Au coin du feu avec Francis Rohero – IWACU


Dans le Burundi traditionnel, le soir, au coin du feu, la famille réunie discutait librement. Tout le monde avait droit à la parole et chacun laissait parler son cœur. C’était l’heure des grandes et des petites histoires. Des vérités subtiles ou crues. L’occasion pour les anciens d’enseigner, l’air de rien, la sagesse ancestrale. Mais au coin du feu, les jeunes s’interrogeaient, contestaient, car tout le monde avait droit à la parole. Désormais, toutes les semaines, Iwacu renoue avec la tradition et transmettra, sans filtre, la parole longue ou lapidaire reçue au coin du feu. Cette semaine, au coin du feu, Francis Rohero.

Votre qualité principale ?

L’amour du prochain. Je ne supporte pas voir les gens souffrir. Ceci pour vous dire qu’à chaque instant, je cherche à résoudre les problèmes des autres.

Votre défaut principal ?

L’impatience. Des fois, il m’arrive de me mettre en colère quand quelqu’un me fait trop attendre.

La qualité que vous préférez chez les autres ?

La joie, l’ambiance. J’adore voir les autres heureux et profiter de la vie.

Le défaut que vous ne supportez pas chez les autres ?

L’égoïsme, la cupidité, la recherche à tout prix de l’intérêt personnel.

La femme que vous admirez le plus ?

Mère Térésa, un exemple de l’amour du prochain.

L’homme que vous admirez le plus ?

Martin Luther King, un exemple de détermination dans la non-violence.

Votre plus beau souvenir ?

La naissance de mon fils en 2001.

Votre plus triste souvenir ?

Ne pas avoir connu mon père. D’après ses contemporains, il était un homme très joyeux et amusant.

Quel serait votre plus grand malheur ?

Mourir sans avoir vu une génération burundaise plus consciente. Vieillir en entendant encore dans les médias des hommes et des femmes qui pensent que leurs ethnies valent plus que leur nationalité. Bref, partir pour de bon, sans avoir vu une alternative capable de dire non à cette hérésie politique.

Le plus haut fait de l’histoire burundaise ?

La fondation de la Nation burundaise par le premier roi, Ntare Rushatsi. Un acte fondateur, car il a pu fédérer les petits royaumes.

La plus belle date de l’histoire burundaise ?

Le 1er juillet 1962, l’indépendance du Burundi.

La plus terrible ?

Toutes les dates où un Burundais meurt à cause de l’intolérance politique, de ce qu’il est, de ce qu’il pense (ethnie, opinion, etc). C’est terrible! Parce que la haine ne peut s’ériger en mode de vie.

Le métier que vous auriez aimé faire ?

L’architecture. J’aime dessiner, j’adore les belles villes, les constructions ingénieuses, les routes et les ponts, l’aménagement du territoire.

Votre passe-temps préféré ?

La Télévision, surtout quand il s’agit des documentaires économiques et de sport de compétition.

Votre lieu préféré au Burundi ?

Les bordures du lac Tanganyika.

Le pays où vous aimeriez vivre ?

Sans aucun doute le Burundi.

Le voyage que vous aimeriez faire ?

Survoler le monde et admirer la géographie mondiale qui me fascinait durant mes études secondaires : l’Amazonie, les océans polaires, l’Himalaya, la Sibérie. Bref, visiter toutes ces cités qui sont le berceau des grandes civilisations millénaires.

Votre rêve de bonheur ?

Voir un Burundi réconcilié.

Votre plat préféré ?

Le poisson frais du lac Tanganyika sous toutes ses formes.

Votre chanson préférée ?

La musique douce me va. Cela étant, je n’ai pas de chanson particulière.

Quelle radio écoutez-vous ?

Plusieurs radios. Au quotidien, je change de fréquences à tout moment selon que je veux les journaux ou la musique.

Avez-vous une devise ?

Je dirais oui : « Etre frère de tous ».

Votre souvenir du 1er juin 1993

Une joie immense, un espoir que le Burundi n’allait plus reculer, une conviction que l’avenir, dès cet instant, nous ferrait oublier le passé.

