Algérie: Propositions des candidats pour hisser la croissance hors hydrocarbures


Alger — Les cinq (5) candidats en lice à la Présidentielle du 12 décembre prochain proposent, à travers leurs programmes électoraux, une série de solutions visant à hisser le taux de croissance hors hydrocarbures, en accordant la priorité aux secteurs de l’industrie, de l’agriculture et des énergies renouvelables et en boostant de développement dans les Hauts-plateaux et le Sud.

En vue de relancer les secteurs stratégiques, les candidats à la présidence de la République émettent plusieurs propositions à l’instar de:

Industrie

Au volet industrie, le président du Mouvement El-Bina, Abdelkader Bengrina propose de se focaliser sur les industries extractive, minière, mécanique, pétrochimique, de montage et de pièce de rechange, de créer des pôles industriels compétitifs spécialisés, d’encourager la création de zones libres, de développer l’industrie manufacturière, de mettre en place un programme de développement de la production pharmaceutique et de concevoir des centres locaux pour examiner la conformité des médicaments génériques.

Il s’agit également de relancer l’industrie de récupération et de recyclage des déchets et de mener des études d’effet sur l’environnement en tant que principale condition d’investissement.

M. Bengrina prévoit, par ailleurs, d’amener la participation de la production industrielle dans le produit intérieur brut (PIB) de 5% actuellement à 20%, et hisser la contribution du secteur touristique de 2% à 4% à l’horizon 2025.

Pour sa part, le président du parti Talaie El-Houriyet, Ali Benflis s’engage à mettre en place un plan d’urgence d’ici 2024, en jetant les bases « de la réindustrialisation de l’Algérie » en vue d’accroitre une moyenne de 10% de participation de l’industrie au PIB.

Les objectifs du programme en question feront l’objet de larges consultations entre les opérateurs institutionnels et économique publics et privés, en ce sens que la stratégie de réindustrialisation sera axée sur de nouveaux pôles industriels pour le développement des secteurs où l’Algérie possède des intérêts comparatifs.

Il s’agit, en effet, des industries de l’agroalimentaire, la mécanique, l’automobile, l’électronique, l’électroménager, la chimique industrielle, la pétrochimique, la pharmaceutique, l’électrique, en sus des équipements ménagers, des engrais, la sidérurgie, le métal, le verre, les services industriels et la logistique.

M. Benflis propose, en outre, la restructuration du secteur public, la transformation du Fonds national de l’investissement en fonds souverain national accompagnant le programme d’urgence pour le renouveau économique.

Candidat indépendant à la présidence, M. Abdelmadjid Tebboune s’engage à opérer une révision générale des politiques de montage et d’assemblage industriels afin de garantir un haut degré d’intégration, à favoriser et à encourager tout investissement industriel qui utilise des intrants et des matières premières nationaux et crée l’emploi.

Abdelaziz Belaïd, président du Front El-Moustakbal, promet, lui, de créer une cartographie regroupant les pôles industriels spécialisés conformément à chaque région, tandis que le Secrétaire général (SG) du RND par intérim, Azzedine Mihoubi propose de charger les opérateurs privés de réaliser de nouvelles zones industrielles et d’élaborer un plan inclusif pour le développement de l’industrie dans certains domaines bien définis.

Agriculture

En matière agricole, M. Bengrina propose un programme technique détaillé qui se décline en 19 mesures de réforme, notamment l’adoption d’un plan d’investissement stratégique pour le modèle de production intensive de céréales dans les régions sahariennes, l’utilisation des technologies modernes dans l’irrigation et le fonctionnement des stations de dessalement d’eau à l’énergie solaire.

Le candidat du Mouvement El-Bina veut renforcer la production des fruits et légumes dans les régions du nord tout au long de l’année et celle des fruits et légumes d’arrière-saison dans les Hauts Plateaux, mettre en place de grands groupements de production animale et laitière, accélérer la mise en valeur des terres dans les Hauts Plateaux et les steppes, développer et intensifier la culture des arbres fruitiers, notamment les oliviers et les dattiers.

Il promet aussi de revoir le système des aides et des incitations financières au profit des agriculteurs et d’œuvrer à l’assainir le secteur de la spéculation.

M. Bengrina entend également renforcer les structures de stockage et de conservation par le froid des produits agricoles avec l’utilisation d’autres procédés de stockage tels que la déshydratation et le séchage, dynamiser l’agro-industrie, notamment en rapport avec la betterave, le maïs et les oléagineux, encourager l’agriculture biologique et appuyer l’apiculture et la pisciculture.

