Burkina : 150 villages de la Sissili disent non aux violences faites aux enfants


Une lame détruite et un foulard blanc jetés à terre. Par cet acte symbolique, les populations de 150 villages des 7 communes de la province de la Sissili se sont engagées publiquement ce jeudi 27 novembre 2019, à abandonner la pratique du mariage d’enfants, de l’excision et des violences faites aux enfants. Cette déclaration publique entre dans le cadre du projet « Consensus communautaire pour mettre fin au mariage d’enfants, à l’excision et pour la protection effective des enfants dans la région du Centre-Ouest », initié par l’ONG Mwangaza Action, avec l’appui de l’UNICEF.

Au Burkina, une femme sur dix est mariée ou est en union avant l’âge de 15 ans ; une sur deux avant 18 ans. Certaines de ces victimes auraient subi préalablement des mutilations génitales féminines dont l’excision. Ces pratiques persistent au Burkina malgré la ratification d’un certain nombre de textes et d’accords internationaux relatifs aux droits de l’enfant.


En effet, dans le contexte africain, où la violence sur les enfants est parfois utilisée dans un sens éducatif, le préfet de Léo, Moctar Ilboudo, représentant le haut-commissaire de la province de la Sissili, confie : « Décider d’abandonner ces pratiques qui font partie des normes sociales ne dépendent pas uniquement de nos propres préférences individuelles, ni des attentes des uns vis-à-vis des autres au sein de la communauté. C’est aux communautés elles-mêmes de décider d’abandonner ces pratiques de façon à ce qu’aucun enfant ne soit désavantagé et qu’aucune famille ne se retrouve exclue ».


Dans la province de la Sissili où ces pratiques ont une prévalence assez élevée, le coordonnateur de Mwangaza Action, Roger Thiombiano, soutient que l’ONG et son partenaire UNICEF, ont jugé nécessaire, dans le processus de choix de leur intervention, d’apporter leur contribution dans la résolution de ces problématiques que sont le mariage d’enfants, l’excision et les différentes violences faites aux enfants.


D’où le projet « Consensus communautaire pour mettre fin au mariage d’enfants, à l’excision et pour la protection effective des enfants dans la région du Centre-Ouest », qui entend renforcer les capacités d’autoprotection des enfants et des jeunes, et faciliter l’émergence des communautés engagées en faveur de l’abandon du mariage d’enfants, de l’excision et des violences faites aux enfants. Ce, à travers une démarche de communication pour un changement social et de comportements.


Dans la pratique, souligne Brigitte Yaméogo, chargée de programmes à Mwangaza Action, il s’agissait d’outiller les populations pour qu’elles deviennent de véritables agents de changement contre ces violences faites aux enfants. Entre l’animation des espaces pour adolescentes et adolescents pour le renforcement de leur capacité d’autoprotection et d’estime de soi, le plaidoyer à l’endroit des décideurs communautaires, l’éducation parentale pour la prise en charge des enfants victimes de violences, la communication pour le changement social et comportemental pour l’abandon de l’excision et pour repousser l’âge du mariage, Brigitte Yaméogo clame que des acquis significatifs ont été engrangés.


Au titre des résultats enregistrés, elle note entre autres, la formation de 17 animateurs, 2 superviseurs et une cheffe d’équipe sur la problématique du mariage d’enfants, de l’excision et des violences faites aux enfants, la mise en place de 600 espaces sûrs (300 clubs de garçons et 300 clubs de filles), le recensement de 6607 filles âgées de 0 à 9 ans en vue de les protéger contre l’excision.


Au titre des acquis, poursuit Mme Yaméogo, figurent également, 651 causeries éducatives au profit de 17 715 personnes, la formation de 300 imams sur l’utilisation d’un guide de prêche sur le mariage d’enfants, la prise en charge de 139 enfants vulnérables par les services sociaux , la mise en place de 150 cellules de veille dans les villages ayant fait des déclarations publiques pour l’abandon du mariage d’enfants et de l’excision , l’enregistrement de 1500 enfants à l’état civil et la mise en place d’un comité de suivi de projet dans la province de la Sissili.


« Nous n’allons plus tolérer ces pratiques »

A l’instar des enfants, les représentants des différentes confessions religieuses des communes de Bieha, Boura, Léo, Nebielianayou, Nahouri, Tô et Syli, se sont succédé à la tribune pour dire non aux différentes violences faites aux enfants. Consciente que l’engagement public de ce jour nécessite un suivi pour une réussite du projet, Brigitte Yaméogo note : « Nous ne pouvons pas dire que nous avons mis fin à ces pratiques dans la communauté, c’est un engagement qui a été pris par les populations et nous allons poursuivre avec des activités de soutien pour aider les gens à maintenir leurs décisions ».


En tout cas, le chef de canton de Léo, Léo Pio, a donné sa parole : « Nous n’allons plus tolérer ces pratiques dans nos communautés. Avec fermeté, nous veillerons à ce qu’il soit respecté. Il sera mis en place un comité coutumier de surveillance au niveau de chaque village pour veiller à cela ».

La présente cérémonie a été marquée par une remise symbolique d’actes de naissance aux enfants et de registres aux imams des 7 communes de Léo.

Nicole Ouédraogo

Lefaso.net





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