Climat : l’Europe obligée de bouger


Les engagements climat de l’Union européenne au titre de l’Accord de Paris vont la forcer à bouger. Le respect des objectifs du traité exige de limiter la hausse de la température moyenne à 2° C et autant que possible à 1,5° C. Ceci suppose d’atteindre la « neutralité carbone », c’est-à-dire un niveau d’émissions qui n’excède pas les capacités nouvelles de séquestration et de capture du C02, « dans la deuxième moitié du siècle » si la cible est de 2° C, ou dès 2050 si on vise 1,5° C.

Le premier débat en cours porte sur l’adoption formelle de cette cible pour 2050 comme s’y engagent certains pays européens dont la France. Il est attendu du prochain Conseil européen (12 et 13 décembre), pendant la COP de Madrid, qu’il tranche sur ce point après de longs mois consacrés à la discussion avec les pays qui s’y opposent (Pologne, République tchèque, Hongrie), encore très dépendants du charbon, auxquels des promesses d’aides financières ont été faites.

Pour 2030, la « National Determined Contribution » (NDC) de l’Europe l’engage à réduire ses émissions de 40 % par rapport au niveau de 1990. Il est établi que la somme des NDC de tous les signataires de l’accord conduit le monde à un niveau de réchauffement bien supérieur à 2° C à la fin du siècle. Lors de la COP26 à Glasgow, un premier bilan de ces politiques nationales sera établi et un rehaussement des ambitions pour 2030 est attendu.

La nouvelle Commission européenne devrait annoncer à Madrid sa volonté de rehausser l’ambition de l’UE pour 2030 à -50 % voire -55 %. Ceci devra faire l’objet début 2020 d’un paquet législatif qui donnera son contenu au slogan de « Green New Deal » grâce auquel Ursula von der Leyen a été confirmée par le Parlement, avec une majorité composite et fragile. Il reviendra à son vice-président, Frans Timmermans, d’en concevoir et négocier les contours. Certes, il y est encouragé par le vote de la déclaration d’urgence climatique par le Parlement le 28 novembre.

Mais cette nouvelle ambition devra composer avec de nombreuses contraintes : un budget de l’UE déjà prédéfini jusqu’en 2027 ; un plan de sortie du charbon par l’Allemagne qui ne prend pour cible que 2038 ; la grande résistance des Allemands à tout assouplissement des critères de Maastricht qui pourrait faciliter les dépenses publiques en faveur du climat ; la difficulté à mettre en place un prix plancher du CO2 dans le système d’échange de quotas.

Pierre Ducret, président de l’Institut de l’économie pour le climat



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