Afrique Centrale: Réforme du franc CFA – Les lignes bougent


Même s’il ne figurait pas dans l’ordre de jour officiel, le débat sur l’avenir du franc CFA était dans tous les esprits à l’ouverture du sommet extraordinaire des Chefs d’Etat de la Communauté économique et monétaire de l’Afrique centrale qui vient de s’achever à Yaoundé.

Comment pouvait-il en être autrement quand on sait le rôle incontournable de la monnaie en tant qu’instrument essentiel d’échanges entre les pays membres de la Cemac engagés depuis longtemps sur le difficile chemin de l’intégration régionale. Il faut d’ailleurs relever que le débat n’est pas nouveau.

Au cours des dernières années, des réflexions ont été menées au sujet des réformes éventuelles à engager pour donner un nouveau visage au franc CFA qui doit en principe s’adapter aux exigences de la conjoncture économique mondiale et aux fluctuations subséquentes, plus de 70 ans après sa création.

Quelque peu en retrait sur la question, les pays membres de la Cemac viennent d’emprunter le train du débat déjà engagé au sein de l’Union économique et monétaire ouest-africaine (Uemoa) qui partage la même monnaie.

Sur la question monétaire plus précisément, les Chefs d’Etat ont réaffirmé leur volonté de disposer d’une monnaie commune stable et forte et ont décidé par conséquent d’engager une réflexion approfondie sur les conditions et le cadre d’une nouvelle coopération monétaire avec la France. En clair, il s’agit de revoir les règles et mécanismes qui régissent le franc CFA jusqu’ici.

Comme pour enfoncer le clou, le président Paul Biya lors du discours de clôture du Sommet a invité ses pairs à plus être plus flexibles à toute proposition de réforme visant à consolider la politique monétaire qui a permis jusqu’ici une certaine stabilité mais qui mérite un relookage en vue d’assurer les meilleures conditions pour un développement profitable à tous les pays. Le principe du débat contradictoire étant désormais acquis, il reste maintenant à savoir quels contours prendront les discussions.

Pour l’instant, aucune option n’est clairement définie. Parmi les pistes à explorer, trois hypothèses peuvent servir de bases de travail. La première s’inscrit dans la mouvance des réformes préconisées par certains économistes.

L’une des idées dans l’air du temps concerne la fixité actuelle du cours du franc CFA par rapport à l’euro qui ne correspond selon certains observateurs à aucune logique économique dès lors que les valeurs monétaires sont par nature sensibles aux fluctuations, soit pour répondre aux besoins de relance interne, soit pour faire face aux contraintes de la conjoncture internationale.

Il est donc possible d’envisager une plus grande flexibilité du taux de change pour une plus grande compétitivité des économies. L’autre mesure à préconiser pourrait concerner le rapatriement du reste des réserves de change au profit des deux banques centrales de la zone franc, dont la BEAC.

Une piste de réflexion pourrait aussi porter sur l’arrimage du franc CFA à un panier de devises internationales en plus de l’euro. Ce qui supposerait la mise en place d’un nouveau régime de change. L’autre approche, plus radicale, concerne l’abandon pur et simple du CFA.

Elle est soutenue par ceux qui estiment que malgré son rôle dans le maintien de la stabilité financière de l’Afrique centrale cette monnaie apparait par bien des aspects comme un « un frein au développement ».

Cette nouvelle approche est d’autant plus envisageable que la France, principal partenaire économique de la zone franc, s’est dite « ouverte à une réforme ambitieuse du franc CFA ». La balle est depuis lors dans le camp des principaux utilisateurs de cette monnaie.

La réflexion est d’autant plus urgente que les perspectives de l’adoption d’une monnaie commune à l’horizon 2020 par la Cedeao (dont font partie certains pays utilisateurs du CFA) pourrait entrainer d’autres bouleversements.

En reconnaissent que la politique monétaire en vigueur jusqu’ici est perfectible, les chefs d’Etat ont fait preuve d’anticipation. Le Sommet de Yaoundé aura eu le mérite de faire bouger les lignes sur une question délicate. Il revient dès lors aux experts d’orienter dans le bon sens le vent des réformes annoncée.

Entre les craintes d’un saut dans l’inconnu et la nécessité de s’adapter aux contraintes de la conjoncture économique internationale, il va falloir trouver le bon équilibre en procédant au besoin par une approche graduelle qui aurait l’avantage de préparer les principaux acteurs à mieux s’approprier et assimiler les mutations à venir.



allafrica

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