De plus, il compte créer un « système d’information de marché (SIM) » consacré aux produits agricoles qui permettrait de suivre leurs coûts de production et de transport et leurs prix au niveau des fermes, sur le marché de gros et à l’exportation, mais aussi l’impact des changements climatiques sur les récoltes.

Le prétendant à la magistrature suprême promet, par ailleurs, de porter l’apport du secteur agricole au PIB à 20% à l’horizon 2025 contre 12% actuellement.

Pour sa part, M. Mihoubi propose la révision de la politique agricole du pays pour la mise en valeur des terres inexploitées et l’amélioration de la productivité par la création d’un système de microcrédits agricoles bonifiés et l’orientation de l’activité de la Banque d’agriculture et de développement rural (BADR) exclusivement vers le secteur agricole.

Le candidat s’engage aussi à relancer le système d’assurance des revenus agricoles, partant de sa conviction que les agriculteurs ne sont pas en mesure d’assumer seuls les conséquences des risques agricoles potentiels et que la participation de l’Etat à la réassurance est une nécessité.

Qui plus est, M. Mihoubi propose de mettre en place une politique publique en direction des petits agriculteurs, de mettre en valeur les terres en jachère, de soumettre l’exploitation des eaux des nappes phréatiques à une législation propre, de soutenir davantage la production végétale et de développer la labellisation des produits algériens.

Le candidat a également l’intention de modifier la loi relative à la concession des terres agricoles pour assurer les investissements, inventorier l’ensemble du foncier agricole inexploité, doter les exploitants agricoles d’une cartographie des terres disponibles, créer un portail électronique pour l’enregistrement des dossiers de demande de concession et rendre publics les critères de sélection des exploitants agricoles.

M. Mihoubi s’engage, par ailleurs, à mettre en place des conseils agricoles régionaux chargés de définir les priorités stratégiques en matière de développement agricole et d’encadrer le partenariat international pour la création de fermes agricoles modernes.

Pour sa part, M. Tebboune propose d’engager un plan d’urgence pour la modernisation de l’agriculture afin de la rendre apte à garantir la sécurité alimentaire et satisfaire les besoins nationaux, et ce par la réhabilitation et la mise en valeur des terres agricoles, (seul ou en partenariat), dans les zones steppiques, sahariennes et les montagnes, l’assainissement du foncier agricole et la récupération des terres agricoles non exploitées, et le développement urgent de la production halieutique.

De son côté, M. Benflis promet de développer une agriculture moderne, créer des filières agricoles répondant aux besoins nationaux, d’augmenter les capacités agricoles du pays, d’œuvrer à promouvoir une agriculture concurrentiel notamment à travers la réhabilitation du foncier agricole, l’appuie à la mutualité agricole, la révision des mécanismes de financement de la Caisse Nationale de Mutualité Agricole (CNMA) et la création du Conseil national de l’Agriculture et la sécurité alimentaire.

Quant à lui, M. Belaid a suggéré l’exploitation exemplaire du foncier agricole, le traitement du dossier des fermes pilotes, la régularisation des priorités et la prorogation de la durée du droit de concession agricole, et de s’orienter vers l’agriculture durable créatrice de richesse et de postes d’emploi à même de réaliser la sécurité alimentaire et créer des marchés internes et externes y afférent.

L’énergie et les énergies renouvelables

Sur le volet énergétique, M. Benflis a proposé la mise en place d’une stratégie pour redéfinir la position des hydrocarbures dans le développement national et d’un modèle national pour la consommation énergétique croissante en recourant à toutes les formes d’énergie, particulièrement les énergies renouvelables, outre la maîtrise de la consommation, la réhabilitation du Conseil national de l’énergie et la mise en place d’un contrôle parlementaire sur le secteur de l’énergie.

Cette stratégie est basée sur 4 axes, en l’occurrence la sécurité énergétique à long terme, la sauvegarde de l’environnement, la préservation de la santé des citoyens et la conservation des ressources nationales dans une perspective de développement durable.

Pour M. Benflis, le secteur des hydrocarbures demeurera une source considérable de financement pour le budget de l’Etat, estimant que la diversification de l’économie est un processus exigeant beaucoup de temps.

De son côté, M. Mihoubi a proposé la réactivation du Conseil national de l’Energies sous la présidence du président de la République, lequel définit, de manière périodique, les grandes orientations stratégiques en matière de politique énergétique.

Le SG par intérim du RND s’engage, entre autres, à lancer un programme de production de l’énergie solaire pour atteindre 5.000 mégawatts à l’horizon 2025, en accélérant les efforts à travers la réalisation de nouvelles prospections, le lancement de nouveaux projets en pétrochimie en partenariat avec de grandes entreprises étrangères et l’élaboration d’un plan de maîtrise de la consommation de l’énergie à travers l’amélioration de l’isolation des bâtisses et l’octroi de mesures incitatives pour l’acquisition d’un matériel efficace du point de vue rentabilité énergétique.

