Cameroun: Et si les brigades anti sardinards avaient besoin d’une grande psychanalyse ?


De coups de cœurs en coups de gueules, de déchirements en recompositions, malgré un chaos d’intrigues plutôt puériles, les brigades « anti sardinards » empêchent bien aux moulins de Yaoundé de tourner.

En 40 ans de règne sans partage, jamais un mouvement civil n’aura donné autant d’insomnie au régime despotique et corrompu qui plonge le Cameroun dans une faillite morale sans précédent et une banqueroute économique abyssale.

Au bout d’une année d’activisme, peut-être est-il opportun de s’arrêter un instant pour psychanalyser une dynamique qui somme toute redonne un espoir de libération à bien des camerounais.

Une nouvelle division du travail politique

La question de l’identité intrinsèque de cette nouvelle forme d’activisme taraude le débat public yaoundéen. Des politologues paresseux plus prompts à la propagande qu’à l’analyse ont tôt fait d’assimiler les brigades anti sardinards à un bras armé de monsieur KAMTO Maurice ; disons le ainsi car dans l’esprit des réactionnaires crypto tribalistes qui encombrent l’espace public camerounais, il n’est point question de contester un parti politique mais bien de détruire un homme pour mieux déifier un autre, (le monarque perpétuel). Il est indéniable que la posture courageuse de mr KAMTO Maurice est pour beaucoup dans le franchissement du mur de la peur par nos compatriotes de la diaspora.

Réduire ce mouvement à une banale officine du MRC, c’est ignorer la sociologie de la diaspora. Contrairement au « militantisme alimentaire » du Cameroun, le camerounais de la diaspora jouit d’une autonomie matérielle et intellectuelle, un accès à l’information qui lui permettent naturellement d’accéder à une pleine citoyenneté. La réalité que les zélateurs intéressés du régime despotique refusent de voir est que désormais, la diaspora camerounaise parvient à maturité.

Le nombre de camerounais s’expatriant chaque année pour des études ou toutes sortes de formations de qualité est bien supérieur à la somme des recrues des grandes écoles camerounaises.

Les générations des années 80/90 sont installées. Si bien que le revenu moyen des camerounais vivant hors du pays est bien supérieur à la ressource frauduleusement captée en interne par l’oligarchie cleptocratique à la solde du pouvoir.

Se dresse donc en face d’une élite de prébendes, des contre élites périphériques mieux outillées que naguère.

Il faut donc admettre que ces activistes en vue sur le web bénéficient du soutien actif ou passif d’une grande foule silencieuse de camerounais déterminés à en finir avec l’interminable joug de mr BIYA.

Une idée par ici, une contribution financière par là, une action de lobbying ; autant de gestes cumulés qui au final produisent un climat révolutionnaire tant redouté par Yaoundé.

Plutôt que d’en prendre conscience, regardez les s’ébrouer sur les plateaux du dimanche ignorant que le rapport de force leur et si défavorable ; les grandes caisses de résonnance médiatiques sont à la portée de la diaspora.

Que vaut l’envolée rhétorique d’un Mathias Erick OWONA NGUINI sur Vision IV en face d’un exposé fleuve de F. NYAMSi OU Patrice NGANANG par internet interposé ?

Que pèse une « feuille de chou corrompue » de Yaoundé à côté d’un article sur Mediapart… Entendons nous bien, l’action des brigades « anti sardinards » ne met et ne remettra jamais en cause la sécurité du chef d’Etat camerounais.

Simplement, la gêne occasionnée par la présence d’un ôte encombrant conduit naturellement ses hébergeurs à le tenir loin d’eux ; tout au moins à rendre sa fréquentation plus discrète.

Cela est en soit un immense traumatisme pour un régime avide de reconnaissance international et un président dont la propension à vadrouiller en Suisse est bien la marque de fabrique.

De fait, s’instaure une division de travail tacite ; par laquelle le MRC mène de l’intérieur un combat institutionnel comme s’il n’existait point une démarche révolutionnaire ; tandis que les activistes de la diaspora accomplissent des coups d’éclat comme si la politique n’avait plus droit de cité au Cameroun. Les deux démarches se nourrissant l’une de l’autre.

Avantages et drames de la structure protéiforme

La dispersion géographique, la profusion des moyens de communication incontrôlables, la diversité linguistique, l’hétérogénéité des niveaux d’instruction, sont autant d’atouts qui rendent les brigades « anti sardinard » difficilement saisissables par la répression du régime de Yaoundé. Infiltrations, perturbations du web, tentatives de corruption et retournement ne suffisent point à relâcher la tenaille sur monsieur Paul BIYA. Pourtant, ce caractère protéiforme est aussi la principale source de vulnérabilité d’un mouvement dont les membres se donnent en spectacle de division au gré des publications intempestives sur la toile. Notons d’emblée, que la querelle intestine n’est point une exclusivité des brigades « anti sardinards ».

Les résistances isralëlienne, algérienne, sud africaine, angolaise, mozambicaine, sud soudanaises etc ; on connu exactement les mêmes tribulations. L’histoire n’en retient que la version glorieuse. En réalité, l’exile, le péril des menaces de l’ennemi fragilisent les combattants et alimentent partout des attitudes paranoïaques. Dans le cas d’espèce, la multiplicité des fuseaux horaires, l’hyper communication accentuent le risque de survenance des malentendus. La survie du mouvement tient décidément à la haine viscérale que tous ces individus vouent au régime camerounais. Plutôt que de mettre en scène des humeurs, des sur réactions et des excès verbaux dépourvus d’intérêt sur la toile, ils s’honoreraient en cultivant une intelligence émotionnelle leur permettant de retourner la langue par deux fois, s’assurer d’avoir pris le soin de bien cerner la pensée du comparse avant de se répandre. Il y a quelque chose de risible à voir des « combattants » s’étriper et s’invectiver au sujet d’une histoire de 147000 € prétendument donnés par un ministre de la défense camerounais désormais incarcéré. Jamais personne ne s’arrête pour s’interroger sur la plausibilité matérielle de sortir du Cameroun une telle somme par mandat ou la possibilité de la récupérer en France au regard des règlements encadrant de tels transferts financiers.

De même que cette affaire de drapeau français brûlé aux Etats-unis. Les uns et les autres s’écharpent inutilement sans s’apercevoir que les réactions des uns et des autres sont parfaitement fondées et tributaires de leur situation personnelle. Si la profanation d’un drapeau aux Etats-unis est considérée par la Cour Suprême comme l’exercice de la liberté d’expression, en France elle fait l’objet de sanction pénale. Les acteurs doivent forcément appréhender un tel geste en se préoccupant de leur propre survie. Les convictions ne sont pas nécessairement en cause.

Les brigades « anti sardinards » sont bien une émanation du peuple camerounais. Un peuple doté d’un goût immodéré pour la chamaille et la division. Les partisans du régime de Yaoundé font assaut d’arguments moralistes pour dénoncer cette dynamique « anti patriote » ; sauf que venant de la propagande d’individus vautrés dans le tribalisme primaire et toutes sortes d’actes anti républicains, ses accusations s’assimilent à des compliments. Entre rire et pleure, désespoir et réconfort, ces activistes d’un nouveau genre continueront plus que jamais à occuper l’espace et entreront dans l’histoire comme ayant porté leur contribution à l’essor démocratique du pays.



allafrica

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