« Il n’y aura pas d’escalade » – IWACU


Sixte Vigny Nimuraba, président de la Commission nationale indépendante des droits de l’Homme (Cnidh), s’exprime sur le bilan des réalisations de ladite commission et les défis liés à la protection et la promotion des droits de l’Homme au Burundi.

Quel bilan, après 7 mois de présidence ?

Les réalisations sont réparties en tenant compte de notre mission. Concernant la protection des droits de l’homme, nous avons pu recevoir et analyser beaucoup de cas de plaintes portant sur les VBG, l’arrestation arbitraire, la détention illégale, le déni de justice, l’atteinte à la liberté, le non-respect des procédures judiciaires et la lenteur de la justice.

Nous avons fait aussi des  enquêtes sur les allégations de violations de droits de l’homme dans différentes régions du pays. Des visites inopinées dans les prisons pour évaluer les conditions de détention et l’état des dossiers des détenus ont été effectuées.

Dans le cadre de la promotion des droits de l’homme, des ateliers et formations ont été organisés. Et des recommandations ont été formulées à l’endroit des institutions étatiques.

Il s’observe des cas d’intolérance politique ici et là à travers tout le pays. Est-ce que vous  ne craignez pas une escale de la violence pendant les élections de 2020 ?

Non. Mais nous plaidons pour que les gens comprennent que la diversité des couches sociales et politiques,   fait la beauté de notre pays.

Tout le monde est sensibilisé. Il n’y aura pas d’escalade. On est en train de voir comment multiplier les séances de sensibilisation à l’intention des différents groupes. Nous continuons à demander aux autorités, aux leaders des partis politiques de donner des messages d’apaisement.

Qu’est-ce que vous recommandez aux jeunes affiliés aux partis politiques qui s’adonnent à la violence ?

Nous leur disons qu’ils soient conscients des actes posés. La responsabilité pénale reste individuelle. Nous leur demandons de suivre le comportement de leurs chefs. Nous les voyons boire et échanger ensemble et  ne se battent jamais. Il faut que les militants de ces formations politiques puissent suivre le comportement qu’affichent leurs chefs. Tout jeune qui s’adonnera à la violence sera puni conformément à la loi.

Des administratifs  qui s’adonnent à la torture ou malmènent leurs administrés, tel le cas de l’administrateur de Mugongomanga et celui d’un chef collinaire à Muyinga. Avez-vous déjà saisi le ministère public au sujet de ces violations ?

Chaque fois qu’on reçoit une information, on essaie de saisir qui de droit. A propos de cet administrateur, nous avons effectué plusieurs descentes sur le terrain. Nous avons mené nos  propres enquêtes et nous avons même saisi la justice pour que le cas puisse être traité. En plus, des conseils ont été prodigués aux concernés pour qu’ils puissent saisir la justice. Pour le moment, nous nous félicitons que la justice se soit saisie du cas. La fois dernière, un membre de la commission est allé suivre le procès. Cela va servir d’exemple pour les autres administrateurs. Ils doivent savoir que personne n’est au-dessus de la loi.

Bien sûr que chaque personne est présumée innocente. La responsabilité sera établie et les sanctions vont être appliquées.

Il s’observe également une problématique liée à l’identification et à la poursuite des présumés auteurs des VBG, surtout en milieu rural et scolaire. Avez-vous la même observation ?

Il y a une certaine problématique liée à la coutume burundaise. D’une façon ou d’une autre, les Burundais ne sont pas habitués à parler à haute voix sur tel ou tel sujet, encore moins sur le viol considéré comme un sujet tabou. Ils préfèrent garder le silence. Mais quand nous recevons l’information, nous agissons. Souvenez-vous du cas de Kirundo où un directeur est accusé de viol envers ces élèves. Le cas est suivi avec intérêt. Mais nous ne donnons pas d’injonction à la justice. Elle reste indépendante.

Nous continuons à sensibiliser la population à toujours dénoncer les présumés violeurs, à saisir les instances judiciaires et ne pas considérer le viol comme un sujet tabou.

Votre commentaire par rapport à l’arrestation et l’incarcération des quatre journalistes du journal Iwacu.

Il faut que la loi soit respectée. Que la justice soit impartiale. Et que nul ne soit jugé à cause de telle ou telle considération. Mais personne n’est au-dessus de la loi. Si une personne est coupable, il faut qu’elle réponde de ses actes. Mais, il faut se rappeler que chaque personne est présumée innocente avant que la justice  ne se prononce.

Quel sera votre apport dans ce dossier ?

On a déjà effectué des descentes sur le terrain pour nous enquérir de ce dossier. Nous sommes les premiers à avoir plaidé pour que ces journalistes soient incarcérés dans de bonnes conditions et que le dossier soit mis rapidement dans les mains de la justice. Nous continuerons à suivre de près ce dossier.

Le mandat de la Commission d’enquête sur le Burundi a été renouvelé. Etes-vous prêt à coopérer avec  cette commission ?

On n’a jamais coopéré avec elle durant les deux années écoulées. Et jusqu’ à présent, personne ne nous a contactés. Et j’imagine qu’elle a ses raisons. La commission va décider selon l’approche qui sera utilisée ou la demande qui lui sera adressée. Mais pour le moment, il est difficile de se prononcer ou de dire qu’on est prêt à coopérer. Coopérer sur quoi ? Dans quelles circonstances ? Il y a d’autres questions qu’on doit poser.

Est-ce que vous ne ferez pas le premier pas ?

On n’a pas d’intérêt.

Est-ce que la commission a les fonds nécessaires pour bien fonctionner ?

Des défis ne manquent pas. Mais ce n’est pas alarmant. On ne peut pas dire qu’on a tous les fonds nécessaires. On essaie, autant que faire se peut, de travailler avec les moyens disponibles. Nous continuons à contacter nos partenaires nationaux et internationaux.

Comment appréciez-vous le degré de collaboration  avec les organisations nationales et internationales militant pour les droits de l’homme ?

Nous sommes en train de faire le premier pas pour renouveler le partenariat et la coopération avec différents intervenants. En matière de protection et de promotion des droits de l’Homme, on doit coopérer. Notre approche est de travailler et d’arrêter des stratégies avec les autres intervenants.

 



burundinews

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