Cameroun: Une saison à Bafoussam


J’y arrive toujours le cœur battant, depuis la première fois que j’y avais mis les pieds au mois de janvier 1964. Mon père, jeune Inspecteur de la Jeunesse et des Sports, rentrait de France pour sa formation (ma mère et moi l’y avions rejoint en 1961), et avait été nommé patron à Dschang du Centre Régional d’Education Physique et Sportive, CREPS, ancêtre de l’INS, puis de l’INJS, en remplacement du Blanc qui le dirigeait alors, un Français, et en même temps patron de la Jeunesse et Sports dans la région de l’Ouest.

Le chef-lieu de région venait d’être muté de Dschang à Bafoussam, mais nombre de services n’avaient pas encore déménagé, dont la Jeunesse et Sports. Bafoussam à l’époque, comme du reste la quasi-totalité des villes du pays, à l’exception malgré tout de Douala, était une ville toute poussiéreuse, et de ce fait, toute rouge. Il n’y avait pratiquement pas de route goudronnée. Nous avions déjeuné à midi chez le capitaine Semengue Pierre, camarade de classe de ma mère à l’école primaire à Lolodorf, en guerre contre les « maquisards » dans la région.

En fait, venant de Douala, nous devions, après Nkongsamba, rejoindre directement Dschang, par la plaine de Mboo, à partir de Melong. Mais, par précaution, mon père s’était rendu à la Préfecture pour demander conseil. Le Préfet, épouvanté, avait posé les mains sur la tête et lui avait demandé : « vous avez assez de vivre ? Hein ? Ils (les maquisards) vont vous égorger avec toute votre famille !!! Passez par Bafoussam, là au moins c’est un peu plus sûr … » Nous étions arrivés à Dschang dans l’après-midi, étions allés signaler notre venue au Préfet Keutcha Jean, ainsi qu’il était demandé à tous les fonctionnaires, compte tenu des « maquisards », de le faire afin qu’ils soient protégés par l’armée et la gendarmerie… Etre affecté à l’époque à l’Ouest, c’était, au regard de la violence qui y régnait, un peu comme être affecté de nos jours à Mamfé, Kumba, Wum, Nkambé, Bengwi, etc., où règnent les égorgeurs sécessionnistes. De nombreux fonctionnaires refusaient d’y aller …

Depuis, le « maquis » a cessé, et je suis retourné plusieurs fois à Bafoussam, où j’ai des amis et de la famille. J’y ai toujours passé du bon temps. Je vais souvent à Mbouda, où j’ai également de la famille au quartier Babissengué, non loin de UCCAO.

Le mois dernier, de passage au Cameroun, j’y suis de nouveau allé. Que la ville a changé, depuis mon dernier séjour avec mon regretté copain Gonda Nounga Jean-Pierre du MANIDEM, au mois de juillet 2011 ! Je l’ai trouvée en pleine renaissance, de nombreuses routes que j’avais laissées totalement délabrées, sont entièrement réhabilitées, bitumées. Elles faisaient plaisir à voir, en me souvenant de ce qu’elles venaient d’être quelques années auparavant. Les travaux de la CAN sont en train de transformer la capitale de l’Ouest. Tant mieux !!!!

MAIS, J’Y AI TROUVE DE NOUVEAUX « MAQUISARDS »…

Les « ambaboys », ces égorgeurs impénitents venus du Nord-ouest, y règnent. Ils téléphonent aux gens. Leur exigent de « contribuer à la lutte ». Leur demandent de payer des rançons de deux millions de Francs, sinon, ils viennent les agresser ! Ma famille de la ville, des Bamiléké, bien entendu, natifs de Babadjou, venaient de recevoir au téléphone cette effroyable sommation. « Dans deux jours, vous devez nous payer la somme de 2 millions ! Sinon, nous tuons vos enfants, point ». Panique totale. Après mille discussions, j’ai traîné ma famille à la police. Elle avait peur d’y aller. Réponse du commissaire : « c’est la 147 plainte que je reçois, je dis bien, la 147 !!! Combien de gens paient par peur !!! Il y a également des plaintes à la gendarmerie !!! Nous traquons ces bandits. Vous avez bien fait de venir déposer plainte ». Deux jours plus tard, la police est venue arrêter un « apprenti-mécanicien anglophone », non loin de ma famille. Mais, il avait déjà disparu, sans doute prévenu par quelque complice au commissariat. Voici presqu’un mois que je suis revenu du Cameroun, il n’est toujours pas réapparu …



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