Bah Oury : « La situation guinéenne actuelle est grave… » | Africa Guinee


CONAKRY- L’arrivée à Conakry de certains anciens chefs d’Etats va t-elle faire fléchir le Président Alpha Condé ? Alors que Good Luck Jonathan a rencontré ce mardi 10 décembre 2019 certains ténors de l’opposition guinéenne, Bah Oury affiche un optimisme quant à l’issue heureuse de la crise que traverse la Guinée.

Le leader de l’Union pour la Démocratie et le Développement s’est confié à notre rédaction. Bah Oury revient dans cette interview sur le dialogue politique qui a repris la semaine dernière, ainsi que sur la visite à Conakry de certains anciens chefs d’Etats qui comptent assurer la médiation pour une sortie de crise. 

 

AFRICAGUINEE.COM : Est-ce qu’il est opportun selon vous dans le contexte actuel qu’une mission de médiation d’anciens chefs d’Etats arrive dans notre pays ? 

BAH OURY : Je salue déjà l’initiative de ces anciens chefs d’Etats et de responsables internationaux de venir à Conakry pour rencontrer certains acteurs de la vie publique parce que c’est nécessaire d’anticiper avant d’être spectateur d’une situation qui risque de se détériorer. Donc la prévention du conflit doit  être une action hautement importante de l’agenda diplomatique aussi bien dans le continent qu’ailleurs. De ce point de vue, j’espère que ces chefs d’Etat soient associés pour venir s’enquérir de visu de la situation qui prévaut en Guinée est salutaire. Je pense que cela permet d’enclencher un autre processus extrêmement important pour qu’il y ait plus de responsabilité de la part de ceux qui gouvernent actuellement la Guinée pour qu’ils se rendent compte que la coresponsabilité de la sécurité internationale doit amener ceux qui dirigent à faire preuve de retenue et de ne pas engager le pays dans des voies qui risquent de mener leurs pays dans l’impasse et la déstabilisation. 

Certains redoutent quand-même une simple balade touristique quand on sait que l’arrivée d’Ibn Chambas n’a rien changé ?

L’Agenda de Monsieur  Ibn Chambas est différent de celui des personnalités qui sont mandatés par d’autres institutions qui sont venues s’enquérir de l’état de la situation guinéenne. M. Chambas est le représentant du secrétaire général des Nations-Unies pour l’Afrique de l’Ouest. De ce point de vue, il doit être au courant des péripéties de l’évolution de la situation pour en rendre compte au Secrétaire général des Nations-Unies et à toutes les personnes qui, de près ou de loi,  ont une responsabilité pour le maintien de la paix en ce qui concerne l’Afrique et plus particulièrement la Guinée. Donc la mission de M. Chambas et celle dévolue aux anciens chefs d’Etats sont des missions totalement différentes parce que ces chefs d’Etats rentrent dans le cadre d’une possibilité de médiation ou d’interpellation des plus hautes autorités du pays, afin qu’elles soient en conformité avec les lois de la république de Guinée. 

Je rappelle qu’en 2007 et 2008 lorsque la situation était tendue, les principaux émissaires internationaux qui étaient mandatés et qui ont enclenché un processus de médiation en Guinée étaient le Général Ibrahim Babangida du Nigéria. Donc qu’il y ait encore d’autres chefs d’Etats qui viennent en duo, cela prouve la gravité de la situation dans laquelle la Guinée se trouve aujourd’hui et l’urgence pour y apporter des réponses permettant de rétablir un certain esprit de quiétude avant que ça ne soit tard.  

Pendant ce temps il y a les travaux du comité de suivi qui ont repris ces derniers jours. Selon vous est-ce que la reprise du dialogue est opportune aujourd’hui ? 

Je répète que c’est le comité de suivi des accords qui ont été signés entre la mouvance et l’opposition à l’époque. Je pense qu’il y a beaucoup à dire sur la nature de ces accords politiques, qui dans une certaine mesure ont  mis la loi de côté pour un certain compromis. Ces accords n’ont pas permis de faire prospérer une vision claire de l’évolution démocratique et de la gouvernance de manière légale dans notre pays. De ce point beaucoup des éléments de crise que nous vivons aujourd’hui sont issus de ces accords. Donc, personnellement je considère que le comité de suivi n’a plus sa raison d’être, la situation a fortement évolué, la crise guinéenne devient de plus en plus globale. 

