Paris espère un petit pas entre Kiev et Moscou



Paris hébergeait lundi le sommet censé mettre un terme au seul conflit militaire en cours en Europe, qui empoisonne les relations entre l’Union européenne et la Russie. Vladimir Poutine, le chef de l’Etat russe, et Volodimir Zelensky, son homologue ukrainien, devaient tenter de relancer un processus de paix au point mort depuis quatre ans dans le Donbass, avec pour médiateurs Emmanuel Macron et la chancelière allemande Angela Merkel.

Cette région industrielle d’Ukraine orientale est déchirée par un confit entre l’armée et des séparatistes soutenus par des combattants russes depuis 2014. A l’époque, en riposte au renversement du président Viktor Ianoukovitch par une révolution pro-occidentale, le Kremlin avait suscité un soulèvement séparatiste dans le Donbass après avoir annexé la Crimée, coup de force sans précédent en Europe depuis 1945. Amenant Bruxelles à lui imposer des 
sanctions économiques

.

Une première depuis trois ans

L’Elysée veut croire que le simple fait de parvenir à organiser pour la première fois depuis trois ans cette réunion en format dit « Normandie » montre que « les choses bougent ». Effectivement, depuis l’élection de Volodimir Zelensky, au printemps dernier, la désescalade est à l’ordre du jour.
Kiev et Moscou ont échangé

en septembre 70 prisonniers. Loyalistes et séparatistes ont retiré des unités le long de la ligne de front de 500 km, où se font face 80.000 soldats. On estime à l’Elysée que « la méthode du président Zelensky qui consiste à ouvrir le jeu et donc à obtenir des Russes un changement de posture a plutôt fonctionné. »

Le conflit, qui a fait 13.000 morts, est gelé depuis les accords de Minsk, en 2015, malgré des escarmouches régulières. Mais aucun progrès n’a été enregistré sur le plan politique. Personne n’attend d’ailleurs de percée décisive à Paris, plutôt des mesures de bonne volonté sur fond de quasi-statu quo. L’Elysée s’est d’ailleurs borné à espérer « une consolidation du cessez-le-feu ». Emmanuel Macron a appelé récemment à un rapprochement avec la Russie, ce qui n’a pas été apprécié par les pays européens de l’ex-bloc soviétique. L’Elysée a donc besoin d’un geste de Poutine. Ce dernier, qui arrive en position de force sur le plan politique et militaire, pourrait vouloir simplement « geler » le conflit du Donbass, comme dans d’autres pays de l’ex- URSS (Géorgie et Moldavie), pour gêner le 
rapprochement de Kiev

avec l’Otan et l’Union européenne.

Les Ukrainiens partagés

Si deux tiers des Ukrainiens font du règlement du conflit leur priorité numéro un, Volodymyr Fessenko, du centre d’études Penta, souligne qu’il « n’y a pas de consensus dans le pays » sur les concessions à faire. Le prédécesseur de l’actuel président refusait même toute négociation. Un nouveau mouvement, « Pas de capitulation », influent parmi les nationalistes et pro-occidentaux, a manifesté dimanche à Kiev. Le président ukrainien serait prêt à accorder un statut spécial au Donbass, mais y pose comme préalable à toute élection locale, étape clef du processus de paix, le désarmement des séparatistes et la reprise du contrôle par l’Ukraine de sa frontière avec la Russie. Beaucoup à Kiev craignent que ce novice en politique de quarante et un ans ne se fasse duper par Poutine, joueur de poker expérimenté.



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