Les Européens s’engagent pour la neutralité carbone, mais sans la Pologne



Un accord en demi-teinte. Au terme d’une 
longue soirée de négociations,

les dirigeants européens se sont félicités d’avoir collectivement souscrit à l’objectif de neutralité carbone à l’horizon 2050… à ce détail près que la Pologne a obtenu de rester, pour l’heure, en marge de cet engagement.

« Nous sommes arrivés à un accord sur le changement climatique, c’est très important, c’est crucial », a clamé Charles Michel, l’ancien Premier ministre belge, qui venait de piloter, pour la première fois de son nouveau mandat, les débats d’un Conseil européen. Des débats qui se sont avérés plus épineux que prévu, comme en témoigne le fait que la discussion sur le budget pluriannuel, prévue pour le dîner, ait été tout juste effleurée. 

Délai

En début d’après-midi, trois pays faisaient obstruction à un accord. A son arrivée, Viktor Orban, le Premier ministre hongrois, avait reconnu l’importance de la question climatique, mais refusait de voir des « bureaucrates bruxellois » faire payer « les pauvres gens et les pays pauvres » pour la transition à venir. Andrej Babis, le chef du gouvernement tchèque, pointait les 30 à 40 milliards d’euros qu’allait coûter à son pays la transition écologique. Quant à Mateusz Morawiecki, son homologue polonais, il avait mis en garde contre « le coût bien plus élevé de la transformation » dans son pays par rapport à d’autres – dont près de 80 % de l’électricité provient du charbon.

Au final, le Conseil européen a « endossé » l’objectif de neutralité carbone d’ici 2050, mais il précise, dans ses conclusions écrites, qu’un Etat-membre, « à ce stade, ne peut pas s’engager à le mettre en oeuvre »

La Pologne, qui aurait demandé à repousser l’échéance à l’horizon 2070 sans obtenir gain de cause, obtient donc un délai et devrait être invitée à rejoindre le mouvement en juin prochain. « Nous comprenons que [la Pologne] ait besoin de plus de temps », a pudiquement déclaré Charles Michel. Une façon de dire que le pays ne s’engagera pas tant qu’il n’aura pas reçu des promesses fermes de ses pairs en matière de financement de la transition écologique. 

Soutien financier

Tout l’enjeu de la discussion de jeudi soir était en effet de convaincre les pays les plus fragiles face à cette mutation que l’UE se montrerait généreuse pour les y aider. De nombreuses formulations ont été incluses, dans les conclusions, pour promettre notamment un traitement différencié des Etats-membres, en fonction de leur mix énergétique actuel ou de leur niveau de développement économique.

Mais un problème de taille se posait : pas question de se prononcer sur le moindre chiffre tant qu’une autre négociation, capitale et forcément houleuse, ne serait pas menée – celle portant 
sur le prochain budget pluriannuel 2021-2027.

 Les interrogations portent notamment sur le « fonds pour une transition juste », promis par Ursula von der Leyen, la présidente de la Commission européenne, aux alentours de 100 milliards d’euros sur sept ans. Mais aussi, plus largement, sur la façon dont l’évolution des politiques de cohésion pourrait affecter la Pologne, jusqu’ici grande gagnante en la matière. 

Le nucléaire à bord

Les discussions de jeudi soir ont permis d’avancer sur quelques points. La question du nucléaire, d’une part, a été résolue, ce qui explique le fait que la Hongrie et République tchèque aient finalement accepté de signer le texte. Alors que des pays comme l’Autriche et le Luxembourg, vent debout contre cette énergie, auraient souhaité qu’aucune référence n’y soit faite dans le texte final, ils n’ont pas obtenu gain de cause. Un point sur lequel la France est restée discrète, mais qui va dans le sens de ses intérêts. Andrej Babis s’est donc félicité d’avoir « convaincu » ses pairs sur ce point. 

Quant au 
principe d’une taxe carbone aux frontières,

censé rééquilibrer les échanges avec des pays ne faisant pas l’effort nécessaire pour réduire leurs émissions de gaz à effet de serre, il était présenté par la présidence française comme étant quasiment acté. La réalité est plus nuancée : les dirigeants se contentent de « prendre note » du fait que la Commission s’est engagée à instaurer un mécanisme de ce type pour certains secteurs d’activité très gourmands en énergie.



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