De ce point de vue, quelques partis ne peuvent pas s’arroger le droit de discuter à vase clos de l’avenir de la Guinée et de la possibilité d’apporter des réponses susceptibles d’engager tout le monde. Donc je considère que c’est une chose qui n’a plus sa raison d’être. Il faut revoir la copie et la manière de faire et revoir les priorités de ce qu’on appelle dialogue dans notre pays. Nous avons besoin d’un dialogue constructif et responsable, d’un dialogue inclusif qui passerait en revue des éléments de solution pour permettre à la Guinée d’avoir une feuille de route claire permettant d’avoir l’alternance démocratique à la fin du second mandat du président Alpha Condé et que la pays puisse rester dans la stabilité et la paix. Nous n’avons plus besoins de ces aléas, de ces accords qui ne font que satisfaire quelques intérêts clientèles  et non pas l’indispensable nécessité d’amener la Guinée vers le développement, vers la démocratie et vers le respect des lois de la république et de la constitution. 

Assez de couacs ont été enregistrés lors du processus d’enrôlement. L’opposition dans une déclaration a demandé l’arrêt de cette opération. Est-ce que cela ne serait pas contreproductif selon vous ? 

La CENI a fait preuve de légèreté et d’irresponsabilité. La CENI ne peut pas indiquer qu’elle est prête à organiser les élections législatives alors qu’il s’avère qu’elle n’est pas prête d’assurer un recensement correct de l’ensemble de la population électorale de la Guinée. De ce point de vue, la CENI nous met dans une situation difficile (…). Nous ne pouvons pas souscrire à ces déclarations comme quoi elle est prête à aller aux législatives or, cela s’avère insuffisant. Donc on doit s’interroger sur le chronogramme que la CENI a déjà établi parce que  ce qui est le plus important c’est la stabilité de la Guinée (…), c’est la mise en forme d’un fichier clair permettant à n’importe quelle élection future que les choses se fassent dans les règles et en conformité avec l’esprit démocratique et l’indispensable nécessité d’avoir l’apaisement et la stabilité de la Guinée. Il faut éviter toute attitude qui risquerait de déstabiliser la Guinée. Il faut d’ores et déjà que des mesures correctives soient prises pour éviter de déstabiliser le pays et faire face à toutes les conséquences que nous connaissons.

Est-ce que cette déclaration qui demande l’arrêt des opérations ne risque pas de décourager vos militants à aller se faire enrôler ?

Il y a un engouement pour l’enrôlement mais certains avaient voulu que ça se fasse en catimini, mais les populations ont été informées. Nous allons continuer la sensibilisation pour que les populations se rendent compte qu’il y a nécessité de travailler parce que quiconque ne se fera pas enrôlé sera rayé du fichier définitivement. Donc, il faut que les gens exigent d’être enrôlés. La CENI ne peut pas se permettre de dire qu’en 25 jours, elle peut enrôler tout le monde alors qu’il y a des risques, il y a du matériel qui manque un peu partout, comme s’ils font exprès, il y a des délais qui ne sont pas respectés du tout. Donc il y a une volonté manifeste de ne pas favoriser l’enrôlement de toute la population électorale guinéenne. Si la CENI n’est pas en mesure de faire ça, ça veut dire qu’elle ne peut pas organiser des élections dans ce pays. Il faudra en tirer la conséquence. 

Ensuite, les autorités qui laissent faire ou qui encouragent des mesures pour corrompre le fichier, il faut qu’elles se rendent compte qu’aller dans ce sens ne peut pas prospérer et ne pourra pas leur faire gagner des avantages. Parce qu’il y aura des mesures pour stopper cela. En d’autre terme, la déclaration de l’opposition est préventive pour indiquer que s’il n’y a pas de mesures fortes pour corriger le tir de manière ferme, il va de soi que nous pourrons nous retrouver dans un contexte de blocage total, sans pouvoir organiser les élections législatives. On ne souhaiterait que ce qui s’est passé en 2008 se répète encore dans notre pays.  

 

Entretien réalisé par Diallo Boubacar 

Pour Africaguinee.com

Tél. : (00224) 655 311 112



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