Situation socio-politique: A 11 mois de la présidentielle 2020, pouvoir et opposition se dévoilent, les plans B de Ouattara, Bédié et Gbagbo



A onze (11) mois des prochaines élections présidentielles en Côte d’Ivoire, le mercure monte déjà sur l’échiquier politique ivoirien. L’ambiance n’est peut-être pas à son paroxysme, mais l’ambiance est déjà fiévreuse et les adversités s’affinent au fil des jours. Des adversités qui affichent, pour le moment, sur l’arène, les héritiers de feu Félix Houphouët-Boigny, notamment les ex-alliés du Rassemblement des Houphouëtistes (Rhdp), coalition devenue le parti unifié au pouvoir sans le Pdci-Rda de Henri Konan Bédié et Guillaume Soro qui ont sauté de ce navire.
C’est à une bataille sans merci que se livrent ces anciens camarades, qui ont déterré la hache de guerre et se vouent une adversité viscérale aujourd’hui. Ces alliés divisés ne manquent aucune tribune pour s’envoyer des diatribes, voire des menaces à peine voilées faisant planer encore des nuages peu cléments sur la tête des Ivoiriens.

La contre-offensive de Ouattara

Ces dernières semaines, les débats ont amorcé un nouveau tournant, et les parties en présence ont tendance à livrer les plans B que chacun entretenait jusque là dans la discrétion. Ainsi, depuis le samedi 30 novembre 2019, l’on en sait davantage sur la candidature à un troisième mandat d’Alassane Ouattara. Le président sortant avait maintenu le suspense jusqu’à ce jour. Il s’est même promis de ne pas franchir le rubicond avant le mois d’août 2020, à quelques mois de la date des élections prévues pour fin octobre de la même année, pour se décider à rempiler ou à renoncer à une nouvelle ambition. Mais, du haut de la tribune du stade Ouattara Thomas d’Aquin, le président du Rhdp s’est lâché avant l’heure. « Soyez rassurer, mon intention, c’est bien de passer le pouvoir aux nouvelles générations. Mais, je veux que tous ceux de ma génération comprennent que notre temps est passé, et que nous devons tous nous mettre de côté. Donc, si eux ils deviennent candidats, je serai candidat ».

Ainsi, il n’attendait que ça. A savoir que les adversaires en face clarifient leurs intention pour se décider. A la vérité, Alassane Ouattara n’a vraiment pas envie de continuer la bataille. A plusieurs reprises, il a traduit sa volonté de passer le témoin aux nouvelles générations. Toutefois, l’actuel tenant de l’Exécutif ivoirien ne veut pas d’un successeur de sa génération, voire au delà. C’est cette opposition, selon des bruits de couloir du Palais d’Abidjan qui aurait entamé ses relations naguère idylliques avec son « aîné » et ex-principal allié, Henri Konan Bédié.

Le président du Pdci-Rda, ne serait pas passé par quatre chemins pour dire à Alassane Ouattara, au cours de leur nombreuses rencontres du passé qu’il se présenterait à sa succession. Toute chose qui n’aurait pas eu l’assentiment de son « jeune frère », lequel, lui en aurait fait préalablement fait la promesse. La suite, on la connaît avec l’explosion du Rhdp, l’arme de combat savamment préparée par ces deux leaders pour conserver le pouvoir. A 11 mois des joutes, Alassane Ouattara continue de maintenir la pression sur le doyen du Pdci, qui célèbre ses 86 ans le 5 mai 2020, à 5 mois de la présidentielle. Le président sortant, qui semble avoir trouvé son champion pour sa succession, en la personne du Premier ministre Amadou Gon, mène ainsi, une véritable contre-offensive pour contraindre son vieux rival à renoncer à son ambition. Aussi, n’hésite-t-il pas, à la guerre comme à la guerre, d’ouvrir un coin du voile sur les états de gestion du ‘’Sphinx’’ de Daoukro, en réplique aux critiques acerbes de celui-ci sur sa gouvernance.

