Congo-Brazzaville: Livre – « Les blessures du silence » de Yolande Makagasana


Un essai, un recueil de témoignages des survivants et des bourreaux du génocide rwandais ; quatre-vingt paroles des êtres humains victimes de la haine et de l’idéologie de la division, archives du siècle infini. L’ouvrage de l’écrivaine rwandaise qui fait écho est plusieurs fois référencé dans le cadre de l’étude sur le génocide rwandais.

Yolande Makagasana a rompu le silence qui entoure le génocide rwandais de 1994 à travers son livre. Victime des massacres qui ont dévasté son pays, survivante du génocide, elle a perdu les siens, notamment ses enfants, son mari, son frère et ses sœurs, ses cousins et ses amis, cachée pendant onze jours chez une voisine. Elle a, en effet, décidé de témoigner pour que l’on ne puisse plus taire ce qui s’est passé et pour permettre également que les enfants ne soient pas à leur tour victimes des massacres. Dans ce livre, l’auteure met en cause la responsabilité de l’Etat et de l’armée française dans la préparation et la mise en œuvre du génocide tutsi. « Nous, quand on a crié au monde entier qu’on allait nous exterminer, le monde a gardé le silence », a-t-elle expliqué dans don ouvrage.

Ce livre de Yolande Makagasana est destiné à combler cette lacune sur ce massacre, chaque témoignage est soutenu par la photographie du rescapé ou du prisonnier dont les propres sont rapportés. Les photos d’Alain Kazineriakis, qui s’est rendu avec l’auteure sur les collines, dans les villes et les prisons rwandaises, donnent à ce livre une dimension particulière. Les clichés saisissants réveillent les instincts pour conjurer le malaise que provoquent ces récits où le lecteur est souvent tenté de scruter avec perplexité chaque trait de chaque visage. « A ce moment, l’idéologie prenait le dessus sur l’humanité. Les génocidaires disent qu’ils n’étaient plus eux-mêmes, qu’ils étaient victimes de tout ce qu’on leur a mis en tête. Mais alors, pourquoi torturer avant de tuer ? Pourquoi faire tant de mal », s’interroge l’auteure.

Les faits racontés dans « Les blessures du silence » n’ont jamais été rapportés nulle part ailleurs auparavant. Les témoignages qui, sans grandes analyses et théories, éclairent cette question qui reste néanmoins sans réponse finale, à savoir comment des êtres vivants ont-ils pu en arriver là en tuant leur semblable ? Et pourquoi d’autres ont-ils été capables de résister à la pression ?

Ainsi, pour l’auteure, si le silence perdure, l’horreur peut se produire, là et ailleurs. A travers ce livre, elle veut aider les survivants à parler, comprendre ce qui s’est passé, rendre un visage et une identité à ceux qu’on avait déshumanisés pour mieux les faire disparaître. Remettre des visages sur ce génocide dont on n’avait rien vu venir, dont on n’avait montré que le spectaculaire désastre qui l’avait suivi, le choléra dans des camps de réfugiés.

Infirmière et anesthésiste pendant dix-neuf ans au centre hospitalier de Kigali, puis infirmière en chef d’un dispensaire privé qu’elle avait ouvert dans la même ville, Yolande Makagasana a publié deux ouvrages autobiographiques : « La mort ne veut pas de moi », paru en 1997, et « N’aie pas peur de savoir », édité en 1999. Elle a aussi publié des comtes et coécrit, avec Jacques Dulcuvellerie et le groupov, la pièce de théâtre « Rwanda 94 ».



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