les Anglais en pleine crise d’identité



Le 12 décembre, les électeurs du Royaume-Uni élisent leurs députés sur fond de Brexit imminent. Face aux Écossais, aux Gallois et aux Nord-Irlandais, les Anglais s’interrogent : sont-ils toujours le cœur du royaume ? Un confetti d’empire perdu ? Pour l’hebdomadaire New Statesman, la sortie de l’UE leur offre une chance unique de reconstruire un récit national commun. 

Si le Brexit est une révolte anglaise, qu’adviendra-t-il de l’Angleterre ensuite ? Les forces du nationalisme anglais réveillées par cette incroyable période politique finiront-elles absorbées et apaisées par le nouveau populisme du Parti conservateur revisité de Boris Johnson ? Ou s’exprimeront-elles de façon plus inquiétante : par la xénophobie, l’agitation d’extrême droite, une intensification du conflit entre les générations, un antagonisme entre les diplômés et les autres, la dislocation du Royaume-Uni ?

Dans Le lion et la licorne : socialisme et génie anglais, un essai remarqué, publié en 1941 alors que la Luftwaffe bombardait Londres, George Orwell écrit qu’il est “de la première importance de s’efforcer de déterminer ce qu’est l’Angleterre, avant de se demander quelle part elle peut jouer dans les formidables événements qui se déroulent”.

Redécouverte d’un patrimoine commun

Aujourd’hui, alors que nous tentons de comprendre les formidables événements qui sont en train de déstabiliser le Royaume-Uni, les mots d’Orwell se parent d’une résonance particulière tandis que surgissent de nouvelles interrogations sur l’avenir de l’Union, et surtout sur ce que veut dire être anglais au XXIe siècle.

Incontestablement, beaucoup sont animés du désir perceptible d’une identité nationale anglaise plus cohérente et harmonieuse, définie non par l’amertume, la rancœur ou le sentiment de perte, mais par quelque chose qui tiendrait davantage de la redécouverte d’un patrimoine commun. Ce désir, il est en particulier sensible lors des grands événements sportifs nationaux – les Jeux olympiques et les Coupes du monde –, qui nous fédèrent de façon si éphémère dans la joie ou le désespoir. Quand ces moments passent, comme il se doit, nous les regrettons vivement, car ils nous ont laissé entrevoir une autre façon d’être.

Des tensions jamais résolues 

Le processus tortueux du Brexit a un peu plus sapé l’État britannique postimpérial, déjà fragile. Des tensions qui remontent à un lointain passé et qui n’ont jamais été résolues – l’équilibre de la puissance en Europe, la question irlandaise, la question anglaise, l’indépendance écossaise – reviennent nous hanter. Nous vivons de nouveau à une époque de questionnements. Peut-être ces interrogations (pour l’essentiel liées à l’identité) ne trouveront-elles jamais de réponses satisfaisantes. Peut-être peut-on au mieux se contenter de les gérer.

L’accord du Vendredi saint en est un parfait exemple. Il a apporté paix et stabilité à l’île d’Irlande en 1998, après tant de violence et de sang versé, et il l’a fait en acceptant d’être ambigu. L’Irlande n’était pas unie. Les Britanniques ne sont pas partis. Comme l’a dit il y a peu Jonathan Powell, directeur de cabinet du Premier ministre travailliste Tony Blair de 1997 à 2007, lors d’un entretien à la BBC, “tout ça [le litige sur le retour d’une frontière matérielle entre les deux parties de l’île] n’a rien à voir avec le temps qu’il faut à un camion pour passer du Nord au Sud en Irlande. La question, c’est l’identité. L’accord du Vendredi saint a voulu résoudre la question de l’identité en permettant aux gens d’Irlande du Nord d’y vivre tout en se sentant irlandais, britanniques ou les deux. Si vous dressez une frontière avec des douanes… c’est une chose que vous allez détruire.”

“Nous sommes anglais et britanniques, écossais et britanniques”

La question de l’identité : nous sommes nombreux à accepter l’ambiguïté dans nos propres vies, à nous sentir à l’aise avec le fait d’avoir des identités multiples ou composites. Nous sommes anglais et britanniques. Écossais et britanniques. Anglais, musulmans, asiatiques et britanniques. Mais la conclusion du Brexit va-t-elle nous contraindre à des choix aussi épineux que peu souhaitables, tout comme le référendum mal conçu sur l’Europe a imposé à la nation plus de clivage et de division ?

Depuis le début, le Royaume-Uni a été ce que l’historien de Cambridge David Reynolds a appelé un “mini-Empire anglais”. Et pourtant, pour l’essentiel, les forces qui en assuraient la cohésion – le protestantisme, l’empire, la monarchie, les conflits entre grandes puissances, la solidarité de classe transfrontalière, les syndicats, des institutions telles que le NHS [service de santé public] et la BBC – ont tenu bon. On peut aujourd’hui encore affirmer que, des divers États multinationaux qu’a connus le monde, c’est celui qui a le mieux réussi. La Norvège et la Suède se sont séparées il y a longtemps. La Yougoslavie s’est effondrée à l’occasion d’une guerre civile sanglante. La Belgique est un pseudo-État à peine crédible et l’Espagne, un autre royaume fragile, ne tient que grâce à la répression de l’État.

L’Angleterre nous entraîne

[…]

Jason Cowley et Katy Shaw

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