSUCAM »


Les technologies de pointe dans l’agriculture arrivent au Cameroun. Il y est question de démontrer leurs importances dans l’amélioration de la productivité. C’est à cet effet que l’Association française de la Canne à Sucre (AFCAS, fondée en 1983) organise un atelier d’imprégnation de 3 jours : les 19 et 20 dans l’usine de la Société sucrière du Cameroun (SOSUCAM) de Mbandjock (département de la Haute-Sanaga, région du Centre) et le 21 novembre 2019 à Yaoundé, capitale du Cameroun. Le thème retenu est fort évocateur : « Agriculture : les solutions digitales sur le terrain ». Au terme du premier jour des travaux, le président de L’AFCAS, Benoit Coquelet, accorde une interview à Camer.be. A l’aune des performances agricoles, il vend bien le projet. Ses perspectives rassurent à plus d’un titre.

Quel est l’objectif de cet atelier ?

L’objectif de cet atelier est de partager des connaissances, des technologies et des innovations dans le secteur de l’agriculture. Ce partage en règle générale, a souvent lieu à Paris (France) et dans des grandes salles des pays du Nord. L’idée était de l’organiser dans des pays du Sud. A travers ces présentations, retirer le caractère sacré à ces technologies, puisqu’elles évoluent très rapidement. Il n’y a dont pas de raisons que des pays du Sud du Sahara ne profitent pas de ces technologies. Ils y en ont un grand profit à tirer.

En quoi est-il nécessaire de digitaliser des exploitations agricoles ?

C’est un terme qui se veut très large. L’idée c’est que les agriculteurs disposent d’un certain nombre de données. Les premières données ce sont des hommes qui parcourent les champs et recueillent des données. Ces données ne sont pas suffisamment valorisées. Les technologies modernes permettent de les valoriser. Ensuite, il faut les raccrocher à travers des nouveaux outils, des images satellitaires, des photos via les drones, les avions, et autres moyens qui sont à la portée des agriculteurs.

Comment capitaliser ces technologies pour l’Afrique ?

L’Afrique a un potentiel gigantesque de croissance, de productivité. La productivité est faite aujourd’hui avec des moyens qui souvent sont limités. La digitalisation donnera des moyens supplémentaires aux agriculteurs. Nous avons une présentation avec des images satellitaires dans des zones maïs et coton des exploitations de la partie septentrionale du Cameroun (Nord et Adamaoua).Si les agriculteurs bénéficient d’un certain nombre d’informations : savoir à quelle date ils doivent planter, à quelle date ils doivent apporter de l’engrais et quelles zones sont atteintes de maladie, vous allez voir que leur productivité va décupler et l’Afrique au lieu de se retrouver importatrice, va se retrouver exportatrice.

Quel est l’état des lieux de la solution digitale à la SOSUCAM ?

La SOSUCAM se veut un pilote de l’agriculture camerounaise. De nombreux chantiers y ont été engagés. Le premier c’est à travers l’utilisation du GPS dans les plantations. C’est-à-dire aujourd’hui, de la préparation des sols, jusqu’à la récolte en passant par l’application des engrais, tout est conduit par GPS. On est dans une zone humide. Le problème majeur est celui de la compaction et de l’érosion des sols. En récoltant par GPS, on limite considérablement la compaction et les pertes de matières organiques intéressantes pour les cultures. On est donc dans l’optimisation. Ce n’est pas un projet à implémenter dans 10 ans, c’est réel à la SOSUCAM, au Cameroun. Toute la plantation est numérisée. Nous avons montré une présentation sur des outils de résistivité qui permettent de cartographier les sols.

Le capital principal d’un agriculteur c’est la terre. La cartographie de ces sols et de ces terres, c’est un des points les plus importants pour les agriculteurs. Ce travail est fait à la SOSUCAM. Le GPS, la cartographie les sols, demain c’est la modulation. Cela veut que là où vous avez besoin d’un fertilisant vous l’apportez. Là où vous en n’avez pas besoin, vous êtes capable directement de ne pas l’apporter. Nous avons un avion de traitement aérien équipé d’appareil photo qui permet de prendre les photos de toute la plantation et permet de voir là où il y a des maladies et là où il y a des insuffisances de calages et là où il est nécessaire de faire des travaux de récurage. Nous avons fait un premier essai de travail avec l’intelligence artificielle il y a une semaine. C’est le début de la révolution pour la SOSUCAM et c’est le début de la révolution pour l’agriculture camerounaise et pour l’agriculture en général. On dispose énormément de données, la façon d’agglomérer ces bases de données avec l’intelligence artificielle, va nous permettre de conduire au mieux la plantation et là encore, d’obtenir des gains de productivité très importante.

Ces technologies vont-elles permettre d’améliorer le rendement de la SOSUCAM qui est de 124 000 tonnes, à la fin de la campagne sucrière dernière, sans compter que la demande nationale est estimée à 200 000 tonnes, dont un gap de plus 70 000 tonnes à combler?

Bien entendu. On va les améliorer. Mais la digitalisation ne fait pas toute seule. Si la météo est bonne, la récolte sera bonne. Si elle n’est pas bonne, vous avez les moyens de limiter des facteurs gênants par l’irrigation. Nous avons les premiers 1000 hectares irrigués par la SOSUCAM. On ne le fait pas par intérêt purement intellectuel. L’objectif c’est d’améliorer la productivité, d’améliorer la production, d’améliorer le rendement et de satisfaire 100% du marché camerounais et on y arrivera.

Comment vous avez opéré le casting aussi bien des exposants que des participants

En dehors d’être président de L’AFCAS, je suis Directeur Général de la SOMDIAA (Société d’Organisation de Management et de Développement des Industries Alimentaires et Agricoles). Notre métier c’est l’agriculture, c’est le développement agricole et c’est la valorisation industrielle des produits agricoles. On est très présent au Cameroun. C’est notre corps de métier : être au courant de tout ce qui se passe aujourd’hui dans le monde de l’agriculture et au niveau technologique. Nous avons ces contacts. C’est un petit monde, les gens se connaissent, ils se parlent. Cela a été relativement aisé de mobiliser tous ces gens. Il fallait leur vendre un projet. Le projet du Cameroun leur a plu. C’est ainsi qu’ils ont tous répondu présents. Le tour de table que j’ai fait montre qu’ils sont particulièrement contents. Au niveau des participants, l’AFCAS est une association assez ancienne, on essaie de l’animer avec des sujets intéressants. On a mobilisé notre carnet d’adresse et on l’a fait savoir par des médias et dans des réseaux sociaux, qu’il y avait un événement au Cameroun et ils ont répondu présents.



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