Votre définition de l’indépendance ?

C’est quand le peuple est heureux quand il est gouverné par ses propres fils. Sinon à quoi bon d’être indépendants si les populations doivent souffrir et fuir leurs pays à cause des intolérances fondées sur les moindres diversités culturelles, religieuses, professionnelles, géographiques et morales.

Votre définition de la démocratie ?

Croire juste au fond de soi que l’autre a exactement besoin de tout ce dont tu as besoin et qu’il ne doit pas lutter pour l’avoir, mais que l’on peut se l’offrir mutuellement.

Votre définition de la justice ?

Une mise à découvert de la vérité et uniquement de la vérité. J’ai horreur d’une procédure judiciaire qui se soucie de consoler les victimes en fabriquant des bourreaux probables sans pouvoir rétablir la vérité.

La  nouvelle  Constitution vous convient-elle ?

Laquelle ? On en a deux ! Je crois plus en moi et aux idées qui rassemblent un peuple avant de juger n’importe quelle loi. Une loi ne peut pas être une barrière tant qu’un peuple est conscient de son avenir et qu’il est déterminé à atteindre son objectif.

Pourquoi avez-vous choisi de vous présenter en tant que candidat indépendant ?

Parce que je crois en une relation entre un peuple et un leader, et non à un nom et à des insignes. Parce que je veux quelque chose d’inédite et quitter le moule. Et surtout parce que j’aime les challenges : entrer en profondeur en parlant des idées du salut public et éviter de mobiliser la population sur les erreurs des autres, leur habillement, les noms qu’ils se donnent, les différences corporelles ou historiques. Je veux prendre le temps de convaincre chaque burundais sans lui donner une casquette et un parti, sur son éducation, sa santé, son habitat, son travail, son revenu, son accès au crédit, ses droits élémentaires, sa liberté et son épanouissement, sa retraite et sa précarité… Et dans ce cas de figure, il n’y a pas de différence avec les autres Burundais pour que je les distingue en leur promettant le meilleur si les autres coulent. Après soixante ans d’expérience des partis politiques, les burundais peuvent comprendre que leur véritable réussite dépend en quelque sorte de la limite qu’ils s’imposeront à offrir complètement leurs esprits aux groupes qui font de l‘antagonisme un mode de vie.

Candidat à la prochaine élection présidentielle, si vous êtes élu à la magistrature suprême, quelles seraient vos urgentes mesures ?

Les Burundais n’ont pas besoin d’urgentes mesures. Parce l’expérience aidant, ceci peut tourner en populisme après quelques lunes. Ils ont besoin d’une vision bien pensée et surtout réaliste, plus d’un homme rassembleur. Je suis de ceux qui pensent que tout ce qui a été dit comme étant un problème politique n’est que conséquence malheureuse d’un manque de leadership pouvant donner une vision économique qui sert le Murundi afin qu’il cesse de croire que son bonheur ne sera possible que si les autres sont à son merci.

Croyez-vous à la bonté humaine ?

Absolument! Même ceux qui parlent de Dieu, ils savent qu’Il n’agit qu’à travers des âmes de bonne foi qui sont tout autour de nous. C’est dommage que nous soyons marqués par les quelques bêtises humaines qui nous empêchent de constater l’immense amour humain qui nous accompagne partout.

Pensez-vous à la mort ?

Naturellement, elle est ce qui suit après la naissance et la vie sur terre. Je n’ai pas pensé à ma naissance, mais je prépare ma mort heureuse après avoir accompli ma noble mission sur terre. Je crois que je la mène avec plaisir.

Si vous comparaissez devant Dieu, que lui direz-vous ?

Depuis que je vis, je dis toujours à beaucoup de mes semblables que je les aime, alors qu’elles ne sont que des humains comme moi. Avec tout son amour sans limite, indéfectible, comment hésiterai-je un instant dire à Dieu que je l’aime ?

Propos recueillis par Hervé Mugisha



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