Congo-Kinshasa: Projet Inga 3 – La Corap saisit le chef de l’Etat


La coalition d’organisations non gouvernementales a adressé, le 25 novembre, une lettre ouverte au président de la République, Félix Antoine Tshisekedi Tshilombo, dans laquelle elle fait part de ses inquiétudes par rapport à la mise en œuvre du projet qu’elle considère à grand risque pour le pays et sa population.

La Coalition réformes action publique (Corap), tout en saluant l’engagement du chef de l’État à développer le secteur de l’électricité, avec une vision d’atteindre au moins 30% d’accès d’ici à 2023, fait constater, s’agissant du projet Inga 3, qu’énormément du temps s’est écoulé et le contexte de ce projet a beaucoup évolué en apportant des changements. Malgré cela, relève-t-elle, aucune intention positive n’a été enregistrée des autorités en charge du projet dans la prise en compte des revendications légitimes de la population congolaise, en général, et celle des communautés locales qui seront impactées par celui-ci, en particulier, comme c’est le cas de celles d’Inga, de Luozi, de Matadi et de Boma.

La plate-forme rappelle, en outre, qu’autre fois, elle avait conditionné son appui au projet par des réponses aux préoccupations de la société civile en ce qui concerne l’accès de la population à l’information, l’implication réelle de la société civile et des communautés locales à tout le processus, la réalisation des études d’impacts environnementaux et sociaux, le dédommagement des victimes de Inga I et II ainsi que la révision du quota réel d’énergie à attribuer à la population.

Une mauvaise gouvernance du projet Inga 3

Ses préoccupations n’ayant pas encore trouvé des réponses, la Corap se dit surprise de constater, une fois de plus, que l’Agence pour le développement et promotion d’Inga (ADPI-RDC), était une structure de plus. Les organisations membres de cette plate-forme estiment, en effet, que cette structure, rattachée à la présidence de la République, contribue à la mauvaise gouvernance du projet Inga 3, de par son texte constitutif qui est l’ordonnance n°18-004 portant dispositions complémentaires relatives à son statut, à son organisation et à son fonctionnement. « Ce texte ne prévoit pas expressément un organe qui servira de cadre de concertation entre les parties prenantes, tel qu’il est prévu dans les attributions de cette agence », ont-elles noté.

La Corap rappelle au chef de l’Etat que l’article 9 de ce texte indique que le directeur général de l’ADPI-RDC pouvait consulter un certain nombre d’acteurs. Mais, cette coalition regrette l’absence des communautés locales, des élus nationaux et d’autres membres du gouvernement, parmi les acteurs cités dans l’ordonnance. Ce qui, selon elle, viole notamment l’ordonnance n° 18-004 portant dispositions complémentaires relatives au statut, à l’organisation et au fonctionnement de cette agence ainsi que l’accord de Cotonou en ce qui concerne la consultation, l’implication des communautés locales et de la société civile dans un projet d’une si grande importance.

Une opacité entretenue

Les organisations membres de la Corap disent avoir comme l’impression que cette l’Adepi-RDC était un outil mis en place pour « entretenir l’opacité autour du projet Inga 3 », parce que dans sa configuration, elle ne peut favoriser la transparence et la redevabilité, vu qu’elle ne prévoit pas un cadre multipartite pour prendre les avis de chaque partie. La Corap a aussi l’impression que cette structure n’est pas à la hauteur des tâches qui lui sont confiées, « parce qu’une des grandes missions qui lui sont assignées est la réalisation des études d’impacts environnementaux et sociaux au préalable, chose qui n’a pas été faite jusqu’à ce jour ». Cette situation se justifierait, d’après cette coalition, par le fait que le pays n’est pas encore prêt à développer un si grand projet comme Grand Inga, en commençant par Inga 3.

Un débat public souhaité

La Corap, qui se questionne sur la finalité de ce projet et son format : 4800 ou 11050, fustige le fait que le gouvernement congolais ne se prononce à propos qu’à l’extérieur du pays, ne se préoccupant pas d’organiser un débat public à l’attention des acteurs nationaux, notamment les communautés locales, la société civile, les scientifiques et les autres élites du pays. Elle pense donc que le projet Inga n’est pas opportun, estimant que le problème n’est pas lié au format mais plutôt à plusieurs aspects qui ne donnent pas de garanties et qui poussent la société civile à demander dans l’urgence son arrêt.

Pour soutenir sa position, la plate-forme brandit come preuves l’inexistence des études d’impacts environnementaux et sociaux ; l’inexistence d’un plan de délocalisation et réinsertion pour plus de trente-sept mille membres des communautés qui seront déplacées du site d’Inga ; la dette, parce que le partenariat public-privé sous le mode BOT ne garantit pas que le pays en sera épargné. Sa position est également motivée par l’opacité qui entoure le projet (pas des voix d’accès à l’information, pas de documents en circulation) ; la violation des droits des communautés et de l’accès à l’électricité garantis par la Constitution en son article 48.

Face à ce constat, la Corap a tenu carrément à demander au chef de l’Etat de stopper le développement du projet Inga 3, qu’elle trouve mal planifié, indiquant qu’il existe plusieurs opportunités pour booster le développement du secteur de l’électricité dans le pays, à travers les micro-barrages tel que le démontre l’atlas sur les énergies renouvelables. « Une telle orientation sera bénéfique pour le pays, parce qu’elle soutiendra le développement à la base et découragera l’exode rural », a-t-elle souligné.

Des priorités pour booster le développement du pays

En termes de priorité pour le développement du secteur de l’électricité, la Corap a suggéré que le président de la République se rassure de l’élaboration d’une politique nationale énergétique et d’une planification énergétique ; encourage et pousse le gouvernement à financer le développement des autres formes d’énergies renouvelables, le cas des énergies solaires, des micro-barrages et autres, pour soutenir le mix énergétique ; et s’assure que toutes les initiatives sont intégrées dans une stratégie d’interconnexion, en termes des pools énergétiques. Elle suggère, en définitif, que le chef de l’Etat organise, à la demande des communautés locales d’Inga sous l’accompagnement de l’ONG Adev, une rencontre avec les organisations de la société civile impliquées dans le monitoring du projet Inga 3 et les communautés locales d’Inga qui seront impactées par le projet, pour échanger sur les avis et considérations.



fianncieafrique

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