Un Italien sur deux souhaite un homme fort au pouvoir



Un pays anxieux, désabusé et qui attend un homme fort pour résoudre ses problèmes. C’est le bilan que dresse le 53e rapport du Censis (l’Institut italien de recherche socio-économique) sur « La société italienne en 2019 ».

Quelque 69 % de ses membres déclarent vivre en état d’anxiété. Pour se rassurer, ils ont recours de plus en plus aux anxiolytiques, dont la consommation a bondi de 23 % ces trois dernières années. Mais 48 % des habitants de la péninsule souhaiteraient un homme fort au pouvoir pour la sortir de son marasme. Huit millions de personnes sont en effet persuadées que la démocratie libérale est à l’agonie et qu’un régime autoritaire devrait prochainement la remplacer.

Pour faire barrage à ce risque, il ne faudra pas aller chercher du côté des ouvriers, qui sont désormais 62 % à espérer qu’un homme fort remplace une démocratie qu’ils estiment mal fonctionner. Et si 81 % d’entre eux n’ont aucune confiance dans les partis politiques, 89 % des chômeurs partagent cette position et 76 % de l’ensemble de la population.

Désaffection pour la chose publique

A cela s’ajoute une désaffection transversale pour la chose publique et le débat politique. Seuls 19 % des Italiens en parlent lorsqu’ils se rencontrent (17 % des ouvriers et tout juste un tiers des managers ou des travailleurs indépendants). De plus en plus de personnes sont convaincues de l’inutilité de la représentation parlementaire. La classe politique serait ainsi bonne uniquement à parler, mais pas à agir concrètement.

L’antiparlementarisme ne cesse de progresser, explique le Censis, avec des citoyens qui jugent les institutions démocratiques « futiles, velléitaires et inutilement dispendieuses » des deniers publics. D’où le désir de confier le pouvoir à un homme fort au-dessus du Parlement, qui puisse influer sur la réalité sans devoir rendre de comptes devant une assemblée ou penser continuellement à des élections.

Démocratie directe

Avant le retour d’un dictateur, 52,6 % des Italiens sont déjà persuadés que la démocratie parlementaire devrait être remplacée par la démocratie directe. Le
succès du M5S et de sa plateforme informatique

pour consulter ses militants, ainsi que le blog de son fondateur Beppe Grillo, tout comme l’omniprésence sur les réseaux sociaux de Matteo Salvini, témoignent de ce besoin de contact direct de l’électorat avec ses dirigeants.

Le leader de la Ligue, qui se réfère explicitement à ses modèles (l’Américain Donald Trump, mais surtout le Russe Vladimir Poutine et le Hongrois Viktor Orban), demeure l’homme politique le plus populaire juste derrière Giuseppe Conte, avec 48 % d’opinions favorables. Quant à son parti, la Ligue, il
reste de loin le plus fort dans les sondages

, avec environ 30 % d’Italiens prêts à lui accorder leur suffrage. Dix pour cent le donneraient en outre au parti néofasciste Fratelli d’Italia. A trois ans du centenaire de la marche sur Rome de Benito Mussolini, les Italiens sont de plus en plus nombreux à évoquer avec nostalgie cette page de leur histoire.



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