Brexit et législatives au Royaume-Uni : Johnson redoute un vote plus serré que prévu



L’heure de vérité a sonné. A partir de 7 heures, jeudi matin, les Britanniques sont appelés à braver le froid hivernal pour se rendre dans les bureaux de vote afin de choisir leurs députés. Des élections législatives anticipées que les deux camps, conservateur comme travailliste, n’hésitent pas à présenter comme « les plus importantes de cette génération ».

L’enjeu est crucial. Trois ans et demi après le référendum de juin 2016 sur le Brexit, le Premier ministre conservateur, Boris Johnson, réclame la majorité parlementaire qui lui fait défaut pour le mettre enfin en pratique d’ici à la fin janvier. Après neuf ans de politique d’austérité « tory », le chef des travaillistes, Jeremy Corbyn, fait de son côté miroiter 
un grand plan de dépenses publiques

pour desserrer l’étau qui pèse sur le pouvoir d’achat et redonner des moyens au sacro-saint « NHS », le système de santé public au bord de l’asphyxie – l’autre grand sujet de la campagne.

Le Labour plus efficace que les « Lib-dem »

Pour Boris Johnson, il est temps que les urnes s’expriment. L’avance dont il pouvait se prévaloir il y a quelques semaines 
a dangereusement fondu à mesure que les indécis se ralliaient au Labour

. Le parti de Jeremy Corbyn, qui promet un nouveau référendum sur l’appartenance à l’Union, semble avoir réussi à attirer les Remainers plus efficacement que les Libéraux-démocrates, qui 
promettent tout simplement l’abandon du Brexit

. « Cela ne pourrait pas être plus serré : il y a un véritable risque que nous nous dirigions vers un Parlement sans majorité », a estimé mercredi matin Boris Johnson.

Une majorité de seulement 28 voix

Un nouveau sondage YouGov a de quoi lui donner des sueurs froides. Il crédite les « Tories » de 339 sièges (contre 231 pour le Labour, 41 pour le Scottish National Party et 15 pour les « Lib-dems »). Cela leur donnerait une majorité de 28 sièges… soit 20 de moins qu’il y a quinze jours ! Pire : le resserrement de la tendance et la marge d’erreur sont tels que le scénario d’un « hung parliament » (un Parlement sans majorité) ne peut plus être complètement exclu.

Boris Johnson n’a pas le droit à l’erreur. Une absence de majorité ne le laisserait pas seulement dans le bourbier actuel. Elle ouvrirait la voie à une alliance de ses adversaires pour gouverner à sa place. Pour l’emporter, il compte ravir au Labour une grosse cinquantaine de circonscriptions clefs dans le nord et le centre du pays, qui ont voté Leave en 2016 et pourraient être séduites par son slogan « Get Brexit done ». Mais il doit aussi protéger ses arrières à Londres et dans le sud, où le Labour et les « Lib-dems » ne cachent pas leurs appétits, ainsi qu’en Ecosse, où le SNP lorgne une douzaine de sièges « tory ».

Vote des jeunes et « vote tactique »

Au-delà de la météo, qui pour ce 
premier scrutin hivernal depuis près de 100 ans

 risque de réduire la participation, deux phénomènes pourraient surprendre ce jeudi. Le vote des jeunes, d’abord. Pas moins de 1,4 million de moins de 25 ans se seraient inscrits sur les listes électorales, soit 55 % de plus qu’au dernier scrutin de juin 2017. Or selon YouGov, 66 % des 18-19 ans avaient alors voté Labour, contre 19 % pour les conservateurs.

Une éventuelle 
poussée d’un « vote tactique »

, ensuite, où les électeurs des partis rivaux s’entendraient pour priver Boris Johnson de majorité. Des sites Web comme tactical.vote permettent aux électeurs de savoir pour qui voter dans leur circonscription afin de faire échec aux Tories. Idem pour getvoting.org, du lobby anti-Brexit Best for Britain ou tactical-vote.uk, de l’organisation People’s vote, qui pousse pour un nouveau référendum.



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