L’Onu au secours

De son côté, Henri Konan Bédié, spolié de son fauteuil de président par un coup d’Etat en 1999, caresse le secret espoir de se réhabiliter par une réélection au soir de son combat politique. Mieux, le président du Pdci redouterait qu’en dehors de lui, tout autre préposé de son parti ne soit victime d’une exclusion dommageable pour sa formation politique. D’où sa persévérance à poursuivre sa trajectoire, harcelant le pouvoir sur les conditions transparentes du scrutin pour être certains de compétir à la loyale et à égalité de chance avec tout éventuel candidat du pouvoir.

Vendredi dernier, la question de la Commission électorale indépendante (Cei) a été à nouveau soulevée par la direction du Pdci, qui récuse outre le président, tout l’organe mise en place. Plusieurs arguments sont avancés et la communauté internationale en est spécialement saisie. En toile de fond, Henri Konan Bédié et ses partisans, ainsi que leurs alliés de la nouvelle plate-forme dénommée la Coalition pour la démocratie, la réconciliation et la paix (Cdrp) espère un arbitrage nouveau et neutre. Ces opposants ont saisi le passage d’une mission d’évaluation des nations unies à Abidjan pour donner de la voix. Leur plan B, en dehors d’une recomposition totale de la Cei, c’est d’impliquer le regard onusien dans la validation du processus électoral. Une stratégie qui reviendrait à redonner du pouvoir à des émissaires de l’arbitre international comme ce fut le cas aux élections présidentielles de 2010 quand s’est installé le doute entre les adversaires.

Echauffement sur le banc de touche du Fpi

Pendant que les frères ennemi s’entre-déchirent, le Fpi semble jouer le mort. Mais, dans la discrétion, l’ex-parti au pouvoir tente de reconquérir le terrain. Depuis le début de ce mois, ce sont 106 délégations qui sont annoncées pour sillonner la Côte d’Ivoire. Officieusement, ces émissaire descendent dans les bases pour prôner la réconciliation. Mais, à la vérité, il s’agit d’un réveil, un éveil progressif des militants répondant à une stratégie pour jauger la situation sur le terrain en attendant de se décider et de trouver le cheval pour mener les prochaines batailles.

Pendant que Laurent Gbagbo attend, impatient en Belgique, de savoir ce qui adviendra de la suite de son procès devant la Cour pénale internationale, rien n’est encore certain au Fpi. Tous les schémas sont possible, et Simone Gbagbo, première vice-présidente statutaire, l’a si bien compris qu’elle n’attend pas de se vautrer dans son fauteuil à son domicile. Avant que son parti n’aient à se décider à faire un choix, l’ex-Première dame est déjà sur le terrain. Sans tambour ni trompette, Simone Gbagbo a pris son bâton de pèlerin et fait son chemin sur le territoire. Rencontres par-ci, rassemblement par-là, pour remobiliser ses troupes dispersées.

Comme elle, le président de la tendance officielle du Fpi, Pascal Affi N’guessan, lui-aussi, ne dort pas sur les lauriers. L’ancien Premier ministre de Laurent Gbagbo, favorable à la réconciliation pour désigner un candidat de son parti afin de lui donner des chances de reconquérir le pouvoir, tente aussi de grossir les rangs de ses partisans. Dans la foulée, une non-libération du mentor, Laurent Gbagbo, par la Cpi, libérerait de nouvelles énergies. D’où les échauffements sur le banc de touche, qui vont se poursuivre jusqu’à la décision finale de la Cpi sur le sort final de l’ex-président en attente dans sa résidence sous condition en Belgique, en plus d’avoir à purger d’autres peines décidées par le tribunal à Abidjan.

Vraisemblablement, les jeux sont quasiment joués pour une probable candidature de Laurent Gbagbo, et ses partisans l’auraient si bien compris qu’ils tentent de galvaniser leurs troupes dans un élan de réconciliation pour afficher des prédispositions favorables et tenter un dernier baroud d’honneur. Ces élans changeront-ils quelque chose à la donne ? La Cpi sera-t-elle sensible à ces actes de bons offices ? Quid du pouvoir d’Abidjan ? Les semaines à venir nous situeront.

F.D.BONY



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