Mihoubi promet la généralisation du Gaz de pétrole liquéfié (GPL) et du Gaz naturel liquéfié (GNL) comme carburant propre et économique et la prise en charge totale par l’Etat des dépenses d’équipement des véhicules particuliers en GPL.

De son côté, Bengrina promet de développer l’énergie thermosolaire qui constitue un choix stratégique, l’Algérie étant la plus importante source thermique dans le bassin méditerranéen et l’une des plus importantes sources au plan mondial, en œuvrant à augmenter le taux des énergies renouvelables dans le mix énergétique à 65 % contre 25% seulement pour le gaz d’ici 2025.

A cet effet, le candidat s’engage à mettre en place un plan d’action global dans ses aspects technique, environnemental et celui lié à l’industrie financière, avec un agenda clair, pour concrétiser un projet de centres de production intense de l’énergie thermosolaire concentrée et stations d’énergie hybride pour la production de l’électricité à travers l’utilisation du gaz et de l’énergie solaire dans le sud, tout en œuvrant à dynamiser la diplomatie économique pour tracer des programmes de coopération et de partenariat régionale et bilatérale et attirer les investissements en énergies renouvelables.

La priorité sera accordée à l’investissement dans ce domaine pour un financement par des entreprises financières internationales et régionales, ce genre de projets s’inscrivant dans le cadre des dimensions du développement durable, stipule le programme de M. Bengrina qui promet de soumettre les projets des stations solaires à la concurrence nationale et extérieure et d’évaluer et valoriser la performance des centres d’énergie solaire et éoliennes réalisés.

Dans ce même cadre, Bengrina s’engage à augmenter la couverture de la demande intérieure sur l’énergie thermosolaire à moyen terme et à développer la croissance des industries pétrochimiques, en préservant la part de marché en hydrocarbures.

Pour sa part, M. Tebboune entend promouvoir la production de l’énergie fossile et renouvelable (solaire et éolien) avec ambition d’exporter à travers, la mise en œuvre d’une transition énergétique, basée sur l’efficacité énergétique et les énergies renouvelables, qui répond à la demande de consommation interne et ambitionne l’exportation de l’énergie en tant que vecteur de diversification des exportations hors hydrocarbures.

Il s’agit également de procéder à une révision de la politique des subventions généralisée dans le cadre d’une approche ciblée, d’équité et d’efficacité, de développer un partenariat privé national / privé international avec SONELGAZ dans le développement des énergies renouvelables, encourager l’utilisation de ces énergies dans le secteur économique par des mesures incitatives et dans l’éclairage publique, outre la généralisation des nouvelles techniques d’économie de l’énergie, dont notamment les systèmes d’éclairage intelligent et les capteurs, tant au niveau des ménages, des administrations que du secteur économique.

L’appui au développement local et au Sud

Le candidat Azzedine Mihoubi a lancé, dans ce sens, « Rêve du Sahara », un programme de développement dédié au grand Sud portant création d’une agence national pour le développement du Sahara et du grand Sud chargée de l’orientation des investissements dans cette région et du parachèvement de la route transsaharienne Alger-Lagos et la réalisation des zones libres dans les régions frontalières.

Ce programme comporte également la réalisation de nouvelles villes, la relance du barrage vert, la réalisation du gazoduc Alger-Lagos tout en le liant avec un réseau d’exportation vers l’Europe, outre la promotion du tourisme saharien et l’organisation des manifestations culturelles et sportives comme le rallye Sahara.

Dans le même contexte, M. Mihoubi a promis la réalisation d’annexes de l’institut algérien du pétrole (IAP) dans les villes du Sud, en sus des réseaux de proximité pour la production de l’électricité à l’aide des énergies renouvelables.

Concernant le développement local, M. Benflis propose la création des pôles économiques visant la mise en valeur des spécificités et les avantages économiques de chaque région, la création d’un ministère pour l’aménagement du territoire et le développement régional chargé de réunir les moyens à même de remédier au déséquilibre régional et la mise en œuvre de programmes spéciaux et les fonds dédiés au Sud et Hauts-plateaux en les intégrant dans une stratégie globales pour rééquilibrer le développement régional.

Quant à M. Belaid, il promet de conférer un rôle pionnier à l’investissement dans les mégaprojets du grand Sud en vue de valoriser les ressources disponibles, tandis que Tebboune s’engage à lancer un programme globale pour appuyer le développement local dans le pays.



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